Vengence, dans le manuscrit
4. Le compte rendu de cet entretien que Madame envoya le lendemain à sa tante de Hanovre est plus complet dans la traduction de M. Rolland (p. 233-236) que dans celle de M. Jaeglé, et il faut le rapprocher du récit que nous venons de lire. On y lit qu'après la mort du prince le premier écuyer vint, de la part du Roi, demander à Madame comment elle se trouvait, et que Mme de Maintenon lui fit dire alors, par le dur de Chartres, que c'était le bon moment pour se réconcilier avec le Roi. Se rappelant le conseil qui lui avait été donné depuis longtemps de regagner les bonnes grâces de la marquise elle-même, Madame la pria de venir chez elle. L'entrevue eut lieu le 11, à six heures. • Je lui ai d'abord répété, raconte Madame, combien j'étais contente d'elle, et je lui ai demandé son amitié. Je lui ai avoué aussi que j'avais été fâchée contre elle parce que je croyais qu'elle me haïssait et m'ôtait les bonnes gràces du Roi, ce que j'avais d'ailleurs appris par la Dauphine. J'ai ajouté que j'étais prête à tout oublier, si elle voulait seulement être mon amie. Là-dessus, elle me dit beaucoup de belles et éloquentes choses, me promit son amitié, et nous nous embrassâmes. Je lui dis ensuite que ce n'était pas assez de m'avoir mandé que le Roi était indisposé contre moi, qu'il fallait me donner aussi le inoven de rentrer
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dans les cours, et, si je me suis peut-être un peu étendu sur ces anecdotes, c'est que je les ai sues d'original et qu'elles m'ont paru très curieuses1.
on grâce. Elle me conseilla alors do parler au Roi on toute franchise, de lui avouer moi-même que je l'avais haïe parce que je pensais qu'elle me rendait de mauvais offices auprès de lui, et de dire également au Roi pourquoi je lui en avais voulu. » Cette seconde entrevue eut lieu le jour mémo (Saint-Simon n'en parle point), et Madame, sachant par Monsieur qu'où l'avait accusée d'écrire à sa tante « trop à ca;ur ouvert, » dit spontanément qu'avec une parente qui était sa meilleure amie, elle s'était toujours exprimée librement, autant sur la bienveillance première du Roi, que sur les mauvais traitements dont elle avait eu ensuite h se plaindre. Le Roi protesta qu'il n'avait jamais lu ces lettres, et que c'était une imagination de Monsieur, mais se plaignit, à son tour, d'être haï do Mme de Hanovre. Madame répliqua par de nouvelles protestalions, et finalement le Roi l'embrassa, la pria d'oublier le passé, lui promit ses bonnes grâces, et rit beaucoup de cette dernière boutade de sa belle-sœur : « Si je ne vous avais pas aimé, je n'aurais pas tant bai Mme de Maint enon, croyant qu'elle m'ôtait vos bonnes grâces. » L'entrevue fut close par une permission d'en annoncer les résultats à Hanovre. — Un voit qu'il n'est question ni de lettre interceptée et remise en original au Roi, puis produite par Mme de Maintenon, ni de « choses offensantes » rapportées par la Dauphine à cette dernière. Le Mercure (juin 1701, p. 323-M4) parle seulement des marques de bonté du Roi et d'une visite de cinq quarts d'heure qu'il fit à Madame, sans doute celle du 14. Cette réconciliation ne fut que superficielle : bien traitée en général, Madame ne se vit plus admise cependant dans les particuliers (recueil Jaeglé, tome I, p. 2X3-284), et l'on sait qu'elle poussa depuis lors jusqu'à l'absurdité sa haine pour Mme de Maintenon et son besoin de lui prodiguer les plus grossières injures. Cependant, sur le moment même, le la juin, elle lui écrivit une lettre de remerciement, s'engageant à « tenir très inviolablement l'amitié qu'elle lui avait promise, » et la priant de lui « continuer ses conseils et avis, et de ne jamais douter de sa reconnaissance, qui ne pouvait finir qu'avec la vie. » (Lettre conservée jadis à la bibliothèque du Louvre, et publiée d'abord par Rrunet, puis par Lavallée, dans la Correspondance générale de Mme de, Maintenon, tome IV, p. 436, avec notre récit en guise de préface.)
I. On ne peut supposer que Saint-Simon tenait ce récit confidentiel de Mme do Ventadour elle-même, puisqu'ils n'eurent jamais que des rapports très froids, comme nous le verrons dans la suite des Mémoires, tomes VI, p. 288, et XVII, p. 407. La vraisemblance est plutôt qu'il se fit raconter toute la scène par la maréchale do Clérambault, pour qui Madame n'avait rien de caché, ef que nous allons bientôt retrouver.
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Le Roi, qui n'ignoroit ni la visite de Mme de Maintenon à Madame, ni ce qu'il s'y devoit traiter, donna quelque temps à cette dernière de se remettre, puis alla le même jour chez elle1, ouvrir en sa présence, et de M. le duc de Chartres, le testament de Monsieur, où se trouvèrent le Chancelier et son fds, comme secrétaire4 d'État de la maison du Roi, et Terrât3, chancelier de Monsieur*. Ce testament étoit de 16905, simple et sage, etnommoit pour exécuteur celui qui se trouveroit premier président du parlement de Paris le jour de son ouverture6. Le Roi7 tint la parole de Mme de Maintenon : il ne parla de rien, et fit beaucoup d'amitiés à Madame" et à M. le duc de Chartres, qui fut, et le terme n'est pas trop fort, prodigieusement bien traité9.
1. Ceci est du jour suivant, 12 juin : Journal de Dangeau, tome VIII, p. 123-124; Mémoires de Sourches, tome VII, p. 77.
2. Sre en abrégé, mais non au pluriel comme on l'avoit lu jusqu'ici.
3. Gaston-Jean-Baptiste Terrât, reçu secrétaire des commandements et du cabinet de Monsieur en août 1676, avait remplacé Boisfranc, comme chancelier et chef du Conseil du même prince, en février lbNX et avait fait ériger sa terre de Chantôme en marquisat au mois de décembre 1696. Il succéda à Béchameil, comme surintendant de la maison du duc d'Orléans, en mai 1703, et mourut le 19 mars 1719, âgé d'environ quatre-vingts ans.