‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 369 sur 548 · En marge : « Il me dit que cela étoit vrai · texte numérisé non relu

En marge : « Il me dit que cela étoit vrai

3. a 11 me dit là-dessus qu'il tàchoit de se renfermer en lui-même et de faire ce commandement le plus intérieur qu'il se pouvoit. »

de lui taire de la peine. Tout ce que je sais, c'est qu'elle n'eu avoit point dans cet état d'extase, car nous l'examinâmes encore comme nous avions fait auparavant. Et après l'avoir contemplée quelque temps, nous priâmes M. B*** de la faire revenir. 11 lui dit les mêmes paroles que j'ai rapportées, et, comme elle n'obéit pas tout à fait dans l'instant, il les lui répéta une seconde fois, en lui disant : « Est-ce donc, ma sœur, « que vous ne voulez pas obéir? Je vous commande! >> Ace second commandement, elle obéit, et revint comme elle avoit fait l'autre fois. Mais ce ne fut pas pour longtemps; car elle retomba presque aussitôt dans l'état d'agitation et de souffrance où nous l'avions trouvée, et où nous la laissâmes »

Quand la mère et la fille allèrent remercier M. Boileau de leur « avoir fait voir une cbose si extraordinaire, » elles ne purent s'empêcher de lui dire leur crainte que le Diable ne fût pour quelque chose, plutôt que Dieu, dans « ces opérations miraculeuses. » Ce qui les préoccupait, c'est aussi qu'avant d'entrer, alors que la servante ou demoiselle de compagnie leur avait dit que sa maîtresse était renfermée seule et fort mal, elles avoient entendu Rose rire et parler dans son jargon méridional; de son côté, l'abbé soutenait qu'elle était en compagnie de Mme Daguesseau. Qui disait vrai? Sa pénitente lui fit aussi des représentations sur ce qu'il ne prenait pas de précautions pour s'assurer de la vérité des faits surnaturels, et qu'on l'en blâmait dans le public. 11 répondit qu'il ne pouvait se soucier de ces bruits désobligeants, puisqu'il ne faisait tout cela que sur le conseil du P. de la Tour, et que celui-ci lui avait ordonné de passer outre malgré les railleries. Puis il tit entendre à son interlocutrice que ses doutes injurieux venaient sans doute d'un fond d'infidélité pour Dieu, c'est-à-dire de quiétisme. Ce fut toujours par cette accusation qu'il riposta à ses instances.

Peu de temps après cette conversation, M. Boileau quitta l'hôtel de Luynes pour aller demeurer rue du Pot-de-Fer, avec plusieurs abbés dont le principal était M. de Noailles, plus tard évèque de Châlons, neveu de celui qui devint archevêque de Paris l'année suivante, 16931. 11 continua à voir son ancienne pénitente; mais la question de quiétisme gênait désormais leurs relations, et il ne fut plus question de Rose, qui peutêtre avait imaginé ce moyen d'échapper à une curiosité malveillante.

Son séjour de 1694 à Paris fut interrompu subitement par un ordre parti de l'Archevêché; nous ne savons ni la date exacte de cette expulsion, ni les motifs qui en furent donnés2. Aucun document, non plus,

1. Il a été question de cette maison dans notre tome IV, p. 299, note 1. La correspondance de Boileau prouve qu'il y avait une grande intimité entre lui et le jeune abbé; celui-ci le prenait comme conseiller dans les questions délicates, et conserva toute conliance en lui. (Hurel, les Orateurs sacrés à la cour de Louis XIV, tome II, p. 357-360; Archives de la Bastille, tome IX, p. Si 52, 66-67 et 98.)

•2. Le chanoine Claude Chastelain fit connaître plus tard tout ce que M. de Harlay, alors archevêque, en avait su : ms. 18 832, fol. ."> v". On voit dans la

ne nous a révélé ce qu'elle devint de 1694 à 1609; cependant il v a tout lieu de croire qu'elle passa une partie de ces année-; d'exil à Toulouse, entre ses amis Dejean et Jougla, préparant la conversion d< a

deux ecclésiastiques nommés plus haut. Est-ce alors que Rose et une sienne cousine, travesties en hommes, s'enfuirent de Lagnac à Toulouse, où Rose fut placée par le P. Caussannes, cordelier, dans le couvent des religieuses Hospitalières? Celles-ci, tomme les religieuses de Rodez, ne voulurent pas croire que les anges vinssent, pendant la nuit, marquer ses pieds et ses mains des stigmates du Crucifié, et elles se débarrassèrent d'elle1.

C'est en litière, « comme une dame de conséquence, » et bien munie d'argent à ce qu'il paraissait, qu'on la vit revenir à Paris en -1699* ou au commencement de 17003. Probablement H. de Paraza fournit aux frais de ce voyage, puisqu'on verra plus loin4 que Rose l'amenait pour le marier. Elle retrouva son ancien directeur devenu Boileau de l'Archevêché, c'est-à-dire l'inspirateur de tous les actes de M. de Noailles5. Le P. de La Tour, qui lui avait jadis envoyé tant de clientes de distinction, était supérieur général de l'Oratoire6. De son côté, Boileau avait été appelé parla confiance de l'archevêque et de M. du Charmel, peutêtre même de Rancé, à prendre la direction des filles de la Trappe7.

L'un et l'autre introduisirent leur protégée chez un certain nombre de dames comme celles dont nous avons rencontré les noms dans le premier séjour à Paris. C'est tout d'abord la marquise de Vibraye, que nous connaissons déjà en qualité de dame d'honneur de la feue duchesse de Cuise8, mais qui n'avait pu, en 1680, se faire agréer pour une place semblable auprès de la princesse de Conti parce qu'on la soupçonnait de jansénisme, quoique dirigée par Saint-Sulpice9. « Femme de grande vertu, et autrefois fort aimable, » disent les Mémoires de Sourches10. Cinq des lettres de Boileau qui furent réunies et imprimées en 1737 et 1742 sont adressées à Mme de Vibraye11, antérieurement à la mort de Mme de Guise, et elles roulent principalement sur la manière de se con-

Correspondance administrative publiée par Dcpping, tome II, p. 637-639, que l'autorité ecclésiastique avait l'ait exorciser une possédée, en 1693, avant son transfert à l'Hôpital général.

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