‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 360 sur 548 · Le marquis de Tiyny · texte numérisé non relu

Le marquis de Tiyny

(Fragment inédit de Saint Simon-.)

l'abbé d'aibignk.

iG mars 1701.

« Son nom fit sa fortune. C'étoit un des plus plats séminaristes qu'il v eût à Saint-Sulpice ; toute sa vie très homme de bien, mais bon au plus à être vicaire de campagne ou habitué de quelque médiocre paroisse. M. Godet, évèque de Chartres, diocésain de Saint-Cyr, éloil un3 élève de Saint-Sulpice, très homme de bien, grand évèque*, fort docte et de beaucoup d'esprit ; mais il avoit conservé un goût pour Saint-Sulpice, qui l'aveugla, et qui, dans la suite, a fait de cruelles plaies à l'État et à l'Église de France. 11 se pouvoit dire qu'il gouvernoit Mme de Maintenon, et l'effet de ce ricochet est aisé à comprendre. Il usurpa un grand crédit sur la nomination aux évèchés, et y obscurcit très souvent celui du P. de la Chaise. Celui-ci5, bien gentilhomme, se croyoit presque homme de qualité; il se piquoit d'aimer et d'avancer les gens de qualité et de mérite6, et croyoit, avec raison, comme l'expérience contraire ne l'a que trop prouvé depuis, que les noms imposoient aux diocèses, y trouvoient plus de considération et de respect, conséquemment plus de facilité pour y faire le bien, et, dans les grandes places, pour y faire le service du Roi. Il les croyoit plus liés à l'État par leur naissance et au Roi par leurs proches, susceptibles des grâces et des distinctions, plus jaloux encore de leur réputation et de leur conduite dans les affaires. .Monsieur de Chartres, sans naissance, et qui. conséquemment, ne l'aimoit pas et se plaisoit à élever le peuple sur la noblesse, malgré toute sa vertu, mais par nui1 inclination innée en tous ceux de sa même sorte, mit son crédit et sa piété à tirer du séminaire de Saint-Sulpice tous ceux qu'il porta à l'épiscopat, et, quand on dit de ce séminaire, cela veut dire de sa lie en naissance, en science, en talents, en extérieur. Tout ce qu'il vouloit trouver dans ses sujets, c'étoit une grande innocence de mœurs, une obéissance entière aux supérieurs du séminaire, une exacte pratique de toutes ces

Page 1