C'est ainsi qu'est orthographiée la phrase
qui leur auroient fait grand faute, qui les auroient mis hors d'état de faire la guerre, et, par conséquent, fort déconcerté l'Angleterre, l'Empereur et toute cette grande alliance qui se bàtissoit et s'organisoit contre les deux couronnes. Le vendredi 1 1 février1, c'est-à-dire six jours après l'occupation des places et la détention des vingtdeux bataillons hollandois, l'ordre du Roi partit portant liberté de s'en aller chez eux avec armes et bagages dès qu'ils seroient rappelés par les Etats. Ceux-ci, qui n'espéroient rien moins, reçurent cette nouvelle avec une joie inespérée et des marques de reconnoissance qui servirent de couverture nouvelle, encore plus spécieuse2, de leurs mauvais desseins, et, frémissants cependant du danger qu'ils avoient couru, n'en devinrent que plus ardents à la guerre, gouvernés par le roi d'Angleterre, ennemi personnel du Roi3, qui, avec eux, se moqua d'une simplicité
1. Dangeau enregistre Homo VIII, p. 33), le mercredi 9 février, jour des Cendres, que le Hoi, outre le conseil ordinaire, en a tenu un autre après dîner, de quatre heures, et a encore travaillé deux heures avec Chamillart, chez Mme de Maintenon. Deux jours plus tard (p. 34), il rapporte que, dans ce conseil, « S. M. résolut de permettre à toutes les troupes de Hollande qui sont dans les places de Flandre, et dont nous sommes maîtres présentement, de s'en retourner en Hollande selon l'ordre qu'ils en auront de MM. les États-Généraux leurs maîtres. » Et il ajoute : « Ou permet même aux sujets du roi d'Espagne et aux sujets du Roi qui servent dans ces régiments d'y demeurer, et on ne leur apportera aucun ohstacle. Un procédé aussi noble n'a pas été sans contradiction ; mais le Roi prend toujours les partis les plus justes et les plus glorieux. » Comparez les Mémoires de Sourches, tome Vil, p. 17 et 20, et le recueil du général Pelet, p. 22 et suivantes.
2. Voyez d'autres emplois de spécieux dans notre tome VII, p. 514 et 566, dans le tome IX des Mémoires, p. 142, et dans la Relation de Spanheim, p. 166, au second sens donné par Littré. Quant à couvertureaxx sens de prétexte, courant alors, il est peu usité aujourd'hui.
3. Dès le mois suivant (Bougeait, p. 55), on avait ces nouvelles : « Les Hollandois lèvent un grand nombre de matelots; ils ont acheté quelques troupes de quelques princes d'Allemagne et composent deux régiments des religionnaires réfugiés qui sont dans leur pays. Ils ont envoyé au roi d'Angleterre pour recevoir ses ordres sur ce qu'ils ont à faire, et demandent au parlement d'Angleterre de les secourir en cas qu'ils
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si ingénue, et qui retraça à l'Europe celles de Louis XII et de François 1" qui furent si funestes à la France1. Celle-ci ne la fut aussi guères moins2.
Flottille Enfin l'arrivée de la flottille3 couronna ce succès : elle
soient attaqués, conformément au dernier traité fait entre ces deux nations. » Avant que deux autres jours se fussent écoulés (p. 56), on sut que toutes les troupes de l'Empereur étaient en mouvement, puis que le. parlement anglais avait voté une levée de trente mille matelots.
1. En effet, Louis XII fut plusieurs fois dupe de sa bonne foi naïve, par exemple au traité de Lyon (4503); mais peut-on qualifier de simplicité ingénue la conduite, parfois chevaleresque, mais surtout peu politique avec des adversaires tels qu'Henri VIII et Charles-Quint, qui amena pour François Ier les traités désastreux de Madrid et de Cambray?
2. Les Mémoires de Villars (éd. Vogiié, tome I, p. 320) disent que le prince de Bade manifesta à cet ambassadeur son étonnement qu'on eût gardé les places seulement, et non les garnisons. Villars ne put rien répondre, sinon que son maître avait préféré se montrer généreux au dépens d'intérêts plus positifs. Nous donnons à l'Appendice, n° III, la lettre d'explication que M.deTorcy écrivit aussitôt à Louville.
3. Journal de Dangeau, tome VIII, p. 31 et 33 : « M. leducd'Harcourl a envoyé un courrier au Roi pour lui apporter la nouvelle que la Hotte d'Espagne est arrivée; on la croit riche de plus de soixante millions en argent, et de douze millions en marchandises. C'est la flotte qu'on a coutume d'appeler la flottille. On compte que les Anglois et les Hollandois ont du moins le quart sur cette flotte-là. Les deux vaisseaux les plus richement chargés sont déjà entrés dans Cadix. » Comparez les Mémoires de Sourches, tome VII, p. 15, et Y Avènement des Bourbons, tome II, p. 454, 459, 465, 470, 501. — On appelait flotte tout court le convoi de seize vaisseaux marchands, ou environ, qui, chaque année, partait de Cadix à destination du Mexique, sous l'escorte de trois navires du roi d'Espagne, la capitane, l'amirauté et la patache, et qui en revenait dix-neuf ou vingt mois après. La flottille ne se composait que de quelques bâtiments rapides qui prenaient l'avance au départ de la ^era- Cruz et venaient annoncer la prochaine rentrée de la flotte. Quant aux convois qui se dirigeaient vers le Pérou, Carthagène et Porto-Bello, c'étaient les galions (ci-après, p. 293). Voyez Savary, Dictionnaire général du Commerce, tome V, p. 854-855, 858-859 et 1362, et les Mémoires sur l'Espagne, par Mme d'Aulnoy, tomes I, p. 381, 418, 419, 422, 556- 558, et II, p. 371. Comme l'indique Dangeau, les matières métalliques composaient la partie principale des chargements; les marchandises comprenaient surtout les produits américains appelés las frulas, indigo et cochenille, peaux, grains, tabacs, cacao. On en trouve souvent le
étoit riche de plus de soixante millions en or ou argent, arrivée
et de douze millions de marchandises, sans les fraudes1 et les pacotilles2. J'avancerai, à cette occasion, le récit d'une aventure qui n'arriva que depuis que le roi d'Espagne fut à Madrid. En déchargeant les vaisseaux, il se trouva huit grandes caisses de chocolat' dont le dessus4 étoit : Choco-
détail dans notre Gazelle, comme en 1724, p. 465, 466 et 515, en 1723, p. 413, en 17*27, p. 160, en 1729, p. 161. Voyez aussi les Relazioni, série EsPAGNA, lome II, p. 588-594, et les rapports officiels de 4701, au Depot des affaires étrangères, vol. Espagne 88, fol. 95-101 et 120. L'arrivée des convois était toujours l'occasion de réjouissances publiques, comme si c'eût été un gain fortuit, inespéré, et en effet le commerce européen s'en ressentait tout entier.
1. Les marchandises non déclarées au fisc espagnol, qui percevait un droit d'induit ou bon passage, d'environ deux et demi pour cent, mais porté parfois beaucoup plus haut. Des gens nommés meladores traitaient avec les commerçants pour faire la fraude, moyennant une bonne remise.
2. On appelait pacotille ou paquolille (le mot n'est ni dans Furetière, ni dans l'Académie) le petit ballot de marchandises que chaque marin ou officier de la tlotte pouvait introduire en franchise.
3. L'usage du chocolat, apporté du Mexique lors de la conquête, avait pris un tel développement, que c'eût été le comble de la misère, pour un Espagnol, de ne pouvoir se procurer chaque jour cet aliment. Mais, d'ordinaire, les marchands ne recevaient des colonies que les matières premières, non préparées ni mélangées, c'est-à-dire le cacao, la vanille, l'achiolt ou rocou, l'essence de campèchc, la canelle, le sucre de canne, la farine de mais, et ils fabriquaient eux-mêmes un chocolat très différent des produits mexicains, suivant des formules qu'on trouve dans le Dictionnaire du Commerce de Savary, éd. 4760, tome I, col. 1095-1100. A l'exemple des Espagnols, les marchands parisiens avaient amélioré et perfectionné la fabrication : mais le chocolat était infiniment moins en valeur chez nous que dans l'autre pays, où l'on verra qu'il faisait la base de l'alimentation des plus grands seigneurs comme des plus petits particuliers. Il se prenait froid, à la glace, ou chaud, pur ou mélangé de lait et d'œufs, avec du biscuit ou avec un pain sec fait exprès. Chez les grandes daines, on le servait dans les tasses les plus précieuses. Quelques-unes en prenaient jusqu'à six fois par jour. « Il ne faut pas s'étonner, dit Mme d'Aulnoy (tome I, p. 287-288), si elles sont si sèches, puisque rien n'est plus chaud. » On n'estimait pas que cette nourriture rompit le jeûne.