‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 452 sur 548 · tes éditeurs ont lu : Arcos · texte numérisé non relu

tes éditeurs ont lu : Arcos

-2. Les éditeurs ont lu : Uneglia.

3. On peut rapprocher de cette relation une lettre que Lousille écrivait vers le même temps, de Madrid, et qui est imprimée dans ses Mémoires secrets (tome I, p. 110-118) : « tes Espagnols manquent de vigueur; ils sont incapables de se donner aucun mouvement pour servir le roi, ou pour le renverser, quoique, au rebours de la nation, la plupart ne l'aiment pas, el

« J'omets pareillement la longue liste des personnages dont le grand nombre remplit les autres conseils, celui de la guerre, le conseil royal de Castille, le conseil d'Aragon, ceux des finances, de l'Inquisition, de la croisade, et des ordres de chevalerie de Saint-Jacques, Alcantara et Calatrava. Les présidences de chaque conseil, étant accompagnées de très gros profits autant que d'honneur, sont considérées comme les récompenses les plus éclatantes que le roi réserve aux services multipliés, de même que le grade de conseiller d'État, qui est purement honorifique, et la décoration très estimée de la clef de gentilhomme de la chambre. Ce serait étendre le rapport hors de propos,... d'autant que, la discussion de toutes les principales affaires étant évoquée au conseil d État, les autres conseils ne conservent que leur ancien nom, sans avoir de travail sérieux. »

soient jaloux furieux des François. Mille factions différentes les divisent; ils se haïssent tous à la mort. Vous voudriez bien, je le vois, qu'ils eussent au moins de l'esprit (j'entends ceux de notre côte) ; mais Dieu a été d'un autre avis, et ils en ont très peu. Je ne parle pas de Mancera, qui est âgé de quatre-vingt-six ans, ni de Villafranca, ni de Saint-Eslevan, qui ont du bon sens et des lumières. En revanche, ils sont crédules jusqu'à l'excès. Le chambellan Benavente nous vint avertir, l'autre jour, en pleurant, de nous méfier d'une berline attelée que la douairière (la veuve de Charles II) avoit donnée au roi catholique, et qui devoit, dîsoit-il, par l'effet d'un sortilège, devenir caisse d'oranger, pendant que le roi deviendroit oranger en caisse. Ab uno disce omîtes ; car Benavente est fort de mise. Les deux aigles de la cour sont précisément l'Amirauté et Aguilar, qui nous détestent. Ces hommes pourroient nous faire bien du tort, et, s'ils ne nous en font pas, ce ne sera point la faute de M. le cardinal ; car, tout en ôtant au premier sa charge et ses pensions, et au second plus de trente mille écus de rente qui faisoient la meilleure partie de son bien, il lésa laissés tous deux dans le grand conseil d'État, qui ne décide rien, je vous l'accorde, mais d'où ils peuvent du moins plonger dans le conseil suprême, et voir tout ce qui s'y passe. Ne pensez-vous pas qu'il valoit mieux les gagner ou les anéantir? Ajoutez qu'il y a dans le petit conseil un homme non moins suspect qu'eux, et comme eux fort habile : c'est don Antonio Ubilla. Cet homme étoit autrefois haï du cardinal; mais il a tant cajolé Urraca, qu'il a tout à coup, au grand étonnement de chacun, retourné S. È., et que, de secrétaire du despacko général, il l'est aussi devenu du petit despaclio. Qui peut l'empêcher, je vous le demande, de conserver des relations avec l'Amirante et de lui révéler les secrets du gouvernement ? Heureusement que celui-ci, en sa qualité de grand, est fort paresseux, qu'il ne songe qu'à se raccrocher à la cour par de petites menées sourdes, qu'il aime son plaisir uniquement, et que son amour pour la maison d'Autriche ne va pas jusqu'à la servir avec résolution. Aguilar est d'un caractère plus hardi, il a plus de tête, il est plus capable d'affaires. On en eût fait un très bon ministre ; il peut être un dangereux ennemi. Mais, par bonheur, les grands l'estiment trop pour l'aimer, et le craignent tous également. De plus, il est très pauvre pour un homme de son rang; aussi est-il plus rampant qu'aucun d'eux. Pour le président Arias, il est assez sage et bien intentionné, quoique despote et colère, en même temps qu'obséquieux et flagorneur.... »

Le roi Philippe V d'après Alvise Mocenigo1.

« Les rares qualités que ce monarque doit à la nature et à l'éducation font de lui un objet d'admiration et d'amour pour tous les cœurs. Danla Heur de l'âge, ayant un peu plus de dix-huit ans, agile et robuste de corps, ne déliassant pas, comme taille, la stature ordinaire, son visage respire une majesté sereine unie à la parfaite symétrie des trait>. et son regard trahit la vivacité de son esprit. Porté à la gloire militaire, il n'aspire qu'aux occasions de se signaler sur les champs de bataille. Autant il sera circonspect et jaloux de l'autorité et du commandement, autant, pour le présent, il se soumet aux avis de son aïeul, qui, en toutes choses, agit sur lui, et il laisse voir une ferme volonté de l'imiter, quand le temps sera venu, dans le gouvernement absolu de ses propres États.

« ....Parmi les premières mesures prises par le nouveau gouvernement, la réforme de la cour et de la suite royale a été une des plus sensibles à beaucoup de gens qui ont vu ainsi disparaître leurs profits et leurs espérances-. Ce nombre si grand, il allait presque à cinquante, des gentilshommes de la chambre avec exercice, qui se répartissaient entre eux le temps du service auprès de leur souverain, et qui appartenaient aux maisons les plus distinguées et connues du royaume, parce que ce beau poste leur assurait l'honneur d'entretenir souvent le roi seul à seul et de s'avancer dans ses bonnes grâces, a été réduit à six seulement, savoir : le duc d'Osuna, le marquis de Valero, le duc d'Albe, le marquis de Quintana, qui avaient eu le bonheur d'aller au-devant de lui lors de son entrée dans le royaume, quand il permit que l'on continuât de le servir à la manière d'Espagne, et il y ajouta le duc de Sessa et le fils du marquis del Fresno, celui-ci nourrissant depuis longtemps une profonde inclination pour la maison de Bourbon3.

« Il changea les titulaires des deux charges principales de majordomemajor et de grand écuyer, la première possédée par le duc de Medina- Sidonia, qui fut créé grand écuyer en place de l'Amirante comte de Melgar, et on lui donna pour remplaçant le marquis de Villafranca, en laissant le comte de Benavente dans sa charge de cameriore-major. La présidence d'Italie, qui est d'un revenu considérable, se trouvant vacante, elle fut donnée au marquis de Mancera, qui renonçait aux émoluments pareils dont il avait continué à jouir comme ancien majordome-major de la reine mère du feu roi *. »

1. llelazioni, série Espacna, relation de 1702, tome II, p. 704. -1. Ci-dessus, p. 183-184.

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