LOUYILLE ET SES PAPIERS
Lettre de Louville à M. de Gaignières1.
« A Versailles, ce 6e février (1696).
« Nous aurons, Monsieur, les papiers de M. Nicole. 11 me les a promis positivement, et il m'a donné même le plus beau jour du inonde pour ce que nous souhaitions, car il m'a dit qu'il serait à propos que quelque curieux rassemblât tous les écrits du sieur prieur de Mondonville, ce qui me fait espérer que, quand j'aurai ceux qu'il me doit envoyer incessamment, et que je lui ferai connoître que j'ai trouvé le curieux, peutêtre voudra-t-il bien nous les laisser. En tout cas, nous les aurons toujours, et j'ai cru que nous ne devions rien dire avant que nous les tinssions. Pour ceux de la veuve du Tronchet, je ne saurais encore rien en répondre; mais je lui ai détaché un chanoine qui a plus d'esprit et de vivacité que tout Chartres ensemble, que j'ai mis dans ma confidence, qui est fort de mes amis, et qui ne sera pas fâché de m'obliger. Il m'a promis de m'en rendre bon compte, et c'est lui-même qui me conseille de ne pas aller chez cette veuve, parce que, ne la connoissant point, je lui serais suspect, au lieu qu'elle ne se défierait pas d'un chanoine bien fait et insinuant, et de plus son concitoyen. Voilà, Monsieur, ce que j'ai fait en exécution de vos ordres. Je puis quasi vous répondre du succès, et je vous assure de plus que j'ai été à Chartres exprès, et sans y avoir aucune autre affaire. Pour votre M. le Féron, qui est parent du secrétaire de M. le duc de Beauvillier, c'est un tracassier, qui s'est imaginé que les papiers que son parent lui demandoit étoient pour M. le duc de Beauvillier, et je suis persuadé qu'il voudrait bien nous réduire, dans cette pensée, à se les faire demander par mondit sieur le duc; mais il a beau faire et tourner autour du pot, nous les aurons, et, à chaque difficulté qu'il fait, nous avons un argument tout prêt. Sa dernière a été que le maître de la poste ne s'en est pas voulu charger, et nous avons fait écrire audit maître de la poste, par celui de Versailles, qu'il eût à s'en charger et à les adresser à M. le duc de Beauvillier, et son secrétaire ira les retirer à la poste :de sorte que je ne prévois pas qu'il lui puisse rester aucune autre raison, et qu'il sera réduit ou à nous les refuser, ce qu'il n'oseroit faire, ou à nous les envoyer incessamment.
« J'ai trouvé, dans mon voyage, un chanoine de Chartres qui a les titres du chapitre, qui m'a dit avoir trouvé un Jacques d'Alonville, qui est tout des premiers et devant tous les Pierres; mais on ne sait d'où il vient, ni où il va. Ne seroit-il point, Monsieur, parmi les vôtres? On m'a fait remarquer aussi que nos armes sont aux vitres de la troisième fenêtre du chœur, à gauche en entrant par la nef. Celui qui me l'a fait voir m'a dit que c'est parce que nous étions vassaux de l'évêque de Chartres; mais mon père croit plutôt que c'est à cause d'une donation d'un muid
I. Bibl. nat., ms. Kr. 24988, fol. 146-147. La date d'année est portée
,in dos.
•Je blé froment que nos ancêtres ont donné à l'église de Notre-Dame el que mon père a rachetée'. Quoi qu'il en soit, il est certain que nos armes sont aux vitres, et c'est tout ce que nous en savons. Mais il est bien sûr que, comme nous sommes originaires du pays Chartrain et vassaux de l'évêque de Chartres, tous nos titres les plus ancien- se trouvent parmi ceux du chapitre. Voilà, Monsieur, tout ce que j'ai pu découvrir et faire pendant deux heures que j'ai demeuré à Chartres. Quand j'aurai des nouvelles de ce pays-là, soit de M. Nicole ou de mon chanoine, je ne manquerai pas de vous en faire savoir, et de vous marquer, au moins par mon exactitude, qu'on ne peut être avec une plus forte passion que je le suis, Monsieur,
« Votre très humble et très obéissant serviteur.
« Louville. »
L'adresse est :
« A Monsieur, Monsieur de Gagnières, à l'hôtel de (luise, au Marais, à Paris. »
Placet de Louville au duc d'Anjou-.