Les États-Généraux des Provinees-rnies
en attendant que leur partie fût prête, ne se lassoient point de négocier'. Ils demandoient des conférences avec d'autant plus d'empressement que Rriord étoit hors d'état d'ouïr parler d'affaires; le roi d'Angleterre faisoit presser le Roi2 de les accorder3. Quelque désir qu'eût le Roi d'entrelenir la paix, il ne pouvoit se dissimuler les. mouvements découverts 4 de l'Empereur, ni la mauvaise foi de ses anciens alliés5.
Les Hollandois avoient vingt-deux bataillons dans les places espagnoles des Pays-Ras, sous des gouverneurs espagnols, qui y avoient aussi quelques troupes espagnoles, en moindre nombre. Puységur0 travailla à un projet là-dessus, par ordre du Roi, qu'il approuva7. Il fut communiqué au maréchal de fioufflers, gouverneur de la Flandre francoise, et Puységur alla à Rruxelles pour le concerter avec l'électeur de Ravière, gouverneur général des Pays-Ras pour l'Espagne8. Les mesures furent si se-
Les troupes françoises, introduites au même instant dans les places
espagnoles des Pays-Bas,
y arrêtent et désarment les garnisons hollandoises,
que le Roi fait relâcher.
1. Actes publiés clans la Gazette d'Amsterdam, premiers numéros de 1701, et dans les Mémoires de Lamberty, tome 1, p. "200 et suivantes. Voyez aussi le Supplément au Journal de Verdun, tome II, p. 28-37.
2. Roy surcharge n" (nostre). — 3. Dangeau, tome VIII, p. 44-45.
4. Faits à découvert, au su et vu de tous. Voyez ei-après, p. 217.
5. Les confédérés de la ligue d'Augsbourg. Dangeau écrivait, à la date du 22 février (p. 42) : « On mande de Vienne que les levées que fait l'Empereur d'hommes et d'argent dans ses pays héréditaires vont fort lentement ; cependant personne ne doute, en ce pays-là, qu'il ne veuille faire la guerre. »
6. Tome I, p. 233. Voyez les Mémoires du marquis D***, tome I, p. 297 et suivantes, la Gazette d'Amsterdam, n"! ix et xvi, et les Mémoires militaires relatifs à la sucression d'Espagne sous Louis XIV, par le général Pelet, tome I, p. 5-20. Puységur était très renommé comme maréchal général des logis.
7. Villars se vante, dans ses Mémoires (tome I, p. 318-320), d'avoir conseillé cette mesure; mais elle était depuis longtemps méditée entre le Roi, Torcy et M. d'Harcourt : voyez les pièces dans V Avènement des Bourbons, tome 11, p. 360-361, 364-366, 432-437, 442-444, 456-457.
8. Nous avons vu (tome Vil, p. 335) quelle attitude correcte ce prince avait prise, avec certaines réserves cependant (p. 339, note 3), car il y avait eu des intrigues pour lui enlever le gouvernement des Pays-Bas
crêtes et si justes, et leur exécution si profonde, si exacte et si à point nommé, que, le dimanche matin G février, les troupes françaises entrèrent toutes au même instant dans toutes les places espagnoles des Pays-Bas, à portes ouvrantes, s'en saisirent, prirent les troupes hollandoises entièrement au dépourvu, les surprirent, les dépostèrent', les désarmèrent, sans que, dans pas une, il fût tiré une seule amorce2. Les gouverneurs espagnols et les chefs de nos troupes leur déclarèrent qu'ils n'avoient rien à craindre, mais que le roi d'Espagne vouloit de nos troupes au lieu des leurs, et qu'ils demeureroient ainsi arrêtés jusqu'à ce qu'on eût reçu les ordres du Roi8. Ils furent très différents de ce qu'ils attendoient et de ce qu'on devoit faire : l'ardeur de la paix fit croire au Roi qu'en renvoyant ces troupes libres avec leurs armes et toutes sortes de bons traitements, un procédé si pacifique toucheroit et rassureroit les Hollandois, qui avoient jeté les hauts cris à la nouvelle de l'introduction de nos troupes, et leur persuaderait* d'entretenir la paix avec des voisins des bonnes intentions desquels ils ne pouvoient plus douter après un si grand effet. Il se trompa5. Ce fut vingt-deux très bons bataillons tous armés et tout équipés6 qu'il leur renvoya,
espagnols, qu'il exerçait, avec des pouvoirs presque royaux, depuis la fin de 4691 : Lamberty, Mémoires, tome 1, p. 144 et suivantes. Un historien moderne a dit que Louis XIV lui promettait de rendre le gouvernement héréditaire. Voyez ci-après, p. 248-251.
1. Nous avons déjà eu ce verbe dans le tome I, p. 46, et nous le rencontrerons souvent encore, aussi bien dans le Journal de Dangeau ou dans les Additions, que dans les Mémoires.