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son amitié, et do lui jurer la sienne1, elle avoit entièrement changé depuis plusieurs années. Madame crut avoir beau champ2: elle répondit qu'elle étoit d'autant plus aise de cet éclaircissement, que c'étoit à elle à se plaindre du3 changement de Mme de Maintenon, qui, tout d'un coup, l'avoit laissée et abandonnée, et forcée de l'abandonner à la fin aussi après avoir longtemps essayé de la faire vivre avec elle comme elles avoient vécu auparavant. A cette seconde reprise, Mme de Maintenon se donna le plaisir de la laisser enfiler, comme à l'autre, les plaintes, et de plus les regrets et les reproches : après quoi elle avoua à Madame qu'il étoit vrai que c'étoit elle qui, la première, s'étoit retirée d'elle, et qui n'avoit osé s'en rapprocher, que ses raisons étoient telles qu'elle n'avoit pu moins que d'avoir cette conduite; et, par ce propos, fit redoubler les plaintes de Madame, et son empressement de savoir quelles pouvoient être ses raisons. Alors Mme de Maintenon lui dit que c'étoit un secret qui1, jusqu'alors, n'étoit jamais sorti de sa bouche, quoiqu'elle en fût en liberté depuis dix ans qu'étoit morte celle qui le lui avoit confié sur sa parole de n'en parler à personne; et de là, raconte à Madame mille choses plus offensantes les unes que les autres qu'elle avoit dites5 d'elle à Madame la Dauphine, lorsqu'elle étoit mal avec cette dernière, qui, dans leur raccommodement, le lui avoit redit de mot à mot. A ce
1. Quelques années plus tard, en 1709, Madame écrivait encore : <• La vieille dame qui est ici en :-i grande faveur me déteste. J'ai fait de mon mieux pour obtenir sa bienveillance; mais je n'ai pu y parvenir. Elle m'a voué, ainsi qu'à mon fils, ce qu'on appelle une baine implacable. » Une autre fois, elle l'accuse de s'être liguée avec les favoris de Monsieur pour empêcher qu'elle ne fût prise trop en faveur par le Roi. (Recueil Iirunet, tome I, p. 129 et 123.) Mme de Maintenon se contentait de dire qu'elles n'étaient pas bien ensemble : lettre à la princessedes l'rsins, dans le recueil Bossauge de 1826, tome II, p. 9*2.
i. « Champ signifie figurément occasion, sujet, matière. « Voilà un « beau champ pour étaler son éloquence. » (Académie, 1718 et 1878.)
)i. De corrigé' en du. — 4. Que corrigé en qui.
îi. Le manuscrit porte dit, sans accord.
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second coup de foudre, Madame demeura comme une statue. Il y eut quelques moments de silence. Mme de Yentadour fit son même personnage pour laisser reprendre les esprits à Madame, qui ne sut faire que comme' l'autre fois, c'est-à-dire qu'elle pleura, cria, et, pour fin, demanda pardon, avoua; puis, repentirs et supplications. Mme de Maintenon triompha froidement d'elle assez longtemps, la laissant s'engouer2 de parler, de pleurer, et lui prendre les mains. C'étoit une terrible humiliation pour une si rogue et fière Allemande. A la fin, Mme de Maintenon se laissa toucher, comme elle l'avoit bien résolu, après avoir pris toute sa vengeance 3. Elles s'embrassèrent, elles se promirent oubli parfait, et amitié nouvelle; Mme de Ventadour se mit à en pleurer de joie, et le sceau de la réconciliation fut la promesse de celle du Roi, et qu'il ne lui diroit pas un mot des deux matières qu'elles venoient de traiter : ce qui, plus que tout, soulagea Madame'. Tout se sait enfin
t. Comme est on interligne.
"2. Se fatiguer la gorge, s'égosiller (Académie, 1718 et 1878).