Le manuscrit porto [ci^.lal'Alhambra
i. A la suite du Portrait (fol. 11 v") ou trouve, biffées et provenant d'une rédaction primitive, ces deux variantes du portrait que nous avons ici et. de celui qu'on a lu plus haut, p. 537 : « Le Connétable. Est Velasco, l'aîné de la maison, qui est grande et une race de gens de guerre. Lui, un sujet très médiocre, très pauvre de biens, fort attaché à la reine douairière, qui le fit préférer au marquis de Villena pour l'ambassade de Fiance, ce qui fit que San-lstcvan, son majordome-major, la quitta. » — « L'Amirauté. Est l'ainé de la maison llenriquez, bâtards des rois de Cas tille et du fameux Trastamare" qui tua D. Pedro le Cruel, roi de Castille. Est d'une des plus grandes naissances et des plus illustrées; a' eu la principale autorité sous le feu roi, par le crédit de la reine, au parti de laquelle il étoit très attaché; fut exilé par les intrigues du cardinal, dont il est l'ennemi; a de l'esprit infiniment, de la politesse, l'air et les manières aimables; très riche et très ambitieux, mais très paresseux; passe pour très attaché à la maison d'Autriche, mais, dans le fonds, ne l'est qu'à ses intérêts, qu'il préfère à tout; n'a point de probité et prend toutes sortes de formes pour plaire; est très insinuant, caressant, obligeant, curieux ; aime excessivement les jésuites, en a toujours quatre dans sa chambre, et ne mange jamais sans eux ; n'est ni dévot, ni débauché, ni savant, mais aime les gens do lettres, et, entre ces jésuites, il y en a un italien qui a de l'esprit comme cent diables, et qui est d'une excellente compagnie; tous les quatre logent chez lui, et il ne fait rien sans eux. A quatre palais à Madrid, pour toutes les saisons, qui sont tous magnifiquement meublés, avec de beaux jardins pour le pays, et y loge dans tous par saisons. Est conseiller d'État; a cinquante-cinq ans; est très lié depuis quelque temps avec le duc de Mon lai te, et se va lier avec son ennemi le cardinal, qu'il gouvernera, s'il est assez sot pour le souffrir, dont il est capable, et cela par les intrigues de la comtesse de Palme, nièce du cardinal, comme il est lié avec Montalte par les intrigues de la marquise del Carpio, que ledit Montalte aime ; et ces deux femmes gouvernent tout Madrid. L'Amirauté est haï du peuple, craint des grands; personne ne se fie à lui, et il en plaisante le premier. Il seroit certainement dangereux, s'il n'étoit pas si paresseux''. Est ami intime du prince de Vaudémont et ennemi déclaré de Medina-Sidonia et de tous les Guzmans. Il n'a plus que la clef, sans exercice, de gentilhomme do la chambre. 11 est veuf sans enfants, et ne se remariera point. Veut gouverner et perdre tous ceux qui gouvernent ou ont apparence de gouverner, pour cela seulement, sans distinction. C'est le seigneur d'Espagne qui fasse la plus grande figure, et qui a le plus grand air, quoique laid. De façon ou d'autre, il fera parler de lui, car c'est ce qui s'appelle un personnage. Ne so soucie point de sa maison. IN'a qu'un frère, retiré et malade, dont les enfants sont très jeunes, et donf l'aîné sera amirauté après cet oncle-ci. »
3. Ci dessus, p. 218-219, et tome VII, p. '2jii et 2S7-238. — Il écrit, comme en espagnol : Snntistevan, et : Betmavidés.
a Ici, Trittemare. — ' Avant ». il a biffé aéMP'.
Vvantcemot, il a biffé un second dangereux — ''Avant dont, il a biffé seront.
de soixante ans, grand de la deuxième «lasso, ci-devant vice-roi de Naples, est du despacho pendant le voyage du mariage : a déjà une
grande autorité; succédera à celle du cardinal après lui, en chef, avec le duc de Modina-Sidonia en second, avec qui il est assez bien; grand Autrichien jusqu'au temps du traité de partage, que le marquis de Villa-
garcia, gouverneur du royaume de Valence, et le marquis de Villena, ami intime et à toute épreuve de San-lstevan, le convertirent au parti de la France à ce qu'il dit lui-même; veilla jour et nuit le cardinal, et sans le quitter d'un moment, lors du testament, et c'est celui de tous qui, avec le marquis de Villafranca, a le plus contribué à élever le roi d'aujourd'hui sur le trône1. Est veuf, a perdu un fils aîné à la bataille de la Marsaille, qui mourut en faisant des prodiges de valeur: il s'appeloit le marquis de Solera, et étoit un jeune homme accompli. Son père, qui ne s'en console point, ne peut pardonner à M. de Savoie d'avoir donné cette bataille mal à propos. 11 a plusieurs autres enfants, dont l'ainé s'appelle aussi le marquis de Solera, a trente ans, est bon et honnête homme, sans aucune expérience, et vient d'être fait vice-roi de Navarre. 11 est gendre du duc de Candie, dont le fils a, par un double mariage, épousé sa sœur.
» Ce comte a assez de capacité et de droiture ; cependant accusé de ne pas négliger ses intérêts et d'être un peu avare; dès bien intentionné et très zélé pour le roi son maître; fort homme de bien, et cache sa dévotion avec soin; sait suffisamment pour un Espagnol; fort revenu des maximes d'Espagne, qu'il abhorre dans tout ce qui est mauvais; a l'esprit doux, fin, liant, insinuant; semble parler beaucoup, et n'est pourtant pas indiscret; aime toute sa famille et tous - ses parents, jusqu'au trentième degré, jusqu'à la fureur, et l'avoue franchement, et surtout ses enfants, dont il est aimé tendrement, et qui ont trop d'ascendant sur lui, et lui trop de complaisance pour eux ; point vindicatif du tout, ni haineux, rendant justice sans partialité ; homme d'État ; est dans les bonnes maximes, aime la justice et la religion, également ennemi des hérésies et des superstitions; aime fort la France, entre les bras de qui il s'est jeté, et d'où il y a ordre de ne lui rien cacher et de lui communiquer toutes choses.
« Le comte de Montuo3, de la maison Boccanegra comme le cardinal, est grand de la seconde classe et frère du patriarche des Indes4.
« Le comte d'Aguilar5, de la maison de Manriquez de Lara, grand de la troisième classe, et néanmoins très grand seigneur.
« Ce comte est grand ennemi du cardinal, et très attaché à la reine douairière, et tout cela publiquement; accusé d'avoir fait empoisonner
1. Voyez notre tome VII, p. 285 et suivantes, et ci-dessus, p. 533-534. '2. Le t de tous surcharge un d.