‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 30 sur 548 · Le t de tous corrige un d · texte numérisé non relu

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5. « S. M., en se promenant à Trianon, fit l'éloge du bonhomme Bontemps, et témoigna le regretter tendrement. » (Dangeau.) — « Le Roi en témoigna beaucoup d'inquiétude (de l'apoplexie), voulant qu'on lui

° C'est Dangeau lui-même qui fait cette distinction (tome VIII, p. 13).

[4701] DE SAINT-SIMON. il

C'étoit un grand homme fort bien fait, qui étoit devenu fort gros et fort pesant, qui avoit près de quatre-vingts ans, et qui périt en quatre jours, le 17 janvier, d'une apoplexie. C'étoit l'homme le plus profondément secret1, le plus fidèle, et le plus attaché au Roi qu'il eût su trouver2,

v î n ! dire de ses nouvelles à tous moments, même chez la marquise de Maintenon.... Le Roi lui donna cette louange si belle et si rare, qu'il ne lui avoit jamais dit du mal de personne, et qu'il n 'avoit jamais passé un jour sans lui dire du bien de quelqu'un. •> (Sourches.) — « Bontemps t- toit bien le meilleur valet qui ait jamais été, le plus affectionné, cachant un bon esprit et assez de finesse sous un extérieur grossier, lidèle sans intérêt et sans ambition, ne songeant qu'à faire le profit du maître sans presque songer à établir sa famille. Quand le Roi lui donna la survivance de sa charge de premier valet de chambre pour son fils aîné, il l'assura qu'il ne lui demanderait jamais rien, et je crois. Dieu me veuille pardonner! qu'il lui a tenu parole : chose incroyable dans un pareil courtisan, qui étoit six fois par jour à portée de demander et d'obtenir. Aussi le Roi paroissoit-il l'aimer tendrement, et, quand sa fille mourut dans le temps qu'il l'alloit marier, ce grand prince, aussi sensible qu'un particulier, eut la bonté d'employer quelques moments à le consoler. » {Mémoires de l'abbé de Choisi), tome I, p. 180.) — « Le bonhomme Bontemps, toujours obligeant et désintéressé, lui demandoit une charge vacante de gentilhomme ordinaire pour la famille du mort : « Hé! Bontemps, lui dit « le Roi, demanderez-vous toujours pour les autres? Je donne la charge « à votre tils. » (Ibidem, p. "23.) — ■ Chaulieu écrivait, vers 1680 (Lettres inédites, p. 86-87) : « Bontemps est l'homme de France le mieux à la

cour, et c'est la créature et l'aftidé de toute la maison de Colbert Ce

sont les seules gens qui parlent familièrement au Roi et qui peuvent lui dire des choses et vous rendre des services dont tous les grands seigneurs ne sont pas capables. » Comparez les Mémoires du bailli de Forbin, éd. Michaud et Poujoulat,p.S05,508, 509, 531 et 544; uneépître en vers du P. Sanlecquc, dans le ms. Arsenal 3461, p. 137; la dédicace du Sainl-Erremoniana (par Cotolendi, 1700); l'article du Mercure de janvier 1701 et les vers de Bellocq reproduits par les éditeurs de Dangeau en note de l'Addition de Saint-Simon, tome VIII, p. 17; le journal publié dans l' Annuaire-Bulletin de la Société de l'Histoire de France, 1868,2* partie, p. 24; le Nouveau siècle de Louis XIV, tome IV, p. 195, etc.

1. L'abbé de Choisy, racontant de qui il recueillait des souvenirs et des récits, dit du chancelier de Poutchartrain : « On tirerait plutôt de l'huile d'un mur; il fait mystère de tout. C'est un vrai Bontemps. » (Mémoires, tome I, p. 21 et 32.)

2. Il a déjà dit (tome IV, p. 355) : • Bontemps,... par qui les choses

et, pour tout dire en un mot, qui avoit disposé la messe nocturne dans les cabinets du Roi, que dit le P. de la Chaise à Versailles, l'hiver de 1683 à 1684, que Bontemps servit, et où le Roi épousa Mme de Maintenon en présence de l'archevêque de Paris Harlay, Montchevreuil et Louvois1. On peut dire de Bontemps et du Roi en ce genre : tel maître, tel valet; car il étoit veuf, et avoit chez lui, à Versailles2, une Mlle de la Roche, mère de la Roche qui suivit le roi d'Espagne et fut son premier valet de cham-

du secret domestique du Roi passoient de tout temps » C'était également l'intermédiaire des correspondantes de Mme de Maintenon (Lettres historiques, publiées par Lavallée, tome 1, p. 8). Nous l'avons vu conduisant Mme de Monaco ou Mme de Soubise aux rendez-vous, plaçant la Moresse au couvent, et nous le verrons mariant au seigneur de la Queue une bâtarde non reconnue du Roi, etc.

1. Il a déjà parlé de ce mariage problématique à propos de M. de Montchevreuil (tome I, p. 108; comparez la notice Montchevreuil, dans notre tome VI, p. 588) . L'opinion commune est que le mariage eut lieu réellement ; mais on ne s'accorde pas sur la date, entre 1683, 1684, 1685 et 1686 (cette dernière date adoptée dans le Siècle de Louis XIV, ch. xxvii), non plus que sur les noms des assistants. L'abbé de Choisy dit (tome II, p. 31) que M. de Harlay, archevêque de Paris, et le P. de la Chaise furent les célébrants de cette cérémonie, Bontemps et le chevalier de Forbin les témoins, mais que Louvois n'y fut point appelé. Voltaire proteste contre l'intrusion du chevalier de Forbin dans un acte aussi intime et secret ; mais il dit : « Montchevreuil et Bontemps, premiers valets (sic) de chambre, y furent comme témoins. » La Fare (Mémoires, p. *289), devançant les événements de dix ans, fait célébrer le mariage par M. de Noailles, archevêque de Paris, « moins scrupuleux que le Roi, mais bon courtisan, » avec l'assistance du P. de la Chaise et de Louvois. Mme de Caylus (Souvenirs, p. o02), en se défendant de pénétrer « un mystère respectable par tant de raisons, » nomme seulement ceux qui « vraisemblablement » furent dans le secret : l'archevêque Harlay, M. et Mme de Montchevreuil, Bontemps, et une femme attachée à Mme de Maintenon, « tille aussi capable que qui que ce soit de garder un secret, et dont les sentiments étoient fort au-dessus de son état, >• sans doute Nanon Bailbien. Enfin Languet de Cergy se borne à dire que M. de la Berchère, archevêque de Narbonne, lui a nommé plusieurs fois les témoins. Notre auteur y reviendra, avec plus de détails, dans le grand portrait de Louis XIV, tome XII, p. 99.

2. Son hôtel était à l'extrémité du côté droit de l'avenue de Paris,

bre et eut son estampille vingt-cinq ans jusqu'à sa mort'; cette Mlle de la Roche ne paroissoit nulle part, et assez peu même chez lui, dont elle ne sortoit point, et le gouvernoit parfaitement sans presque le paroître2. Personne ne doutoit que ce ne fût sa Maintenon, et qu'il ne l'eût épousée. Pourquoi ne le point déclarer? c'est ce qu'on n'a jamais su. Bontemps étoit rustre et brusque, avec cela respectueux et tout à fait à sa place, qui n'étoit jamais que chez lui ou chez le Roi, où il entroit partout à toutes heures, et toujours par les derrières3, et qui n'avoit d'esprit que pour bien servir son maître, à quoi il étoit tout entier sans jamais sortir de sa sphère. Outre les fonctions si intimes de ses deux emplois4, c'étoit par lui que passoient

au bord de l'étang de Porchefontaine, avec un jardin magnifique, donl quelques arbres subsistent encore, dit-on.

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