‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 358 sur 548 · Religieux bénédictin · texte numérisé non relu

Religieux bénédictin

L'ABBÉ BIGNÛN. i.'.l

Habillon, ce pieux, ce savant solitaire, Qui fut pendant longtemps la terreur du faussaire. Et, par Bouillon séduit, il en est aujourd'hui Le plus ferme soutien et le plus fort appui. Couple sous même joug avec Bar et Baluze1, 11 fait voir que souvent le plus docte s'abuse, Et ne sauroit prouver, avec ses grands talents, Que saint Louis fut père à l'âge de neuf ans, Qu'à Brioude on n'ait pas d'un nouveau caractère Chargé grossièrement un vieux obituaire, Qu'avant Hugues Capet on connut les surnoms, Qu'on sut ce que c'étoit qu'armes, que gonfauons. Sur des titres pareils c'est en vain qu'on appuie De la Tour de Bouillon la généalogie : Vouloir les employer, c'est courre le hasard De mourir en galère, et même par la hart. Bar2, pour ses faussetés, quoique chargé d'années, Par grâce dans les fers tinit ses destinées; Baluze, cependant, toujours gai, vit content, Dort avec Angélique-', ou compte son argent, Et, malgré du Buisson4, malgré les anonymes, Il jouit sans souci du doux fruit de ses crimes. Lui seul, juge et partie, il fait un tribunal; Il casse les arrêts rendus à l'Arsenal, Et parfait le procès à tous les commissaires. Les juge incompétents sur le fait des faussaires. Quant aux titres de Bar, bientôt, à ce qu'il dit, 11 veut dans le public les remettre en crédit. Si c'est par ton canal que cela s'autorise, Qu'on compara Virgile, Homère, avec Moïse, Que du Pape on admet, pour nous ôter la paix. L'infaillibilité qu'on ne connut jamais, Ah! débite plutôt au Louvre des sornettes, Ne suis que tes plaisirs, accumule tes dettes, Mais examine mieux, mon cher abbé Bignon, Ce qu'écrivent Faydit, Baluze et Kénelon.

1. « Baluze, ci-devant bibliothécaire de M. Colbcrt. » Bar était le chef de la bande de faussaires qui fournissaient des titres à Baluze et à son patron.

2. <■ Condamné à l'amende honorable et au bannissement de neuf ans; mais il reste enfermé à la Bastille, crainte qu'il ne fit encore de faux titres. »

3. • Angélique est la li Ile de la nommée Boussel, cuisinière, servante dç Baluze. Angélique lit auprès de lui, pour l'endormir, quand il est couché. Il lui a fait beaucoup de bien. En 1709, il lui a encore donné quatre cents livres de rentes; celui qui a insinué le contrat me l'a dit. L'abbé Gallois lui a dit bien des fois en riant qu'on trouveroit de lui un contrat de mariage

après sa mort. S'il avoit as-ez de religion, cela serait possible. •>

4. L'intendant dc< finances chargé de procéder contre les faussaires.

Chrysologue, par J.-li. Rousseau.

Chrysologue toujours opine :

C'est le vrai Grec de Juvénal -.

Tout ouvrage, toute doctrine Ressortit à son tribunal.

Faut-il disputer de physique, Chrysologue est physicien; Voulez-vous parler de musique, Chrysologue est musicien.

Que n'est-il point? Docte critique.

Grand poète, bon scolastique,

Astronome, grammairien

Est-ce tout? Il est politique, Jurisconsulte, historien, Platoniste, cartésien, Sophiste, rhéteur, empirique Chrysologue est tout, et n'est rien.

Quoique votre ton suffisant Soit assez propre à la satire, Ce n'est pas vous, quant à présent, Que ma musc cherche à décrire.

— Eh! qui donc? — Je vais vous le dire. C'est un prêtre mal décidé.

Moitié robe, moitié soutane,

Moitié dévot, moitié profane.

Savant jusqu'à l'a b c d.

Et galant jusqu'à la ptisane.

Le reconnoissez-vous? — Selon !

— C'est celui qui, sous Apollon, l'rend soin des haras du Parnasse.

Et qui fait provigner la race

Des bidets du sacré vallon.

Le reconnoissez-vous mieux? — Non.

— Mais pourtant, sans que je le nomme. Il faut que vous le deviniez.

C'est l'aîné des abbés noyés3.

— Oh ! oh! j'y suis. Ce trait peint l'homme Depuis la tête jusqu'aux pieds.

. I. Cette épigramme, de 1722, a été publiée en dernier lieu par M. Emile Raunié, dans son édition du Chansonnier historique ou Iîeeucil Clairambault-Maurepas, tome IV, p. 145-147. Dans le ras. Clairambault 10o3,fol. toi, on avait mis d'abord pour titre : « Sur le cardinal Du Bois. » -1. Juvénal, satire 111 :

Grammaticus, rhetor, géomètres, pictor, aliptes. Augur, schœnobates, medicus, niagus, omnia novit.

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