‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 354 sur 548 · L'ABBÉ BIGNON · texte numérisé non relu

L'ABBÉ BIGNON

L'abbé le Gendre, qui, vers 1724 ou 17"2o, fut associé avec Jean-Paul Bignon, alors doyen du Conseil, et avec le garde des sceaux d'Armenonville, pour préparer la sécularisation de Saint-Victor de Marseille, paraît avoir beaucoup apprécié « le savoir et l'esprit » du premier. ■ Ces Messieurs, dit-il2, étoient deux hommes de grand mérite, qui avoient une belle âme et un bon esprit, esprit juste, pénétrant, aisé; tous deux grands juges sans avoir hanté le barreau et sans être jurisconsultes. Ils avoient passé la plus grande partie de leur vie, le garde des sceaux dans les finances, et l'abbé dans l'étude des sciences, des belles-lettres et des arts. Un bon sens exquis, leur application à bien peser le pour et le contre de chaque affaire, et les lumières auxiliaires de quelques oracles subalternes qu'ils avoient soin de consulter et de bien paver, suppléoient à ce qui leur manquoit du côté de l'acquis. Pour n'avoir pas lu Fontanon, et n'avoir fait que feuilleter Cujas et Barthole, leurs décisions n'en étoient ni moins sûres, ni moins exactes »

Bignon, à qui l'on attribue un Dictionnaire des conseils du Roi3, ne fut remplacé au Conseil privé qu'en 1743, par l'abbé de Saint-Cyr, sousprécepteur du Dauphin. Mais lorsque son collègue l'abbé de Ra vannes mourut en 1747, quoique le Dauphin désirât la place pour son lecteur l'abbé deMarbeuf, celui-ci n'eut qu'une simple expectative; l'archevêque de Sens, Languet de Gergy, fut nommé conseiller d'Église, parce que le Chancelier souhaitait depuis longtemps qu'une des trois places revint à l'épiscopat, et même à un pair ecclésiastique 4, pour éviter toute difficulté de préséance5.

Quant aux mœurs de l'abbé Bignon, nous avons un écho des jugements du temps, concordant avec le portrait que vient de faire Saint- Simon, dans les Mémoires de Mathieu Marais* : « L'abbé, qui a beaucoup d'esprit, y est-il dit en 172'i, n'a pas avancé du côté des prélatures parce qu'on lui a trouvé les mœurs un peu trop gaies, et il aime mieux être conseiller d'État qu'évèque. On lui reproche d'avoir dissipé les estampes du cabinet du Roi qui se donnent en présent aux ambas-

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