‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 396 sur 548 · Ci-dessus, p. 87-88. — 7. Recueil, p. 8 et · texte numérisé non relu

Ci-dessus, p. 87-88. — 7. Recueil, p. 8 et

8. De son côté, Boileau lui écrivait (lettre xxxvu, p. 240) : • La personne

m'encourageai beaucoup sur ce que cette demoiselle me dit que peutêtre le Seigneur se contenterait de ma volonté, et qu'il ne demanderait

pas la consommation du sacrifiée; que cependant je me misse en état de le faire, et que je no l'aurois pas plus tôt fait, qu'elle me promettoit de la part de Dieu de grandes grâces. »

Tel était toujours le thème principal de leurs conférences, et l'abbé de Jongla, dans sa profonde vénération pour cette directrice inspirée, ne mettait pas en doute que ses paroles, même les moins nettes, les moins intelligibles, ne vinssent de Jésus-Christ ou de la Vierge, et qu'elle ne fût chargée par le ciel d'aplanir devant lui toutes les voies, pourvu qu'il priât. « A vous parler franchement, disait-il1, je ne m'attribue rien; mais, après Dieu, j'en rends toute la gloire à ses mérites et à ses souffrances (île Mlle Rose), car elle est si fort unie à moi, qu'elle ne me perd pas un seul moment de vue, et qu'elle me suit dans toutes nies actions et mes pensées, pour me redresser.... Je ne vous parlerai.... de l'estime et de la confiance que tout le monde a pour elle, combien elle est connue, de la facilité avec laquelle elle vient à bout de tout ce qu'elle entreprend, comme elle renverse les cœurs de tous ceux qui s'opposent à ses desseins — Dans la première conférence que j'eus avec elle, elle me dit qu'il y avoit environ un mois que Jésus-Christ lui avoit fait des reproches sur mon peu de confiance, et que mes craintes l'avoient coutristé; qu'après les merveilles qu'il avoit opérées pour moi, j'avois toit de ne pas compter sur sa protection, et de ne pas m'abandonner entre ses mains pour tout. Ce qu'elle me dit est conforme à ce qui se passa intérieurement dans mon cœur, il y a près d'un mois, devant l'autel de la Sainte-Vierge, où j'entendois la messe.... C'étoit immédiatement après la consécration; Jésus-Christ se présentent à moi, ce me sembloit, avec toutes ses plaies. Tout ce qu'il avoit fait pour moi par le ministère de Mlle Rose se présenta à moi dans ce moment; il me lit les mêmes reproches, mot pour mot, que Mlle Rose me fit. J'en versai un torrent de larmes, et j'en conservai longtemps un regret sensible. Il me semble que, dès ce moment, je fus plus abandonné à sa conduite. Ce que Mlle Rose me dit me pénétra.... Un autre jour, elle médit que Dieu demandoit de moi un grand abandon, et généralement pour tout; c'étoit les dispositions dans lesquelles Dieu m'avoit inspiré' de me mettre, il y a quelque temps, et, voulant m'y conformer, il me l'a fait dire par Mlle Rose, à qui il les a fait connoitre. Elle ajouta en souriant que Dieu étoit particulièrement le Dieu de ceux qui s'abandonnoieut et se contioient en lui. C'étoit précisément les mêmes termes et la même pensée que j'avois écrite, il y a quelques jours, pour m'en servir dans les occasions.... »

dont vous me parlez, et qui paroit avoir ohtenu à d'antres les lumières et les foires nécessaires pour ce grand sacrifice, s'intéresse trop à ce qui vous regarde, pour ne pas ranimer sa charité dans cette occasion. » i Recueil, p. 34-4Î

Kilo ne s'en tenait pas aux conseils, el poussait bien [tins loin SOU ministère : « Lui ayant demandé, un autre jour, le temps de l'absolution, el représenté en même temps mon inquiétude sur l'intégrité de

ma confession, elle me dit positivement que je devois être en repos, qu'elle l'avoit connu clairement devant Dieu, et que mes peines passeraient, Elles ont en effet disparu. Pour ce qui est de l'absolution et de la communion, elle me dit que Dieu avoit exaucé mes désirs. Je ne puis pas confier au papier ce qui s'est passé en moi, non plus que mes dispositions, et comme elle me parla conformément à cela : mon frère en est instruit. » Et tout de suite il ajoute : • Je l'ai vue aujourd'hui ; elle m'a su fort bien dire ce que j'avois fait ce matin devant l'autel de la Vierge.... »

Comme il lui restait encore trop de raisons de douter que sa conversion fût sincère et agréable à Dieu, Rose accourut à son secours et fit pour lui le voyage de la Trappe, en compagnie de H. de Paraza et de la marquise de Vibra yc*. A mesure que leur carrosse approchait du couvent, le novice sentit s'évanouir peu à peu ses répugnances, déjà ébranlées, il est vrai, par une longue conversation avec M. de Rancé* : « La demoiselle étoit alors à Saint-Maurice, à trois lieues de la Trappe : elle étoit alors occupée de moi, comme elle me l'a avoué. Mon frère même et Mme la marquise de *** s'aperçurent qu'il se passoit en elle quelque chose d'extraordinaire; ils lâchèrent, comme mon frère me l'a dit, de la distraire, de peur qu'il ne lui arrivât quelque accident.... Le lendemain matin, après la messe, elle m'annonça que Dieu l'avoit envoyée pour me sacrifier dans la Trappe à la justice de Dieu.... mais

ajoutant que Dieu seroit avec moi, et qu'il me promettoit ses grâces

Je lui parlai de mon incommodité ; elle me répondit qu'il en falloit

parler à l'un et l'autre abbé Mon frère fut celui qui porta la proposition. Je ne sais ce qui se passa alors, et ce qu'ils conclurent. J'ignorois que le Seigneur voulut faire un miracle en ma faveur, et qu'il voulût me guérir par les mains de sa servante. >>

Et ailleurs3 : « J'avois omis à vous dire que cette fille avoit prédit un jour, à mon frère, ma guérison, allant aux Carmes. Il vous dira ce qu'elle lui dit. Cela joint à ce qui s'est passé ici, je n'en puis pas douter.... J'avois encore omis à vous dire que, depuis que je suis ici, j'avois prié Dieu de me tirer de l'incertitude où j'étois.... Aujourd'hui, Monsieur, ne suis-je pas exaucé? Je vois clairement, à n'en pouvoir pas douter, que la conduite de cette tille a été, à mou égard, celle de Dieu, et qu'elle n'a rien fait et rien dit que par son ordre; et surtout je me vois guéri miraculeusement — »

11 se croyait plus près de la mort que d'une entrée en religion, et versait des larmes amères. « Après deux ou trois heures que je fus en cet état4, la demoiselle vint me joindre, et, après quelque discours,

1. Ci-dessus, ]). 470, .471, 477, et ci-après, p. 50*2. — 2. Recueil, |>. 13-10. 3. Ibidem, p. 111 et 20. — i. Ibidem, p. 17-18.

elle me dit qu'avant d'entrer il seroit bon que je me purgeasse le lendemain, et qu'elle me donnerait pour cela une purgation qu'elle composeroit. Alors je n'hésitai plus: j'eus une foi vive que je guérirais; je erois même que je guéris sur l'heure, je n'oserais pourtant l'assurer. Ce qu'il y a de sur, c'est que, le lendemain, prosterné devant Jésus-Christ, je renouvelai mon sacrifice, agréant ses volontés indifféremment sur la guéri son, sur la maladie et sur la mort. J'allai prendre, avec cette disposition, les remèdes, et enfin, à l'heure qu'il est, je suis entièrement guéri comme si jamais je n'avois été malade. Je ne sais si c'est pour un temps; si cela doit revenir, je m'abandonne à Dieu : sa volonté soit faite. La dernière parole que cette personne m'a ditfe] en partant a été que Dieu lui avoit ordonné de me dire que je ne craignisse point si le Démon me tentoit en me représentant la destruction de ma maison, c'est-à-dire de mon corps; qu'il seroit toujours avec moi, et qu'il m'en préparait une éternelle. »

Six mois plus tard, en octobre 1700, il écrivait encore à son frère1 : « Tout ce qui m'arrive m'a été prédit, mot pour mot, par Mlle Rose.... Il faut, en vérité, qu'elle se soit chargée de beaucoup devant Dieu pour moi. Je ne cesse, tous les jours, de prier Dieu d'augmenter mes forces et mes peines, et de l'en décharger. »

Il craignait que le climat malsain du pays ne lui attaquât la poitrine. « Mlle Rose me dit, en partant, que, s'il m'arrivoit quelque chose, je prisse de l'huile; avec cela, je ne crains rien, quelque maladie qui vienne.... L'huile que je prendrais seroit aussi miraculeuse que celle qui guérit ce fou2.... Mlle Rose est d'ailleurs toujours auprès de moi, et c'est mon ange visible. Elle me promit, avant de partir, de la part de Jésus-Christ et de la sainte Vierge, leur protection. »

C'est à elle enfin qu'il croyait devoir l'esprit de componction3. « Je me souviens de vous avoir dit, avant votre départ, qu'elle m'avoit confié que les deux crachements de sang qu'elle avoit eu[s] avoientété pour l'amour de moi, et pour m'obtenir la componction.... Le matin avant son départ, pendant que vous lisiez avec le R. P. abbé la lettre que j'écrivois à M. *** dans son cabinet, elle me dit que Dieu étoit content de moi, que Jésus-Christ et la sainte Vierge me promettoieut leur protection; que je prisse de l'huile, si quelque chose m'arrivoit,... et qu'enfin, de temps en temps, je sentirais la componction, avec effusion de larmes. Je vois, mon cher frère, tout cela s'accomplir, et n'est-ce pas un miracle continuel?... Les lumières que je reçois, les nouveaux goûts que j'y prends pour les souffrances et pour l'abandon, le courage avec lequel j'en sors pour tout entreprendre, tout cela n'est pas naturel, et c'est Dieu qui agit uniquement.... »

Voici comment la Question curieuse raconte les faits4, d'accord pleinement avec les lettrés de dom Arsène :

1. Recueil de 1701, p. 4G-40. — 2. Ci-dessus, p, 199. 3. Recueil de [701, |>. 19-52. — i. Ms. 18832, Col. 100.

« L'abbé de Jou^la balançoit beaucoup s il dcvoit entrer à la Trappe et se faire moine. Le souvenir de sa vie passée, se» infirmités et son peu d'inclination pour les austérités de eette maison, l'attachement qu'il avoit au monde lejetoient dans une profonde défiance de lui-même et de ses propres forces. En un mot, il ne pouvoit se résoudre à embrasser la vie religieuse, dans L'appréhension de n'en pouvoir pas soutenir longtemps les observances et de n'y pas persévérer. La so-ur Rose l'endoctrine et le catéchise sur ses doutes et ses irrésolutions, et, après plusieurs dialogues, elle lui dit d'un air décisif qu'elle lui parloit de la part de Dieu, qu'il avoit assez de force pour demeurer à la Trappe, que Dieu l'y appeloit, et qu'il lui donnerait la grâce d'y assurer sa vocation et d'y persévérer. Sur sa parole, l'abbé de Jougla postule, il est reçu, il est enfroqué, il entre dans le Noviciat, et il a fait profession. »

Le fait est évident, la suggestion morale indéniable, et, si Rose n'avait fait, comme toujours, intervenir cet argument d'une prétendue délégation du ciel, il n'y aurait qu'à louer dans une œuvre si heureusement menée, dans le retour merveilleux au bien et à la plus austère vertu d'un homme que le monde avait perdu, gâté jusqu'à la moelle des os, et qui redevenait digne, non seulement de vivre parmi de pieux solitaires, mais même de diriger avec éclat une de leurs plus importantes maisons.

Selon l'auteur de la Question curieuse1, c'étaient là les deux seules conversions connues et prouvées, quoiqu'on parlât encore de prêtres impudiques, d'un beau-frère incestueux, et d'autres coupables ramenés également au bien. Mais, dit-il, qui prouve qu'elles sont l'œuvre de Rose, non celle de Dieu même, et qu'elles dureront? — 11 paraîtrait injuste cependant de méconnaître la part décisive que Rose y prit, et c'est avec intention que j'en ai réservé le récit pour cette conclusion de l'examen impartial de ses prétendus mérites.

Nous allons voir maintenant quels furent les principaux incidents du second séjour à Paris, et comment la Béate se trouva rejetée, pour toujours cette fois, dans l'obscurité du néant.

Ce séjour fut coupé par trois voyages à la Trappe, où Saint-Simon nous a dit a que Duguet et le comte du Charme] souhaitoient qu'elle parvint à voir M. de Rancé et reçût de lui une sorte de consécration. La première fois, en avril 1700, elle s'y rendit, comme nous l'avons vu, en compagnie de M. de Paraza et de Mme de Yibraye, dont le château n'était qu'à une vingtaine de lieues de là, pour décider le frère du conseiller à se faire novice5. Au mois d'août suivant, elle y retourna pour guérir M. Maisne4; M. de Paraza la conduisit dans son carrosse, où Duguet prit place en troisième3. C'est sans doute de ce second voyage que parle Saint-Simon6.

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