‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 332 sur 548 · Mémoires, éd. Drcyss, tome I, p. 12v2-l · texte numérisé non relu

Mémoires, éd. Drcyss, tome I, p. 12v2-l

!). Imprimée dans le tome V des Œuvres, p. 148-1 49.

10. I.e Musée des Archives donne, n" 814, un fac-similé de lettre ainsi pliée

celle du n" 855, c'est-à-dire, mieux formée et posée1, elle doit être considérée aussi comme entièrement autographe, de même peut-être que le n" 866 (23 décembre 1671). Des fac-similés partiels et le texte intégral des deux premières lettres ont été donnés dans la publication du Musée des Archives nationales, de façon que chacun peut se rendre compte de ce qu'étaient l'écriture et l'orthographe du grand roi2. Nous devons ranger encore dans cette catégorie : la lettre du l"' août 1683, au roi Charles II d'Espagne, lui annonçant la mort de Marie-Thérèse In" 883 du Musée, avec fac-similé), cachetée de deuil sur cire violette; la lettre Tort tendre à Madame Henriette, datée du 5 février 1(568, et dont un fac-similé partiel figure dans le catalogue des Lettres autographes composant la collection de M. Alfred Bovet (1884), n" 20 bis; la lettre familière au ministre Claude le Peletier qui est exposée au musée des Archives nationales3, n°8!)6; la lettre du 17 mars 1671], à Turenne, dont le fac-similé a été donné par Grouvelle, en tète de son édition des Œuvres de Louis XIV.

Le Roi a lui-même caractérisé ces lettres-là, et indiqué leur physionomie propre, dans ses Mémoires historiques* : « On remarque presque toujours, dit-il, quelque différence entre les lettres que nous nous donnons la peine d'écrire nous-mêmes, et celles que nos secrétaires les plus habiles écrivent pour nous, découvrant en ces dernières je ne sais quoi de moins naturel et l'inquiétude d'une plume qui craint d'en faire trop ou trop peu. »

Quoique autographes, il ne faudrait pas croire que les lettres de cette première catégorie fussent toujours rédigées par la Roi lui-même. Au contraire, la plupart de celles qui avaient pour destination une cour étrangère, sinon toutes, étaient minutées par le secrétaire d'État chargé de ce département, et voici une annotation de Rose qui le prouverait, si l'on n'en avait de nombreux témoignages ailleurs. En marge de la copie d'une lettre au roi d'Espagne, 26 mars 1661, annonçant le premier mariage de Monsieur, il a écrit ceci5 : « Cette lettre fut apportée au Roi toute minutée par M. de Lionne; mais S. M., ayant commencé (h- la copier de sa main, m'appela et me commanda de l'achever

1. En revanche, l'orthographe du n° 860 parait plus incorrecte.

2. Voyez aussi des fac-similés dans V Isographie (1rs hommes célèbres (1843). dans les Œuvres de Louis XIV et dans la publication de Champollion- Kigeac : Documents historiques extraits de lu Bibliothèque nationale, tome 11, p. 508 et .il!).

3. La publication du Musée en contient un fac-similé. Elle est écrite sur papier à tranche dorée, et a été pliée seulement en quatre et envoyée sous enveloppe. J'ai eu lieu de citer cette correspondance à l'occasion de la campagne de \(>'M, pendant laquelle Louis XIV, dirigeant les opérations en Flandre, tenait lui même son ministre au courant de ses succès : tome I, p. 35, note I, et p. 39, note 3.

i. C'est le texte arrangé par Pellisson : Mémoires, tome II. p. 13.';. .'i. lis. Sainte-Geneviève L' n, tome l. p. 315.

de la mienne : ce que je fis en sorte qu'il sembloit que tout fût d'un même caractère. Je trouvois qu'on se fui passé de ce mot d'agrément1, comme trop chatouilleux d'un fils de France à un roi d'Espagne; mais,

par respect pour le Roi, qui étoit présent, je n'osai y toucher, et fis sans répliquer ce qui me fut commandé*. ■ Ailleurs, le président a encore écrit en marge d'une lettre où le Koi recommandait à Michel Wiee- Dowiecki, roi do Pologne, de conserver à l'évéque de Béziers, Bonsy, sa

nomination au cardinalat : « Je ne sais si M. de Lionne ne reçut point de gratification de Bonsy, aussi bien que la mère du roi de Pologne3. » Cela revient à dire que la minute, comme fond et comme forme, avait été préparée par le ministre d'accord avec le principal intéressé.

Nous voyons aussi4 que Turenne, alors ministre d'État, fut chargé par Anne d'Autriche de rédiger la lettre par laquelle Louis XIV demanda à l'infante Marie-Thérèse d'agréer les projets de mariage négociés par Mazarin.

Certain mot recueilli par Philibert de la Mare5, fort douteux d'ailleurs, fait encore paraître derrière le ministre un autre rédacteur, un premier commis : le duc de la Rochefoucauld, dit-il, prétendait que, depuis la mort de Timoléon le Roy, chargé de ces fonctions sous le Tellier6, Louis XIV n'avait plus parlé français, ni d'un ton de roi. De quelque bouche que soit sortie une pareille assertion, il est à peine besoin de la relever, puisque personne ne saurait oublier les noms illustres qui se succédèrent alors dans le ministère, ni l'empreinte ineffaçable que les Lionne, les Louvois, les Pomponne, les Colbert ont laissée dans la correspondance du Roi, ni, d'autre part, l'élévation de pensées et de langage qui a tant fait pour la gloire personnelle de Louis le Grand7.

Et non seulement le ministre minutait ces lettres, mais parfois il les expédiait lui-même en contrefaisant de son mieux l'écriture du Roi. Il est vrai que cela se passait au temps de Torcy, que le président Rose n'existait plus alors, et que son successeur Callières n'était guère habile au métier de « faussaire. » Ainsi Dangeau dit s que le Roi fait faire par

1. « Mon frère appartient de si près à Votre Majesté, que non seulement il se promet son entier agrément en cette occasion — » Lettre imprimée dans les Œuvres de Louis XIV, tome V, p. 11.

2. Cette note a été reproduite par Dreyss, dans son Introduction aux Mémoires de Louis XIV, tome I, p. m, note *i, d'après le manuscrit de l'Arsenal, et non d'après celui de Sainte-Geneviève.

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