‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 407 sur 548 · GARDE DE DAMAS OU DAMES · texte numérisé non relu

GARDE DE DAMAS OU DAMES

« Quoiqu'anciennement il y eût six de ces emplois, il n'y en a à présent que deux, qui ont chacun six mille soixante-quatorze réaux par an. Cet emploi est honorable et de grande confiance, puisque l'on confie à ceux qui l'exercent la bienséance et le décorum du palais, pour qu'ils veillent à ce qu'il ne s'y passe rien à ce contraire dans la conduite des femmes de la reine qui ne sont pas établies. Autrefois, leur objet principal étoit de veiller sur les filles d'honneur qu'on appelle damas; à présent, ils veillent sur les camaristes et les autres femmes. Quand ils voient une certaine assiduité de quelque cavalier auprès d'elles, et qu'ils jugent que cela ne convient pas, il fait2 retirer le cavalier avec ce mot espagnol : « Despejar, caballero, » sans que le cavalier puisse s'en offenser, ni refuser de se retirer, et il dit à la dame : « Retirez-vous. » Et quand on ne lui obéit pas, il avertit la camarera-mayor du refus de la dame, et le roi de celui du cavalier.

« 11 doit se trouver dans l'antichambre dès qu'elle est ouverte, et il sert avec l'épée et le chapeau. 11 prend soin que personne ne porte le chapeau devant le dais, et que ceux qui n'ont pas les entrées ne passent dans les appartements. Si quelqu'un vient avec un message, il le reçoit et le porte à la camarera-mayor, et rend la réponse ; et si c'est quelque ordre du dedans, il le donne au repostero, et celui-ci à l'huissier de sallette. Ainsi l'ordre va de bouche en bouche sans que personne abandonne la pièce où il doit être.

« Aux audiences de la reine, que les entrées sont libres, il dit à haute voix qu'on se retire, avec le même mot espagnol : « Despejar, caballe- « vos; » auquel mot tout le monde sort hors les personnes qui sont en droit de rester. Quand la reine sortoit en public, et que la garde de damas alloit à cheval aux portières des carrosses des dames, pour plus grande marque d'autorité et faire écarter les galants5, on lui donnoit deux cents écus de plus par an pour l'entretien du cheval; mais cette étiquette ne subsiste plus.

« Quand la reine ordonne qu'on aille faire compliment à quelque titré de Castille, la camarera-mayor y envoie un aiiarda-damas ; mais, si c'est un grand d'Espagne, on y envoie le mayordome de semaine. Quand le guavda-damas va avec ce compliment, on lui donne un carrosse de l'écurie de la reine. Quand LL. MM. quittent le palais pour quelque temps, le plus ancien garde de damas en est le gouverneur ou châtelain, et a droit d'y demeurer. »

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