Ci-dessus, appendice VII, p
3. Sur la question des armes, comparez ci-après, p. ijO. Le lion d'hermines qu'on voit sur le cachet de Mme de Maintenon et sur ses livres existe sur les sceaux les plus anciens des Auhigny d'Anjou; il semble (pie Mme de Maintenon ne se le soit approprié que vers 1675.
les a protégés1 toute sa vie et poussés à tout ce qu'elle a pu, dont le (ils de Tigny, colonel en sortant du collège et fait gouverneur de Sauteur fort tôt après, a bien su tirer tout le fruit en biens, en établissements et en grades, avant qu'il eût pu montrer ses talents, qu'on a depuis reconnus eu lui, pour la guerre, où il s'est fort appliqué et s'est fait fort estimer. Le Sulpicien, présenté et adopté, devint l'application de Monsieur de Chartres pour le former à l'épiscopat; il y sua, et n'y avança guères, et toutefois lui et Mme de Maintenon le firent évèque de Noyon. C'étoit un très saint et très insupportable évèque, qui, avec les intentions les plus pures, désespéra bientôt tout son diocèse, qu'il dévasta en procès et en lettres de cachet. Sa maxime étoit qu'un évèque n'étoit fait que pour refuser parce qu'on n'alloit à lui que pour des permissions et des dispenses de la règle dont il devoit être le défenseur; et ainsi de tout le reste, avec un travers, une bêtise, une grossièreté qui gàtoit jusqu'à son humilité et rendoit son zèle et sa charité inutiles.
« Il ne fut que six ans à Noyon. M. Colbert, archevêque de Rouen, étant mort, Mme de Maintenon le porta sur ce siège, et fit une planche qui a été fort nuisible dans la suite2. Elle fit donner à sou prétendu cousin un brevet de conservation de rang et d'honneurs comme aux ducs qui se démettent, et, par là, comme eux, [il] ne perdit que son entrée au Parlement, et gagna cent mille livres de rente et la dignité archiépiscopale.
« Il Ht pourtant un tour au parlement de Rouen qui n'étoit pas d'un sot, tant l'esprit vient pour son intérêt propre, quoiqu'il fût très désintéressé et grand aumônier. Il y avoit un temps infini que les archevêques de Rouen n'entroient point au parlement de Normandie, à cause du cérémonial de prêter serment3 à genoux entre les mains du premier président séant en plein parlement. Celui-ci, avec Mme de Maintenon en croupe, et qu'il citoit à tous moments, leur fit accroire que le serment de pair de France que, comme évêque-comte de Noyon, il avoit prêté à sa réception au parlement de Paris, et qui lui donuoit voix et séance dans tous les autres, suppléoit à tout autre serment, et, de cette façon, prit place au parlement de Rouen sans en prêter aucun.
« 11 dévasta4 tout ce que son prédécesseur y avoit fait de bien, chassa tous les bons sujets qu'il avoit placés, et, comme ce prélat étoit fort aimable dans toutes ses manières, et, pour le gouvernement et les choix, un très grand évèque, il étoit adoré, dans ce vaste diocèse, de tous les ordres, jusqu'au plus bas peuple. Aussi celui-ci en fut-il bientôt généralement détesté. Il n'avoit que Mme de Maintenon à la
1. Il a corrigé protégés en protégea, mais en laissant a avant ce mot et laissant également, plus loin, poussés.
i. Comparez la suite des Mémoires, tome V de 1873, p. 364.
3. Ce mot est en interligne, et, avant prester, il a biffé le.
i. Avant dérasta, il a biffé y, et de même en avant chassa, et encore )/ avant avoit placés, ;i la ligne suivante.
bouche, et avec raison, car elle ne lui manqua pour quoi que ce fût, quelque déraisonnable et quelque injuste que pût être ce* qu'il vouloit : aussi n'avoit-il que deux paroles, l'une qu'il avoit les bras longs, l'autre qu'il donnerait ses entrailles; et, avec ces* propos, il pensa être jeté à la mer au3 Havre-de-Grâce, dans une visite qu'il y fit, et s'en sauva à toute peine, sans avoir osé jamais y retourner depuis : le peuple le courut en furie, réellement pour le noyer, et disoit qu'il n'avoit que faire de ses entrailles ni de son boudin. Voilà comme l'ignorance et la grossièreté rendent aux autres la piété et les meilleures intentions, non seulement inutiles, mais haïssables.
« Quoique, depuis la mort du Roi, ses bras fussent raccourcis, et que Mme de Maintenon lui fût devenue inutile, sa mort le frappa tellement, quoique, à son âge, il dût s'y attendre, qu'il ne fit que languir le peu de mois qu'il lui survécut. Il mourut à Rouen, au grand soulagement de son diocèse, en avril 1719. 11 ne laissoit pas de s'entendre au temporel et aux bâtiments, et son frère, avec qui il vivoit, encore mieux que lui. Il tit à Rouen, d'une vieille et inhabitable maison, un fort beau et magnifique palais, accommoda bien le superbe Gaillon, et augmenta fort les revenus de l'archevêché.
« Ce qui est arrivé de son exemple, c'est que les évèchés-pairies, la plupart pauvres, mais compensés par le rang et la dignité, sont devenus des ponts. Le Parlement n'ayant pas voulu recevoir le bâtard du Régent, non reconnu, comme évêque-duc de Laou, quoique sacré tel et en ayant servi au sacre de Louis XV, il fut transféré à Cambray avec un brevet pareil à celui dont on vient de parler. M. de Tavaoncs, évèque-comte de Châlons, en eut depuis4 un pareil en passant à Rouen, et, en même temps, M. de Saint-Simon, qui ne faisoit qu'être évèquecomte de Noyon, en eut un semblable, et alla à Metz5. Son prédécesseur à Noyon en eut un aussi pour passer à Lyon : de manière, que pour six évèques-pairs, en voilà dix de bon compte, dont trois pour le seul Noyon. »
Saint-Simon a inexactement daté l'entrée en relations des d'Aubigny angevins avec Mme de Maintenon. Une lettre de celle-ci à son parent M. de Villette, du 11 novembre 16756, fait connaître que, dès ce temps-là, c'està-dire quinze ans avant de se mettre sous la direction de Godet des Marais, comme remplaçant de l'abbé Gobelin, et onze ans avant de fonder Saint-Cyr. elle cherchait partout les monuments ou les titres des bons d'Aubigny ou d'Aubigné, les preuves de leur communauté d'origine avec ses propres
1. Au-dessus de ce, deux lettres illisibles, biffées, et le mot tout (?).