‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 339 sur 548 · LE DÉRANGEMENT DES SAISONS · texte numérisé non relu

LE DÉRANGEMENT DES SAISONS

vont encore journellement sans qu'il en résulte aucun changement permanent de climat : ce sont les expressions mêmes de M. Angot, du Bureau central, que je nie suis permis de consulter. Si un l'ait aussi grave que le « dérangement des saisons » s'était produit dans la première moitié du dix-huitième siècle, il n'eût pas manqué d'observateurs pour le signaler aux générations futures. Sans doute nous n'avons plus les registres météorologiques tenus avec tant de soin, jour par jour, depuis 1664 jusqu'en 1718 par Philippe de la Ilire, depuis ltS8v2 jusqu'en 1793 par les Cassini, et les observations suivies, utilisables, ne remontent pas au delà de l'.'iT; mais les illustres savants que je viens de nommer inséraient chaque année en tète du procès-verbal de l'Académie des sciences un résumé des laits dont ils avaient pris note pendant les douze mois précédents; les procès-verbaux existent à la bibliothèque de l'Institut, où j'ai pu les consulter, sur l'indication obligeante de M. Ludovic Lalanne, et, à part une mention très brève de l'ouragan du 1 février 1*701 ', je n'y ai point vu qu'aucun fait anormal ait été relevé dans les années qui suivirent immédiatement4. Sans doute, lorsque l'on parcourt les gazettes de ces mêmes années, on y trouve fréquemment signalés avec inquiétude des faits, des accidents qui semblaient devoir entraîner les conséquences les plus fâcheuses ou constituer des pronostics effrayants3; mais ces faits perdent singulièrement de leur gravité en passant, avec le temps, du domaine des nouvellistes au domaine des observateurs sérieux : ils se nivellent, ils se résorbent, pour ainsi dire, dans la moyenne commune, à moins que le mal ne se soit exceptionnellement prolongé comme cet hiver de 1709 que Saint-Simon racontera en son temps, comme celui que nous avons subi nous-mêmes en 1879-80, ou encore comme

1. « Ce qui est arrivé de plus considérable cette année est le houragan du -2 février. Le vent étoit très violent, et le baromètre dans un état presque moyen, à -27 pouces 4 lignes 1,3, il n'y eut qu'une ligne et demie de pluie, ce qu'on peut remarquer comme une chose extraordinaire, car, dans les grands mouvements de l'air, le baromètre descend fort bas. » (Procèsverbal de la séance du l"r janvier 1702.) — Le Journal de Pierre ÎSarboiuw, premier commissaire de police de la ville de Versailles, publié en 1861! par H. J.-A. le Roi, débute par cet article : « Le jour de la Chandeleur (1701), le vent dura plusieurs heures avec une violence extraordinaire. Des nappes de plomb furent enlevées des toits des Grandes et des Petites-Kcurics du Roi, à Versailles, et portées sur l'avenue de Paris jusqu'auprès de la maison de M. Bonteinps. Un grand nombre d'arbres furent déracinés. »

i Ainsi, en 170:2, la sécheresse du printemps et de l'été n'empêcha pas que la température moyenne restât au degré ordinaire, comme la quantité de pluie tombée, et que l'année fût des plus fertiles en grains.

3. Le printemps, fort tardif en 1701 (Gaietlc d'Amsterdam, Extr. xxxvm), fut encore glacial et pernicieux en I70v2 (Lettres de Madame, recueil Jaegle, tome 1, p. 293 : puis l'hiver de 1703 fut marqué par d'horribles tempêtes sur la Manche et sur la mer du Mord [Gazette, 1704, p. 66-67), etc., etc.

le présent hiver de 1890-91. L'imagination de Saint-Simon aura sans doute enchéri encore sur le souvenir que l'ouragan <le i7<M avail laissé dans Bon espril, ou plutôt sur celui que l'article de Dangeau a pu v réveiller après coup; et le cas est semblable pour ce curé bourguignon qui fait remonter le « dérèglement des saisons » jusqu'à 1(>!)2, autre année de calamités el de disettes, si les saisons avaient été réellement - déréglées, » comment expliquer la belle récolte de 1 70 1 , celle de l'n-2, celles de 17I0 et des années suivantes ' ?

Je signalerai, pour finir, le passage suivant d'une comédie de Regnard, qui date de 1694* :

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