‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 26 sur 548 · Familiers, au pluriel, dans le manuscrit · texte numérisé non relu

Familiers, au pluriel, dans le manuscrit

tendues Altesses. Il étoit extrêmement propre et gaillard, et plein de sens jusqu'à la fin. C'étoit une sorte de personnage '.

Mort de stoppa, Stoppa2, colonel des gardes suisses3 et d'un autre régi-

1. Le logement que Rose occupait dans la cour des secrétaires d'État, au-dessus de celui de l'évêquc de Meaux, fut donné, six mois plus tard, à la princesse de Montauban. Quant à la charge de secrétaire du cabinet, elle resta entre les mains de son petit-fils, alors âgé de dix-sept ans à peine, et qui cependant comptait en être pourvu pour épouser la belle Mlle de Villefranche, si l'on s'en rapporte à une lettre (n° cxxxix, donnée par la Beaumelle) de Mine de Maintenon à l'archevêque de Paris, "du mardi gras de l'année t"00; mais le paragraphe de cette lettre où il est parlé de lui n'existe pas dans l'autographe revn par Lavallée, et, en tout cas, la date ne pourrait être, au plus, que 1701. A la fin de 1703, M. Portail, comme tuteur des héritiers, vendit la charge cent vingt mille livres au président Duret. (Journal de Dangeau, tomes VIII, p. 143, et IX, p. 337 ; Arch. nat., 0 ' 47, fol. 2-28.)

2. Pierre Stuppa (ce nom était devenu par corruption, en France, Stoppa, Stoup, Stoiipp ou Stouppe, et, dans sa Table générale, tome XX de 1873, p. 576, notre auteur a eu soin de mettre : « Stoppa, communément appelé Stoub ») mourut le 6 janvier 1701, à quatre-vingt-trois ans selon les Mémoires de Sourches, à soixante-dix-sept selon la Gazette, à quatre-vingt-un ans et demi selon Dangeau et YHisloire militaire des Suisses de Zùrlauben ; il était originaire de Chiavenna, dans les (irisons. Lieutenant en 1648 dans la compagnie des gardes suisses commandée par un oncle de son nom à qui Jal a consacré un article (Dictionnaire critique, p. 1151), il passa capitaine en 1652, leva un régiment suisse en 1671, fut fait brigadier en 1672, gouverneur d'Utrecht en 1673, maréchal de camp en 1676, lieutenant général en 1678, et enfin colonel des gardes suisses le 1er octobre 1685, tout en conservant le corps qu'il avait levé en 1671. « Jamais Suisse ne posséda en même temps en France autant de régiments et de compagnies que Stuppa. » (Morcri.)

3. Le régiment des gardes suisses avait été porté, en 1688, de dix à douze compagnies de deux cents hommes, formant quatre bataillons, et dont l'État de la France donne la composition. Voyez d'ailleurs le grand ouvrage du baron de Ziirlauben (1751-1763) : Histoire militaire des Suisses au service de la France. Le colonel touchait onze cent soixante livres par mois, plus huit cents pour l'état-major de ses officiers de justice, et chaque capitaine avait quatre mille deux cents livres par mois pour sa compagnie; le colonel possédant la première, cela portait le produit de sa charge à près de soixante-quinze mille livres, plus de quarante mille net (Dangeau, tomes I, p. 225, VII, p. 13 et 42, et VIII

ment suisse de son nom1, mourut en même temps*. Il avoit colonel amassé un bien immense pour un homme de son état, des gardes

r . suisses.

avec une grosse maison pourtant et toujours grand [Add. S'-S. 350] chère1. Il avoit toute la confiance du Roi sur ce qui regardoit les troupes suisses et les Cantons, au point que, tant qu'il vécut, M. du Maine n'y put, et n'y fit aucune chose*.

p. 420). Le service étaii le même que celui des gardes françaises; mais ceux-ci passaient les premiers, et leur commandant donnait des ordres aux détachements de l*un et l'autre corps réunis en une seule brigade, les Suisses fournissant alors un tiers de moins que les Français (Luynes, tome XI, p. "231). En guerre, trois bataillons allaient à l'armée, et le quatrième restait auprès du Roi (Dangeau, tome XI, p. 59). Depuis 1692, chaque compagnie avait vingt grenadiers (Dangeau, tome IV, p. 64). Tous portaient l'habit rouge depuis 1685, et, depuis 1699, ils l'ornaient d'agréments, comme faisaient les gardes françaises sur leur habit bleu (Dangeau, tomes I, p. 57 et 139, et VII, p. 71). Le colonel logeait au château.

1. En temps ordinaire, d'après les traités passés avec la Suisse, nous devions entretenir vingt-cinq mille mercenaires de cette nation, et, en temps de guerre, ce nombre avait été porté, par les soins de Stoppa, jusqu'à trente-six mille; mais il était parvenu, sous Louvois, à réduire la paye à cinq écus par mois, ce qui faisait alors une économie de dixhuit cent mille livres par an (Mémoires de Sourehes, tomes I, p. 308, et II, p. 307). Pendant la dernière guerre, Louis XIV avait eu les neuf régiments suisses dont les noms suivent : Stoppa, Hésic, Reynold, Greder, Surbeck, Monein, Salis, Courten, Schelberg; mais, à la paix, une moitié avait été réformée, comme dans les autres corps étrangers, et Stoppa n'avait gardé que dix-huit mille hommes, quoique les traités avec la Suisse stipulassent un minimum de vingt-cinq mille (Dangeau, tome VI, p. 295 et 316; Sourehes, tome V, p. 371).

2. Journal de Dangeau, tome VIII, p. 7 et 11; Mémoires de Sourehes, tomes VI, p. 323, et Vil, p. 3.

3. Dangeau, en 1694 (tome V, p. 22, avec l'Addition mise ici), lui attribuait cent mille livres de rente. Mais les Mémoires de Sourehes disent (tome VII, p. 3) qu'il « ne laissa pas un sol à ses héritiers, après avoir dépensé des biens immenses. »

4. Le Dictionnaire de Moréri dit, dans la notice Stuppa : « Le Roi l'employa en diverses négociations en Suisse, et lui confia l'exercice de la charge de colonel général des Suisses, excepté les droits honorifiques, pendant la minorité de M. le duc du Maine. Stuppa la remplit avec honneur jusqu'à sa mort.... » M. Camille Roussel a cité, dans le tome I de sou Histoire de Louvois, p. 333-335, 394 et 443, des témoignages authentiques de l'estime que toute l'armée professait pour Stoppa.

Le Hoi s'étoit servi de lui en beaucoup de choses secrètes1, et de sa femme2 encore plus', qui, sans paroître, avoit toute la confiance de Mme de Maintenon, et étoit extrê-

1. En effet, lorsque commença la guerre de 1672, c'est grâce au grand crédit dont il jouissait en Suisse qu'il put recruter jusqu'à vingtcinq mille hommes à la fois, et, comme le dit Pomponne {Mémoires, tome I, p. 138-139), il parvint même à éviter que les Cantons ne s'opposassent à l'emploi de leurs concitoyens contre les protestants hollandais. En 1689, il ne fut pas moins habile à obtenir le renouvellement des traités et le maintien de la neutralité du territoire suisse (Mémoires de Sourches, tome 111, p. 72). Maison ne doit pas le confondre, à cause de ces missions, avec son frère cadet Jean-Baptiste, qui était à la fois l'agent caché de Louvois et un pamphlétaire utile pour mener la guerre de plume contre les Pays-Bas (Cabinet des titres, dossier bleu 16471, fol. 5). M. Léon Feer et M. Pierre de Witt ont fait des études sur celui-ci, dans le Bulletin de la Société de l'Histoire du Protestantisme français. années 1882, p. 78-91, 226-234, et 1883, p. 368-374. C'est évidemment de ce frère qu'il est question dans l'Histoire de Louvois, tome I, p. 431- 434, et dans les négociations de Cromwell avec Mazarin (Chéruel, Ministère de Mazarin, tomes I, p. 63, et II, p. 81, note); il parvint au grade de brigadier, quoique protestant, et périt à la bataille de Steinkerque, laissant une fille unique. L'auteur de la première Vie de B. de Spinoza (1706) raconte que, quoique ayant combattu ce philosophe dans un livre sur la Beliçi'ion des Hollandais, Stoppa cadet lui donna l'hospitalité, à l'instigation du prince de Coudé, et essaya, mais en vain, de l'enrôler parmi les pensionnaires de Louis XIV.

2. Stoppa avait épousé — mariage d'amour, selon le Journal de Dan- <jeau, tome V, p. 22 — , par contrat du 9 janvier 1661, Anne-Charlotte de Gondy, qui était tille naturelle de Jean-Baptiste, baron de Gondy, de la famille des ducs de Retz, introducteur des ambassadeurs, et veuve en premières noces d'un Colbert de Saint-Mar, contrôleur des finances en la généralité de Paris. Elle ne fut légitimée qu'en juin 1662, et mourut le 8 juin 1694, à soixante-quatre ans environ, ayant fondé trois lits à l'hospice de Château-Thierry. (Cabinet des titres, Pièces originales, dossier 60983.) Notre auteur a dit ces quelques mots d'elle, dans la notice du duché de Retz (Écrits inédits, tome V, p. 400) : « Sa sœur bâtarde (de Jérôme, baron de Gondy) avoit épousé Pierre Stoppa, colonel du régiment des gardes suisses, l'un et l'autre plus connus que lui, et dont Louis XIV et ses ministres se sont servis en plusieurs alfaires importantes et secrètes, et de la femme autant que du mari : morts tous deux fort riches et sans enfants. »

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