‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 379 sur 548 · Sans doute Mme de Vibraye · texte numérisé non relu

Sans doute Mme de Vibraye

'J. L'abbé de Jougla. •

a entrepris eu vain de guérir, elle le mit eoueher dans le lit et entre les draps où elle couchoit, et d'où il n'y avoit pas longtemps qu'elle étoit sortie.

« Cent personnes ont été scandalisées, à Vibraye, des familiarités qu'elle avoit avec le chevalier de Goadé, qui est un grand garçon bien l'ait et bien tourné, et avec lequel elle ue gardoit aucune mesure de bienséance. 11 étoit assidûment auprès d'elle. Aussitôt qu'il étoit habillé, il alloit faire sa méditation auprès d'elle, et, quand il n'y alloit pas assez tôt, elle l'alloit trouver dans sa chambre. Il l'accompagnoit dans toutes ses promenades; il lui donnoit la main, quand elle descendoit l'escalier ; il la prenoit quelquefois par-dessous le bras; il l'appeloit sa petite mère, et elle l'appeloit son (Us, comme on l'a déjà dit. 11 s'enfermoit souvent seul à seul avec elle dans des chambres et dans des cabinets, il s'intéressoit dans tout ce qui la regardoit, il prônoit ses qualités, il vantoit ses remèdes et en assuroit le succès. 11 prenoit soin de son équipage, de lui chercher un cocher, des chevaux, des harnois. Il avoit un attachement aussi réglé pour elle qu'un galant en peut avoir pour une maîtresse. Enfin il s'en est allé avec elle à Paris, et peut-être ailleurs, pour l'escorter. »

Il faut ajouter que, selon la Question curieuse1, la Béate, devenue grosse, grasse, sanguine, replète et « matérielle » (c'est à peu près le contraire de ce qu'avait vu Saint-Simon en 17002), paraissait « en assez bon point pour être encore capable de recevoir et de donner de l'amour. »

Point de pratiques de dévotion, ni de piété. Duguet lui-même en convenait, mais la supposait dans un état de contemplation si continu, qu'elle eût eu autant de peine à « se désoccuper de Dieu » que d'autres à s'en occuper3. Quand elle logeait à Luxembourg, ('liez Mmes de Vibraye et de Turbilly, on constata qu'elle ne priait point avant de se coucher. A Vibraye, elle scandalisait chaque dimanche par son attitude à la messe paroissiale. Aux Clairets, les religieuses ne trouvèrent chez. elle aucune attention au saint sacrifice. A la Trappe, quand elle y séjourna une dernière fois en quittant les Clairets et allant à Vibraye (juin 1701), le R.P. abbé,dom Jacques la Cour, se plaignit de ne trouver en elle que dissipation continuelle, même pendant le saint sacrifice4; elle passait ses journées à chercher compagnie, « recevant des visites, se promenant avec des personnes de l'autre sexe, ne gardant nulle retraite, ne faisant nulle lecture5. » Mais c'est surtout à Vibraye que le scandale fut public6. Pendant deux mois et demi qu'elle y passa, on ne la vit pas s'approcher une fois des sacrements. Était-ce par principe?

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