La conjonction et est ajoutée en marge
couvent. » La bonne princesse n'avoit pas perdu le jugement1 : elle sa voit que, par son contrat de mariage, <'ll<' devoit opter, devenant veuve, un couvent ou l'habitation du château de Montargis*, soit qu'elle crût sortir plus aisément de l'un cpie de l'autre, soit que, sentant combien elle avoit à craindre du Koi, quoiqu'elle ne sût pas encore tout3, et4 qu'il lui eût l'ait les amitiés ordinaires en pareille occasion, elle eût encore plus de peur du couvent. Monsieur étant expiré, elle monta en carrosse avec ses dames, et s'en alla à Versailles, suivie de M. et de Mme la duchesse de Chartres3, et de toutes les personnes qui étoient à eux6.
Spectacle Le7 lendemain matin, vendredi8, M. le duc de Chartres
do Marly.
I. Les Mémoires de Sourches disent (p. 75) : <• Après la messe, il (le Roi) revint dans lé même cabinet, où la duchesse de Ventadour, qu'il avoit envoyé chercher, fit plusieurs allées et venues pour résoudre où Madame pourrait se retirer, si la mort de Monsieur arri voit. D'abord
on croyoit qu'elle pourrait aller à Maubuisson (où sa tante était abliesso et menait une vie tout à fait cénobitique) ; mais, connue elle n'y put s'y résoudre, on lui proposa Meudon ou Chàville, et enfin il fut résolu qu'elle irait à Versailles, où elle trouverait son appartement tout meublé et toutes ses commodités. Sur les huit heures, le Roi passa à l'appartement de cette princesse, où il fut quelque temps, et de là il alla aussi dire adieu au duc et à la duchesse de Chartres. »
"2. Il n'y a aucune alternative de ce genre dans le contrat de mariage signé à Strasbourg les 1" et 6 novembre 1671 (originaux aux Archives nationales, Iv 542, nM H et 9); et comment eût-on pu, contre les habitudes de la cour de France, imposer cette perspective de couvent à une princesse qui n'abjura le protestantisme que dix jours plus tard? Les articles '10 et 14 stipulaient seulement la résidence à Montargis, avec un douaire de quarante mille livres. C'est le bruit signalé dans la note précédente qui a trompé notre auteur.
3. Ci-dessus, p. 342, et ci-après, p. 349-3oo. — 4. Et surcharge so\it].
5. « On avoit emmené Madame, M. le duc de Chartres et Mme la duchesse de Chartres à Versailles, » dit Dangeau (p. 122).
(I. Le P. Léonard rapporte (Arch. nat., M 243, fol- 489) que le P. Bernardin de Saint-Pierre, confesseur de Madame, s'échauffa si fort à la consoler, qu'il en mourut peu de jours après.
7. Le surcharge On, et vendredi) a été ajouté plus loin en interligne.
S. Dangeau, p. L2"2; comparez le Mercure, juin 1704, p. 320-324.
vint chez le Roi, qui étoit oneore au lit, et qui lui parla avec beaucoup d'amitié. 11 lui dit qu'il falloit désormais ' qu'il le regardât comme son père, qu'il auroit soin de sa grandeur et de ses intérêts, qu'il oublioit tous les petits sujets de chagrin qu'il avoit eus contre lui, qu'il espéroit que, de son côté, il les oublierait aussi, qu'il le prioit que les avances d'amitié qu'il lui faisoit servissent à l'attacher plus à lui, et à lui redonner son cœur comme il lui redonnoit le sien4. On peut juger si M. de Chartres sut bien répondre3. Après un si affreux spectacle, tant de larmes et tant de tendresses, personne ne douta que les trois jours* qui restoient du voyage de Marly ne fussent extrêmement tristes5, lorsque, ce même lendemain de la mort de Monsieur, des dames du palais entrant chez Mme de Maintenon, où étoit le Roi avec elle et Mme la duchesse de Rourgogne, sur le midi, elles l'entendirent, de la pièce où elles se tenoient joignant la sienne, chantant des prologues d'opéra6. Un peu après, le Roi, voyant Mme la duchesse
t. Désormais surcharge un premier désormais.
"2. Ce sont textuellement les tonnes dont s'est servi Dangeau.
3. « Ce prince est pénétré de douleur de la mort de Monsieur, et pénétré de roeounoissance de toutes les bontés du Roi, » ajoute Dangeau. Voyez ci-dessus, p. 325.
4. Après avoir écrit : les s jours, il a bifië S et écrit trois dans la marge, à la fin de la ligne. Un ne resta même que deux jours à Marly.
5. Ici, le manuscrit porte un point, quoique les cinq lignes suivantes soient la conclusion de la phrase.
(>. Il répétera bien souvent que, dans certaines occasions, Louis XIV chantonnait des airs empruntés aux prologues des opéras en vogue. C'étaient surtout ceux de Quinault, qui l'emportait de beaucoup sur les autres librettistes dans l'art d'exprimer l'idolâtrie générale pour le Roi : voyez ce que d'Alembert en raconte, à propos de Monsieur de Noyon, dans V Histoire des membres de l'Académie française, tome II, p. 60, et la lettre de Quinault à Colbert que nous donnons à l'Appendice, ii' XXIII. L'éditeur des Œuvres de Louis XIV, Grouvelle, a encore enchéri sur notre auteur et sur cette légende, en disant (tome I, Introduction, p. "208) : « Les vers (d'Horace et de Virgile) ne peuvent se comparer à ces scènes lyriques chantées en présence du Roi, et, ce qui paroit incroyable, chantées par Louis lui-même avec l'accent de la pas-
de Bourgogne fort triste en un coin de la chambre, demanda avec1 surprise à Mme de Maintenon ce qu'elle avoit pour être si mélancolique, et se mit à la réveiller, puis à jouer avec elle et quelques dames du palais qu'il fit entrer pour2 les amuser tous deux3. Ce ne fut pas tout que ce particulier. Au sortir du dîner ordinaire, c'est-à-dire un peu après deux heures, et vingt-six heures après la mort de Monsieur, Mgr le duc de Bourgogne demanda au duc de Montfort s'il vouloit jouer au brelan : « Au brelan ! s'écria Montfort dans un étonnement extrême, vous n'v songez donc pas! Monsieur est encore tout chauil. — Pardonnez-moi, répondit le prince, j'y songe fort bien; mais le Roi ne veut pas qu'on s'ennuie à Marlv, m'a ordonné de faire jouer tout le monde, et, de peur que personne ne l'osât faire le premier, d'en donner, moi, l'exemple. » De sorte qu'ils se mirent à faire un brelan et que le salon fut bientôt rempli de tables de jeu4. Diverses sortes Telle fut l'affliction du Roi, telle celle de Mme de Maintenon3. Elle sentoit la perte de Monsieur comme une délivrance, elle avoit peine à retenir sa joie : elle en eût eu6
sion et les larmes de l'attendrissement.... Cette manie (de fausse gloire) l'emportoit au delà des bienséances si bien observées par lui en toute autre chose. »