LE DÉRANGEMENT DES SAISONS
Voici ce qu'un cure de Bourgogne écrivait dans son registre paroissial, en
« Dieu sembloit vouloir avertir les hommes, depuis plusieurs années, par une stérilité très grande, les terres ne produisant presque rien par des révolutions de saison extraordinaires. Plus de huit ans se sont liasses sans hiver, ou, s'il (en] faisoit, c'étoit aux mois d'avril et de niai. On a vu, le 29 et le 30 mai, les blés en fleur tous perdus par une neige qui, causant le froid, fit geler lesdits blés, de sorte qu'on (ne] recueillit pas les semences en des endroits, et, en d'autres, rien du tout. On ne prenoit pas même la peine de vouloir moissonner la paille, qui resta et pourrit sur la terre. Une autre année, des vents furieux s'élevèrent en soufflant avec tant de véhémence, qu'ils renversèrent beaucoup de maisons et déracinèrent, en cette seule paroisse, plus de deux mille pieds d'arbres. Les pluies ont été si abondantes, les orages si effroyables, qu'il sembloit que Dieu vouloit encore punir le monde par un second déluge : des maisons renversées, des villages entiers engloutis dans les eaux, des rivières, comme la Loire, prendre d'autres cours. une infinité de personnes de noyées, les prairies abîmées et couvertes de boues, et quantité d'autres effets funestes..., ont été les causes de tant de maux.... Depuis 1692, les temps ont été si déréglés, qu'on avoit peine à remarquer les saisons : il sembloit que l'hiver étoit confondu dans l'été; on ressentoit des froidures très grandes au milieu de l'été, et des chaleurs en hiver. De si grands dérèglements dans les saisons causoienl la stérilité à la terre, et des maladies dangereuses aux hommes.... »
Toute la suite de celle pièce explique très bien quelle impression a porté Saint-Simon à signaler dans l'ouragan du ~1 février 1701 l'origine de tant de maux et de misères, liais, comme il a cru devoir faire appel aux astronomes pour qu'ils constatassent le « dérangement des saisons, » j'ai voulu en référer à qui de droit, et les membres de notre Bureau central météorologique, comme jadis les la Ilire et les Cassini à l'Académie des sciences, se sont refusés à voir, soit dans l'ouragan de 1701, soit dans les années calamiteuses qui ont pu le suivre, autre ebose que les variations qui s'obser-