Dans l'été de
« Étant aux Clairets, elle ne trouva pas que les religieuses de cette abbaye, qui se lèvent à trois heures, se levassent assez matin. Elle conseilla à Madame leur abbesse1 de les faire lever dès deux heures, et,
sur ce que Mme L'abbesse des Clairets [dit] qu'elle le voudrait bien, m la chose dépendoit d'elle, mais qu'elle ne le ferait pas sans en parler à son évoque, elle lui répondit qu'elle n'avoit que faire d'en parler à son évèque, qu'elle n'en dépendoit point, et que, si elle s'attendoit à lui, elle n'en ferait rien : insinuant par là que sou avis étoit sûr et qu'on pouvoit bien se passer de celui de M. l'évèque de Chartres.
« Elle a une si violente passion de diriger, qu'elle a eu la hardiesse de dire à M. le duc de *** (en marge : Je crois que c'est le duc de Saint- Simon) que feu M. l'abbé de la Trappe, qu'elle n'a jamais vu et à qui elle n'a jamais parlé, lui avoit conseillé de la prendre pour sa directrice après sa mort. Mais, bien loin que M. le duc de *** l'ait prise depuis pour directrice, il ne l'a regardée qu'avec mépris, persuadé que feu M. l'abbé de la Trappe étoit trop sage pour lui donner un si pernicieux conseil et pour autoriser l'ambition d'une visionnaire.... »
Réellement, Saint-Simon fut-il si clairvoyant2? Ses Mémoires nous en feraient douter, puisque, en 1740, alors que l'âge devrait l'avoir assagi de plus en plus, il s'extasie encore sur « les grandes et les surprenantes conversions qui ont tenu, » sur les prédictions de « choses fort extraordinaires, les unes très cachées, qui étoient, d'autres à venir, qui sont arrivées, » sur les « guérisous surprenantes sans remèdes, » sur cet « air prophétique qui imposoit, » sur cette vie tout ascétique, uniquement remplie par la charité la plus désintéressée, sur cette éloquence « vive et savante » de la paysanne du Languedoc5. Mais, avant de passer à la discussion de chacun de ces points, commençons par quelques traits de l'extérieur.
Nos manuscrits reprochent à Rose un genre de vie fort éloigné de cette simplicité, de ce « désintéressement » vantés par Saint-Simon4. L'humilité n'aurait jamais été son fait; loin de là, elle affectait, en son beau temps, des airs de grandeur qui tranchaient étrangement avec l'allure rustique et le patois languedocien. La femme du pauvre Jean Souques ne se faisait plus appeler que Mademoiselle, elle avait une demoiselle ou fille de compagnie, elle usait sans scrupule de l'équipage de ses amies, de leurs gens, de leurs maisons, et se fût volontiers anoblie pour devenir leur égale5. L'une d'elles s'en aperçut plus promptement que les autres, et rompit aussitôt6 :
o Mme Amelot de la Houssaye a eu quelque temps la sœur Rose chez
1. Françoise-Augustine d'Estampes de Valençay, qui avait réformé cette maison de tilles do la Trappe, et qui la gouverna de 1687 à 1709.
"i. Voyez pourtant un autre détail, p. 478.