‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 263 sur 548 · Et est en interligne, et de corrige do [ni · texte numérisé non relu

Et est en interligne, et de corrige do [ni

2. 11 a déjà été dit quelques mots de cette fameuse correspondance dans notre tome V, p. 47, note 4. M. Jaeglé vient de publier, en 1890, une nouvelle édition de sa traduction, en trois volumes, et, en Angleterre, miss Marie Belloc a fait paraître un volume sur la vie et les lettres de la princesse (1889).

3. La correspondance fait très suffisamment connaître quelle était la vie commune entre les deux époux. Madame dit, par exemple, qu'à Marly elle ne voit jamais son mari. « Nous ne dînons pas ensemble, il joue toute la journée, et, la nuit, chacun de nous est dans sa chambre. » (Recueil Brunet, tome I, p. 48.) Quant à son existence particulière, voici comment elle en rendait compte elle-même à ses correspondantes (lettre du 17 juin 1698, dans le recueil Brunet, tome I, p. 31) : « Au milieu de cette grande cour, je me suis retirée comme dans une solitude, et il y a fort peu de gens avec lesquels j'aie de fréquents rapports; je suis de longues journées entières toute seule dans mon cabinet, où je m'occupe à lire et à écrire. Si quelques personnes viennent me rendre visite, je ne les vois qu'un moment, je parle de la pluie et du beau temps, ou bien des nouvelles du jour, et je me réfugie ensuite dans ma retraite. Quatre fois par semaine, j'ai mes jours de courrier : le lundi, en Savoie ; le mercredi, à Modène ; le jeudi et le dimanche, j'écris de très longues lettres à ma tante à Hanovre. l)e six à huit heures, je me promène en voiture avec Monsieur et avec nos dames. Trois fois par semaine, je vais à Paris, et, tous les jours, j'écris à mes amies qui y demeurent. Je chasse une ou deux fois par semaine. C'est ainsi que je passe mon temps. » Comparée d'autres lettres du 6 septembre 1696, du lo mai 1697 et du 8 mars 1701, celle du 30 mars 1707 : « Je suis devenue absolument une ermite au milieu de la cour, je ne fraie avec personne, si ce n'est avec mes gens..., et je vis seule, etc.; » enfin, une lettre de 1714 à M. de Mailing l|>. 140-141 ; comparez p. 146), où elle dit : « Le temps ne me parait point long lorsque je suis dans mon cabinet (où étaient ses collections de médailles et de pierres gravées) ; j'ai toujours quelque chose à faire, et j'écris ausn beaucoup : le dimanche, j'écris à ma tante notre chère électrice et à ma fille en Lorraine; le lundi, en Suisse et à la

gens qui, de Paris et de Versailles, lui alloient faire leur cour les après-dinées : princes du sang, grands seigneurs, ministres, hommes et femmes n'y manquoient point de temps en temps; encore ne falloit-il pas que ce fût en passant, c'est-à-dire en allant de Paris à Versailles ou de Versailles à Paris. Il le demandoit presque toujours, et montroit si bien qu'il ne comptoit pas ces visites en passant, que peu de gens l'avouoient1. Du reste, Monsieur, qui, avec beaucoup de valeur2, avoit gagné la bataille de Cassel3, et qui en avoit toujours mon-

rcinc d'Espagne, le mardi en Lorraine, le mercredi à Modène, le jeudi encore à Hanovre, le vendredi en Lorraine; le samedi, je complète ce que je n'ai pas pu écrire dans la semaine. Quand donc, un jour, j'ai écrit vingt feuillets à S. A. la princesse de Galles, et dix ou douze feuillets à ma tille, vingt en français à la reine de Sicile, je suis alors tellement fatiguée, que je ne puis mettre un pied devant l'autre. » Ailleurs (p. 57- 58), on voit qu'elle commençait chaque journée par la lecture de trois chapitres de la Bible, puis (p. 9o-96 et 145-146) qu'elle dînait seule, eu une demi-heure; que, le soir, elle allait souper chez le Roi, où l'on ne proférait pas une parole, et faisait ensuite la conversation dans le cabinet jusqu'à minuit et demi; qu'elle dormait à l'Opéra {p. 80), et que sa principale compagnie, pendant la journée (p. 69, 109, HO, 155 et 177), consistait en petits chiens, en perroquets et en oiseaux.

1. Spanheim dit en effet (Relation, p. 06) que le prince veut •• n'être pas négligé par les courtisans, ou même par les ministres étrangers qui fréquentent la cour, et ainsi qu'on se trouve à son lever, qui est d'ordinaire assez tard et quelques heures après celui du Roi. »

2. Le même Spanheim (p. 57 et 3"27) était loin de reconnaître, malgré la victoire dont il va être parlé, que « le génie de Monsieur fût naturellement martial. » Il avait même fallu bien des excitations pour que, dans sa première jeunesse, il parût à l'armée, et Mazarin, comme Anne d'Autriche, s'étaient plaints souvent de sa vie exclusivement efféminée : voyez les Mémoires de Mademoiselle, tome III, p. *1~2S\. Ilix ans plus tard (Mémoires de Daniel de Cosnae, tome II, p. 37-60 et "Ht): Mémoires de l'abbé de Choisi/, tome II, p. 67-(>9|, ce ne fut que pour une fois que son familier, le premier de ces deux ecclésiastiques, obtint qu'il fit preuve de vaillance à un siège en Flandre.

3. ("assel ou Mont-Cassel, situé au haut d'une montagne, entre Bergues- Saint- Winoc, Aire et Thérouanne, est célèbre par les deux victoires qu'y remportèrent le roi Philippe de Valois, en 13v2S, sur les Flamands, et Monsieur, le 11 avril Ki77, sur Guillaume d'Orange venant.

tré une fort naturelle en tous les sièges où il s'étoit trouvé1, n'avoit d'ailleurs que les mauvaises qualités des

avec une année hispano-hollandaise, secourir Casscl assiégé par ce prince. Voyez la Gazette, p. 311, 312, 319-324, 336-337, 364 et 377- 379; le Mercure, avril 1677, 2° édition, p. 135-225, et mai, p. 5-46, et août 1078, p. 200-208; les Lettres historiques de Pellisson, tome II, p. 230-240; les lettres écrites par Louis XIV, dans le ms. Sainte-Geneviève V 17, tome II, p. 557-564, et dans les Œuvres du Roi, tomeV, p. 566 : la Correspondance de Hussij, tome III, p. 212-256 ; les Mémoires de Saint-Hilaire, tome I, p. 258-259 ; Y Histoire de Louvoie, par M. Roussel, tome 11, ]). 296-301 ; Guillaume III, par M. le comte de Lort- Sérignan, p. 218-256; l'article de feu Pierre Clément, dans la Revue des Questions historiques, 1er octobre 1867, p. 536-541 ; les Caractères de la Bruyère, tome II, p. 45 et 298, etc. 11 faut faire observer, avec Spanheim, que Monsieur avait alors sous ses ordres le maréchal d'Humières, le maréchal de Luxembourg et Chamlay, dirigés par Louvois, qui se tenait à portée, et que leur concours dut certainement contribuer pour une bonne part au succès; mais encore le prince paya-t-il très bien de sa personne : il « se mêla » jusqu'à trois fois, pour ramener l'infanterie à la charge, reçut plusieurs coups dans son armure, et vit tomber autour de lui une vingtaine d'officiers de son état-major. La Lare dit, à ce propos (p. 285) : « Comme il fut prédit dès lors par des gens sensés, Monsieur ne s'est [plus] trouvé de sa vie à la tète d'une armée; cependant il étoit naturellement intrépide et affable sans bassesse, aimoit l'ordre, étoit capable d'arrangement et de suivre un bon conseil. Il avoit assez de défauts pour qu'on soit obligé en conscience de rendre justice à ses bonnes qualités. » D'autres cependant avaient reproché à l'heureux vainqueur de s'être montré devant les troupes avec des cadenettes ou paresseuses, comme les femmes en portaient pour s'éviter la peine de friser leurs cheveux.

1. Le Mercure de juin 1701 (p. 293-310), les oraisons funèbres du prince et la pièce imprimée alors sous le titre d'Abrégé de la vie et des actions héroïques de.... Philippe de France, etc., énumèrent les sièges de Tournay, Douay, Courtray, Oudcnarde, Alh, Alost et Lille, dans la campagne de 1667, ceux d'Orsoy, Wesel, Rheinberg, Arnheini, Zutphen, etc., dans la campagne de Hollande (1672), ceux de Douchain en 1676, de Saint-Omer en 1677, et ceux de Namur, Mons et Charleroy dans la dernière guerre, comme autant d'occasions où Monsieur tit preuve d'intrépidité, soit comme général et capitaine, soit comme simple assistant, aux côtés du Roi son frère. Daniel de Cosnac le représente, en 1667, à l'ouverture de la tranchée, plus hardi, plus honnête, plus caressant que ne le fut jamais aucun prince, puis allant reconnaître Douav sous le feu de l'ennemi et visitant les travaux avec

femmes1. Avec plus de monde que d'esprit, et nulle lecture'2, quoique avec une connoissance étendue et juste des maisons, des naissances et des alliances3, il n'étoit capable de rien. Personne de si mou de corps et d'esprit, de plus foible, de plus timide, de plus trompé, de plus gouverné, ni de plus méprisé par ses favoris, et très souvent de plus malmené par eux; tracassier*, et incapable de garder aucun secret, soupçonneux, défiant, semant des noises dans sa cour pour brouiller, pour savoir, souvent aussi pour s'amuser, et redisant des uns aux autres3. Avec tant

le Roi, ou encore suivant à la tranchée devant Lille son bon ami le chevalier de Lorraine, qui y fut légèrement blessé (Mémoires, tomes I, p. 341-346 et 353-355, et II, p. 58-60). Chaque édition de YÉtat de la France avait depuis lors l'habitude de rappeler les faits d'armes où s'était signalé le courage de Monsieur, « prince d'un esprit fort vif, et qui se plaît aux grandes choses. » Pour la décoration de ses obsèques, Silvestre le jeune peignit une bataille de Cassel et une prise de Saint- Omer, et les sièges de Zutphen et de Bouchain furent représentés en bas-reliefs de bronze doré sur le catafalque (Mercure, juillet 1701, p. 311-313). Quant à nous, nous ne l'avons vu qu'exercer un commandement de pure forme sur les côtes, en 1693 : tome I, p. 229 et v266-"267.

1. On se rappelle ce mot prêté par notre auteur au comte de Tonnerre (tome II, p. 209), que « Monsieur étoit la plus sotte femme du monde, et Madame le plus sot homme qu'il eût jamais vu. »

2. Daniel de Cosnac dit (Mémoires, tome II, p. 55-56) que Monsieur « avoit eu une éducation peu proportionnée à sa qualité » et qu'il était impossible de « trouver un moment fixe pour raisonner avec lui. » On a des spécimens de son écriture et de son orthographe dans la publication du Musée, des Archives, n" 899, dans Y Iconographie française et dans V Isographie des hommes célèbres. Pierre Clément a reproduit plusieurs lettres assez bien tournées, mais rédigées sans doute par un secrétaire. Il s'en trouve dans les papiers de Mme de Sablé.

3. Ci-dessus, p. 333-334. Nous savons quelle importance Saint- Simon attachait à cette connaissance des généalogies et des rangs.

4. « Le roi des tracasseries, » a-t-il déjà dit (tome II, p. 372).

5. Bavard intarissable (Correspondance de Madame, recueil Brunet, tome II, p. 96; Relation de Spanheim, p. 56 et 57), incapable de se taire même sur les affaires d'État (voyez notre tome III, p. 164-166), et ne parlant jamais que de futilités (Addition n" 381), le Boi l'avait écarté de tous les conseils autres que celui des dépêches, oii sa belle attitude devant Tournay l'avait fait entrer en 16(37 (Cosnac. tome I. p. 61);

[de| défauts destitués de toutes vertus1, un goût abominable que ses dons et les fortunes qu'il fit à ceux qu'il avoit pris en fantaisie avoient 2 rendu public avec le plus grand scandale, et qui n'avoit point de bornes pour le nombre ni pour les temps3. Ceux-là avoient tout de lui4, le5 traitoient souvent avec beaucoup d'insolence, et lui donnoient souvent aussi de fâcheuses occupations pour arrêter les brouilleries de jalousies horribles; et tous ces gens-là, ayant leurs partisans, rendoient cette petite cour très orageuse, sans compter les querelles de cette troupe6 de femmes décidées de la cour de Monsieur, la plupart fort méchantes, et presque toutes plus que méchantes7, dont Monsieur se divertissoit, et entroit dans toutes ces

Choisy, tome I, p. 10(i). On peut se souvenir de son impatience), en 1700, à annoncer la déclaration du roi d'Espagne : tome VII, p. 3*27.

1. i On dit qu'un homme est destitue de tout secours pour dire qu'il manque de tout secours. Destitué de bon sens, de raison, etc. » (Académie, 1718). Nous avons déjà eu (tome II, p. 58) une faveur destituée de confiance, et nous rencontrerons souvent des emplois pareils.

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