LE MAYORDOMO-MAYOR
« Le marquis de Villafranca2. — Cette charge répond à celle de grand maître de France, mais bien davantage à nos anciens maires du palais, dont elle a encore des fonctions et des prérogatives. Quiconque en est revêtu, ne fût-il point grand, comme il y en a des exemples, précède tous les grands, et préside même aux conseils et aux assemblées des grands, et porte la parole pour eux lorsqu'ils en3 font eu corps de grands et qu'ils ont à députer au roi pour leur corps. C'est le plus grand officier de la maison du roi, auquel un grand nombre sont subordonnés; ne rend visite à aucun de ceux-là, ni4 ne leur donne5 la main. Aux audiences solennelles, le roi est dans un fauteuil sur une estrade de [ ]6 pieds, sous un dais ; l'estrade déborde le dais de beaucoup, et le mayordomo-mayor est couvert et assis sur un tabouret à côté et à la droite du Roi, hors du dais, sur la même estrade, tandis que l'ambassadeur, tous7 les grands et tout le monde, sans aucune exception, sont tous debout et au bas de ladite estrade.
« Ce seigneur s est de la maison de Tolède, grand de la première classe, âgé de soixante-dix ans ; est précisément un 9 Espagnol en chausses et en pourpoint, plein de leurs coutumes, de leurs étiquettes et de toutes leurs manières à ne s'en départir jamais d'une seule ligne, attaché au dernier excès aux manières anciennes, jusqu'à en être quelquefois insupportable au roi, auquel pourtant il a mis la couronne sur la tète, et auquel il est très attaché, qui aussi l'aime et le considère beaucoup. Don l0 Manuel Arias dit de lui que c'est un personnage à l'antique, et la duchesse d'Ossone que c'est un Espagnol en vieux comme le ducd'Albe est un Espagnol en jeune11. Est rogue, haut12, fier, rien moins que courtisan ni complaisant, rempli d'honneur13 et de probité, avare néanmoins; peu d'esprit; très bon homme malgré tout cela. Ce fut lui qui, ayant ouvert les yeux par le traité de partage, fut un des plus ardents à vouloir le roi d'aujourd'hui, qui promit d'en ouvrir l'avis le premier au conseil d'État, qui14 le fit en effet avec une prodigieuse force, et qui trouva le milieu fameux que les renonciations
1. Ci-dessus, p. 158-1G"2 et 394. — Autre mot espagnol qu'il ne francisait pas encore comme il l'a fait plus tard dans les Mémoires1.