LE PRÉSIDENT DU CONSEIL DE CASTILLE
« Le comte d'Oropesa. — Par sa charge préside en ce conseil et est le chef et le premier ministre des affaires de la Castille, de toutes les couronnes qui en dépendent, des Pays-Bas et du duché de Milan. Le roi seul peut ad nutum casser tous ses arrêts. Ne rend jamais de \isite à qui que ce soit, en nulle sorte d'occasion; ne donne la main chez lui à aucun grand, pas même au primat, et tous les grands ne l'en visitent pas moins souvent; il n'en reconduit jamais aucun, pas d'un pas, et a un crédit et une autorité prodigieuse. Il préside à tous les conseils où il se trouve; et tout cela, quand il ne seroit pas grand. Lorsque ce président est exilé, ou que quelque raison l'empêche d'exercer sa charge pour longtemps, le Roi fait un gouverneur du conseil de Castille, dont le rang, les avantages, les fonctions, l'autorité et le crédit sont en tout les mêmes que s'il avoit la charge de président, fût-il de la moindre naissance, et point grand. Ce président n'est point du despacho par sa charge2.
« Ce comte est grand de la première classe, de la maison de Bragance, héritier de la couronne de Portugal au défaut de la branche royale; a été premier ministre sous le feu roi3, et accusé lors, avec le comte de Mansfeld, d'avoir fait empoisonner la reine, fille de Monsieur4. 11 y a deux ans qu'il fut exilé par le feu roi dans ses terres à cause d'une révolte que le peuple excita contre lui et son administration à r;mse de la disette du pain5. Le roi d'aujourd'hui l'y a laissé, et vraisemblablement l'y laissera le reste de ses jours. Ses enfants sont à Madrid sans aucune figure. Le marquis de Belmonte, son fils aîné, a trente ans et a une des plus jolies femmes d'Espagne. Ils ne vont point à la cour. Lorsque l'Espagne reconnut le Portugal, le père de ce comte, qui étoit premier ministre, le fit lever, quoique malade, pour prendre la pique comme capitaine aux gardes qu'il étoit, le6 jour de la première audience de l'ambassadeur de Portugal, afin, dit-il, que ce roi sût quelle étoit la grandeur des rois d'Espagne, qui étoit gardé7 par les plus proches parents de ce prince, duquel ces Oropesa ont toujours été ennemis8.