‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 334 sur 548 · Journal, tome IX, p · texte numérisé non relu

Journal, tome IX, p

Torcy quelques-unes dos lettres « de la propre main, » et Torey en parle effectivement dans le Journal édité par M. Frédéric Masson1. C'est le cas, dit-on, d'une partie des lettres de Louis XIV à Philippe V et à la reine d'Espagne : si bien que le petit-fils, quand ces lettres ne lui plaisaient point, disait que son grand-père n'en avait pas vu les minutes-.

Ces dernières lettres, qu'elles fussent préparées par le secrétaire d'Etat on par le secrétaire de la plume, rentrent dans la deuxième catégorie, celle des faux autographes, où l'imitation, quoique généralement bonne, ne saurait cependant tromper un œil exercé3. Celles que le secrétaire d'Etat a préparées doivent se retrouver en minutes dans ses registres, et probablement aussi beaucoup de celles que le secrétaire de la plume avait rédigées et écrites de sa main, mais qui se rapportaient aux affaires diplomatiques.

Pour qui serait curieux de comparer, quant au « caractère, » les lettres de cette seconde catégorie et celles de la première, je signalerai, aux Archives nationales, dans le carton K 121 de la série dite : Cartons des Rois, les nos 4a et 43, lettres du "20 et du "28 novembre 1687, à l'électeur de Cologne, qui sont écrites certainement par le secrétaire de la plume4, tandis que les n°* 44 à 47, lettres tout à fait familières et confidentielles, adressées au ministre Claude le Peletier pendant la pénible et glorieuse campagne de 169*2, sont, non moins certainement, de la main même de Louis XIV. Comme une de ces dernières lettres, je l'ai déjà dit, est exposée au musée des Archives, sous le n° 896 5, tout auprès d'une des deux lettres à l'électeur de Cologne6, la comparaison se fait sans peine. Dans le même carton K 121, on pourrait également constater, à la fin de plusieurs ordonnances et états de comptant, la différence des signatures émanées du Roi lui-même, et de celles qui se faisaient dans un bureau de secrétaire d'État.

D'autre part, il est facile de trouver des types de l'écriture particulière et personnelle de Rose dans ses lettres autographes à Colbert. Le caractère est plus petit, plus anguleux; mais l'habitude de « la plume » avait, produit, à la longue, une ressemblance frappante entre les deux écritures, et. n'était la signature de Rose, on pourrait d'autant mieux s'y

1. Page 3-23 : <■ S. M. voulut écrire une lettre de sa main à M. de Vendôme. Lorsque je lui en montrai la minute «pic je dexois transcrire en imitant son écriture, elle lit une observation.... •>

2. Alfred Baudrillart, Philippe Y ri lu cour de France, tome I, p. 9 et 10, notes; rapport du même sur Une mission en Espagne, p. 49.

3. Saint-Simon a tort de dire (ci-dessus, p. 25, et Additions n°* 348 et 349, p. 382) qu'on s'y sciait mépris.

4. Le « dessus » n'est même pas de l'écriture imitée. .'i. Ci-dessus, p. H5.

6. N° 800, sans fac-similé. Les deux lettres portent encore leurs lacs de soie bleue a\ec le cachet aux deux écussons sur cire rouge. Le texte en a été imprimé, d'après ces mêmes originaux, dans les CEuvres fie Louis XIV, tome vi, p. 1-6.

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méprendre qu'il se servait dit même cachet, pour ses propres lettres,

que pour celles de son maître1. Voici une de ses lettres à lui, qui précisément renferme des détails intéressants sur le service des lettres de la main; elle est du 20 octobre 1662- : « Il ne m'a pas été possible de présenter plus tôt à signer au Roi les sept lettres ci-jointes. Après les avoir pliées et y avoir mis le dessus, j'ai cru vous les devoir envoyer ouvertes, afin que vous les puissiez lire, s'il vous plait, et voir s'il n'y auroit rien à changer, parce (pie cela seroit aisé à faire avant (pie S. M. se retire. Si vous avez agréable de les faire cacheter chez vous, il ne faut que de la soie rouge et le cachet des armes de France. Si vous aimez mieux que je les cachette moi-même, vous n'avez. Monsieur. qu'à prendre la peine de me les renvoyer. Il y en a deux, dont le nom est en blanc, qu'on ne pourra fermer qu'en Languedoc, parce qu'il sera nécessaire de les remplir auparavant chacune en deux endroits, outre la suscription, et je ne doute pas qu'on n'en avertisse celui à qui elles seront adressées pour les rendre, aussi bien que de la soie rouge et du cachet des armes de France qui se pourra trouver sur les lieux. J'avois songé à les faire en billet3, auquel cas il n'y eût eu à remplir que la suscription. Mais ces deux barons-là auraient pu se formaliser de n'être pas traités comme les autres. »

Les derniers mots font entendre qu'il s'agit de lettres de convocation pour les barons des états de Languedoc ; lettres de pure forme, comme on le comprend sans peine, et qui rentraient par conséquent dans la troisième catégorie, c'est-à-dire qui pouvaient être expédiées par les trois autres secrétaires du cabinet aussi bien que par celui qui avait la plume, et sans aucune prétention à simuler l'autographe. A cette catégorie appartiennent aussi, pour ne citer que deux exemples parmi les textes publiés par Morelly, la lettre écrite au duc Claude de Saint-Simon, le 26 février 1666, en remerciement de ses condoléances sur la mort de la Reine mère4, et la lettre du 24 août 1664, à M. Nicday, premier président de la Chambre des comptes de Paris, pour l'engager à souscrire aux actions de la compagnie des Indes5. Avant eu la dernière entre les mains6, j'ai pu constater que le caractère n'avait aucune analogie avec l'écriture du Roi.

Rose dit, à la suite d'une lettre du 17 juin 1661, à don Louis de Haro7 : « Elle n'est pas de la main du Roi, ni véritable, ni imitée, mais de la mienne propre et à découvert. Le Roi me commanda d'en user ainsi sur

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