‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 31 sur 548 · Tome VII, p. 34o, et ci-après, p · texte numérisé non relu

Tome VII, p. 34o, et ci-après, p

2. Comparez le tome XVII des Mémoires, p. 318. Jeanne Bosc, veuve du sieur de la Rocbe, premier commis du Trésor royal (Jal, Dictionnaire critique, p. 732),- était une vieille parente de la défunte femme de Bontemps, qui avait pris un empire despotique sur lui ; d'ailleurs très bonne personne, disent les Mémoires de Sourches, tomes III, p. 218, et VI, p. 44, d'accord en cela avec l'Addition n" 351, qui est plus explicite que les Mémoires. 11 lui avait fait obtenir, en 1698, une pension de deux mille livres, portée à trois mille l'année suivante (Dangeau, tomes VI, p. 380, et VII, p. 128; Arcb. nat.. G1 43, fol. 237 v"). Plus anciennement, en 1690, il avait transféré au fils de cette dame, celui que nous avons vu partir pour l'Espagne, la survivance d'une charge de premier valet de garde-robe achetée à l'intention de son propre fils, qui se trouvait trop jeune pour l'exercer, et cet arrangement avait beaucoup étonné (Dangeau, tome III, p. 86; Sourches, tome III, p. 218).

3. Dangeau (tome VIII, p. 15) et les Mémoires de Sourches (tome VII, p. 7] parlent du passe-partout qu'il avait pour entrer par les derrières cbez le Roi, et qui fut conservé à ses fils.

4. Plus tard, il a dit (Parallèle des trois premiers rois Bourbons, p. 289-290) : « La cour eut aussi son lieutenant de police. Ce fut celui des quatre premiers valets de chambre qui étoit gouverneur de Versailles, qui, par un nombre de Suisses qui ne dépendoient que de lui, et force espions qu'il entretenoit et qui suivoient la cour en quelque lieu qu'elle allât, servoit à la cour aux mêmes usages que faisoit le lieutenant de police à Paris : tellement que, par ces espions répandus

tous les ordres et les messages secrets, les audiences ignorées, qu'il introduisent chez le Roi, les lettres cachées au Roi et du Roi, et tout ce qui étoit mystère1. C'étoit bien de quoi gâter un homme qui étoit connu pour être depuis cinquante ans dans cette intimité, et qui avoit la cour à ses pieds, à commencer par les enfants du Roi et les ministres les plus accrédités, et à continuer par les plus grands seigneurs. Jamais il ne sortit de son état, et, sans comparaison, moins que les plus petits garçons bleus, qui tous étoient sous ses ordres2. Il ne fit jamais mal à qui que ce

jour et nuit dans les coins obscurs des escaliers, des galeries, des corridors, des cours et des jardins, dans les cabarets, dans les rues, et jusque dans les appartements, par des domestiques donnés ou gagnés, le gouverneur de Versailles savoit tout ce qui se passoil et en rendoit compte, tellement que, jusqu'aux galanteries de la cour et de la ville et aux aventures de chacun, le Roi étoit informé de tout. Souvent il ignorait les aventures des jeunes gens qui l'amusoient, pour ne pas paraître informé; souvent il punissoit d'autres choses, sans que les gens pussent imaginer d'où le coup leur étoit parti.... »

1. Aussi plusieurs commentateurs des Caractères voulurent-ils l'identifier avec le « Mercire qui n'est rien davantage. » Mais, en dernier lieu, M. Servois semble plutôt y avoir reconnu Lassay : voyez son édition des Caractères, tome 11, p. 319-320, et la Comédie de la Bruyère, par Éd. Fournier, tome 1, p. 188-189. Dans un des libelles d'ordre infime qui se publièrent à l'étranger contre Louis XIV, les Amours de Louis le Grand et de Mlle du Tron (1695), réimprimés par M. Ch. Livet à la suite de l'Histoire amoureuse des Gaules, tome IV, p. 123-238, l'héroïne est une nièce de Bontemps : en effet, la sœur de ce dernier avait épousé Nicolas le Cordier, marquis du Troncq, premier président de la Chambre des comptes de Rouen, et avait eu, outre un fils que le Roi fit abbé de l'Ile-Barbe, et un autre qui mourut lieutenant général en 1742, une fille, Marie-Angélique, demoiselle du Troncq, qui épousa en 1696 M. Savary de Saint-Just, grand maître des eaux et forêts de Normandie, et une autre qui eut, de 1690 à 1719. l'abbaye de Villiers, près Nemours.

2. « 11 y a.... des courtisans rigides qui croiraient faire un crime, s'ils décidoient de la moindre petite chose sans en parler au Roi, ou sans faire croire qu'ils lui en parlent. Le bonhomme Bontemps, premier valet de chambre, étoit de ce nombre; on ne pouvoit lui rien demander, qu'il ne répondit : « J'en parlerai au Roi. » Si Lien qu'on jour un petit-maître, fatigué de cette réponse banale, lui dit : « Monsieur,

soit, et se servit toujours de son crédit pour obliger'. Grand nombre de gens, même de personnages, lui durent leur fortune, sur quoi il étoit d'une modestie à se brouiller avec eux, s'ils en avoient parlé2 jusqu'à lui-même. Il aimoit, vouloit et procurait les grâces pour le seul plaisir de bien faire, et il se peut dire de lui qu'il fut toute sa vie le père des pauvres, la ressource des affligés et des disgraciés9 qu'il connoissoitle moins, et peut-être le meilleur des humains, avec des mains non seulement parfaitement nettes4, mais un désintéressement entier3 et une application extrême à tout ce qui étoit sous sa charge6. Aussi, quoique fort diminué de crédit pour les autres par son âge et sa pesanteur, sa perte causa un deuil public et à la cour, et à Paris, et dans les provinces : chacun en fut affligé comme d'une perte particulière, et il est également innombrable et inouï tout ce qui fut volontairement rendu à sa mémoire, et de services solennels célébrés partout pour lui7. J'y perdis un ami sûr, plein de respect et de reconnoissance pour mon père, comme je l'ai dit ailleurs"4. Il laissa deux fils9, qui ne lui ressemblèrent en rien,

« comment se porte Madame votre femme ?» A qui M. de Bontcmps ne manqua, machinalement, de répondre encore : « J'en parlerai au « Roi. » (Lettres de Mme Dunoyer, lettre xxxn, tome 1, p. 389.)

1. Ci-dessus, p. 40, note 5. — 2. Le manuscrit ne porte pas de virgule ici.

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