LA CAMARERA-MAYOR
« La camarera-mayor a pour appointements, logement et tous autres profits cinquante mille trente-trois réaux par an. C'est toujours une grande d'Espagne, veuve et femme de grande expérience de la cour, et ordinairement ce choix tombe sur les personnes qui ont été dames du pillais, afin qu'elles soient mieux au fait de tout ce qui doit rouler sur elles. On choisit surtout celles qui ont beaucoup de vertu, de raison, de lumières et de modestie, parce qu'elles sont celles qui doivent servir d'exemple et reprendre toutes les autres. Elle a son appartement joignant celui de la reine, avec sa porterie marquée, qu'on appelle du petit appartement. Cette porterie est en charge à l'un des portiers de damas.
« Dans les occasions de recevoir des femmes, de quelque classe qu'elles soient, c'est à la camarera-mayor à savoir et à vérifier si elles ont, ou non, les qualités requises pour prétendre, et elle propose celles que, par les mesures et informations qu'elle a prises, elle juge les plus dignes; et c'est ordinairement celles que la camarera-mayor propose qu'on reçoit, quoique la volonté de S. M. soit absolue en tout.
« Quand la reine met sa chemise et l'habillement intérieur, c'est la camarera-mayor qui la met, et elle continue à l'habiller, aidée en cela par les dames du palais qui sont de garde; et les camaristes apportent et donnent tout ce que S. M. met, l'avant à temps du garde-joyaux et ayant soin que tout soit comme il faut et d'une grande propreté, pour que S. M. soit bien servie. Elle se trouve à la toilette de la reine avec toutes les autres femmes, aussi bien qu'au déjeuner. Si on demande audience ou baiser la main à la reine, elle en rend compte à S. M. Si l'audience est admise, l'heure sue, elle en fait part au mayordome de semaine, et, quand S. M. sort à cette fonction, la camarera-mayor se met à côté de S. M., à quelque distance sur sa main droite, et fait chef de la file des dames du palais et des sehoras de honor; et ordinairement la reine lui remet les placets qu'on lui présente, pour qu'elle en fasse ressouvenir S. M.; et, dans les églises, un peu derrière, mais immédiatement proche de sa personne, pour en recevoir les ordres. Elle met la nappe avec le mayordome-mayor, et elle reste debout vis-à-vis S. M., pour couper et servir les viandes, servant et desservant les plats à diner et à souper; et ensuite se trouve au déshabiller de S. M. jusqu'à ce qu'elle se met au lit.
« Lorsque S. M. est à la campagne ou ailleurs, la camarera-mayor va dans le carrosse de S. M., sur le devant. Si la reine sort en chaise à porteur, la camarera-mayor est portée dans une autre. Si la sortie est pour une fonction ou cérémonie publique, l'écuyer de la camareramayor l'accompagne, monté sur un cheval de l'écurie de la reine.
I. Vis. f.lairamhault I I7S, fol 278 V. — 2. Ci-dessil6, p. 172-174, 176-179.
- Quand elle veut aller à quelque dévotion, ou sortir pour ses affaires, elle eu demande la permission à S. M., et une chaise à porteur et un carrosse à l'écurie, ce qu'on ne lui fournit pas de droit ni par continuation, et jamais pour ses domestiques, hors aux voyages, qu'on leur fournit le carrouaye ' nécessaire.
« Elle envoie par ordre de la reine les billets d'invitation pour les baise-mains et audiences aux femmes et aux filles ainées des grands d'Espagne et des titrés de Castille, et leur fait porter ces billets par les éeuvers à pied.
« Jusqu'à ce règne, elle avoit le détail de la distribution de quatrevingt mille ducats du bolsillo ou cassette, qu'on assignoit aux usages de la personne de la reine; mais, dans le règne de Philippe V, on a donné cette direction, en forme de commission, à des hommes. L'abbé Alberoni l'a eue, et c'est, depuis lui, le marquis Scotti2 qui exerce cette commission, et qui a l'administration de tout ce qui regarde la garderobe de la reine, et reçoit immédiatement les ordres de S. M.
« Les dames qui ne sont pas mariées, les camaristes ni autres, ne peuvent sortir du palais sans son congé. Elle les tutoie et a l'autorité de les réprimander, quand elles font quelque faute ou manquent à leurs devoirs.
« A la réforme du linge, c'est à la camarera-mayor qu'appartient la dépouille de celui de la reine, et elle en partage ce qu'elle juge à propos entre les camaristes, garde-femmes et duequenas" ', distinguant cependant des autres camaristes celle qui a le soin du linge. Pour les habits, c'est la reine elle-même qui en fait la distribution.
« On ne lui donne ni table, ni autre chose par les offices. Il lui appartient, savoir : d'avoir du dîner et du souper le plat de rôt qu'on a servi à S. M., hors les vendredis et jours de vigile; et la corbeille du dessert lui appartient aussi. »
SENORAS DE HONOR4.
« 11 y en a ordinairement quatre de cette classe5. Il leur faut les qualités requises dans l'article précédent de la guarda-mayor6. Autrefois, on les appeloit duecjnas de honor, et à présent on s'est accoutumé à ne les appeler que senoras de honor. Elles sont subordonnées à la camareramayor. Elles ont pour toutes choses onze mille six cent trente-trois réaux de vellon par an. 11 y en a une de garde tous les jours. Leur service se borne à se présenter à l'heure de la toilette et à se tenir dans