L' Aragon et ses privilèges
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Ie' août 1707. — Rien n'étoit plus différent que la Castille et l'Aragon, et Gonséquemment leurs annexes. Tout est de longue main despotique en Castille, et le conseil de Castille, qui est tout à la fois le parlement universel et le conseil privé, ne rend que des sentences, qui ne deviennent arrêts que par l'approbation du roi, à qui ce conseil ou1 corps les va rapporter au palais une fois la semaine. Là s'enregistre tout ce qu'il plaît au roi, sans aucune forme ni délai, et ce conseil n'est que l'instrument de ses volontés. En Aragon, tout le contraire : la loi du pays ne peut être contrariée; le conseil suprême en est le conservateur jaloux contre le roi, qui ne peut passer outre à ses représentations, et duquel il n'a aucune solide dépendance. Celui qui y préside sous le nom de justice, et non de justicier, comme étant luimême la souveraine justice, ne peut être ni suspendu, ni déposé, ni écorné en aucun de ses droits et privilèges. 11 n'y porte que ce qu'il lui plaît des volontés du roi, et il ne s'y en enregistre aucune pour peu qu'elle touche à quelque privilège du pays. On ne [le] laisse pas ignorer aux rois, le jour de leur installation, de laquelle ils ne peuvent se dispenser; et sur les lieux, à leur avènement à la couronne, le justice, couvert, lui dit tout haut : « Nous qui valons autant que vous, vous acceptons pour notre roi, à condition du maintien de tous nos droits, lois et prérogatives; sinon, non. » Ils ont toujours tenu parole tant qu'ils ont pu. Philippe V, les ayant soumis après cette dernière révolte, en profita pour abroger tous leurs droits, lois et privilèges, les réduisit à la forme et aux lois de Castille, et fit en cela un grand coup pour sa couronne et pour sa tranquillité. L'Aragon, et depuis la Catalogne, ont fait l'impossible pour allégir ce joug; Philippe V est demeuré inébranlable, avec grande raison, et les choses en sont restées en ces termes où il les a mises.