‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 465 sur 548 · Vol. Espagne 92, fol. 137 v · texte numérisé non relu

Vol. Espagne 92, fol. 137 v

2. Le même jour, sur le vu de la première lettre du ;> août, Louis XIV écrivait à Philippe V : « Je comprends que l'affaire du duc de Monteleon vous embarrasse. Laissez agir le cardinal comme archevêque de Tolède, ne compromettez pas votre autorité : on l'a trop engagée. Que cet incident vous serve à prendre du temps pour examiner ce qu'on veut vous faire signer dans votre despacho, hors les expéditions ordinaires. » (Lettre imprimée par la Beaumelle, dans ses Mémoires sur Mme de Maintenon, tome VI, p. -2611- -270, puis reproduite dans les Mémoires de Xoailles, dans les Œuvres de Louis XIV et dans les Mémoires de Louville.)

3. C'est par le maréchal de Boufflers que MM. de Monteleon et de Westerloo avaient fait demander l'agrément du Roi, qui donna ordre que les grands vicaires du diocèse de Bayonne autorisassent le mariage. (Mémoires du maréchal de Mérode-Weslcrloo. tome I, p. -201-20-2.)

i. Vol. Espagne 92, fol. 208.

LOLf VILLE ET LA SACCADE DU VICAIRE. 589

lui avoit t'ait prendre dans l'affaire du duc de Monteleon, qu'il déclarât que son intention étoit de laisser au cardinal Portocarrero la liberté de soutenir ses droits comme archevêque de Tolède, sans y interposer l'autorité royale. J'apprends que cette affaire n'est plus en termes où cette déclaration suffise. Le sieur de Rlécourt me rend compte de l'extrémité où elle a été portée, et de l'état où elle étoit lorsqu'il m'a écrit la lettre que j'ai reçue de lui, datée du la" de ce mois. Le duc et la duchesse de Monteleon m'ont informé, par le courrier qu'ils m'ont dépêché, de la conduite qu'ils avoient tenue, des ordres donnés contre eux, de leur soumission aux volontés du roi mon petit-fils, et de l'approbation verbale qu'il avoit donnée au départ de leur fille pour venir dans mon royaume. Ils prétendent que la surprise des ordres donnés contre eux est l'effet de l'animosité de leurs ennemis, et véritablement je ne puis en douter après avoir entendu la lecture de ce que le sieur de Blécourt m'en a écrit de concert avec vous, aussi bien que le détail contenu dans une lettre écrite par le sieur de Louville en conséquence de ce que vous lui avez dit aussi sur le même sujet.

« Deux jours avant que je recevois cette lettre, l'extrait de toute l'affaire envoyé par don Antonio Ubilla m'avoit été apporté par l'ordinaire1. Quoiqu'il parût, par le compte même que rendoit Ubilla, que la procédure faite contre le duc de Monteleon avoit été très prompte, que ses raisons n'avoient pas été entendues, que la condamnation étoit trop sévère, et qu'enfin le roi d'Espagne avoit été surpris, il paraîtrait aussi que le duc de Monteleon avoit formellement désobéi à l'ordre du roi son maître. Mais, comme je jugeois du service et de l'intérêt du roi mon petit-tils de terminer promptement cette affaire, en maintenant toutefois le respect que ses sujets doivent à son autorité, mon intention étoit de vous ordonner, pour le délivrer de tout embarras, de lui demander en mon nom la grâce du duc de Monteleon, de vous marquer d'en avertir auparavant ce dernier, et de lui faire savoir que vous n'exécuteriez mes ordres que lorsqu'il se serait remis dans le château de Grenade conformément au jugement rendu contre lui.

« Le roi d'Espagne ayant révoqué depuis tous les décrets qu'il avoit signés, et reconnu par cette conduite que le duc de Monteleon n'avoit pas manqué aux devoirs de fidèle sujet, il ne convient plus de proposer qu'il se reinette en prison ; il paraît même que l'affaire doit être finie par rapport au roi d'Espagne. Mais, si, depuis, il est arrivé quelque nouvel incident, et (pie l'affaire ne soit pas terminée, je veux bien que vous demandiez de ma part la grâce entière du duc de Monteleon. Je crois cet expédient fort capable de délivrer le roi d'Espagne de tout embarras sur ce sujet. Vous apprécierez cette demande sur la connoissance que j'ai du zèle et de la fidélité du duc de Monteleon, de son véritable

1. Ce mémoire est dans le même volume 92, fol. 110-119, ainsi que les lettres du duc et de la ducheaae de Monteleon, fol. IGu et 1S,!>. 11 y a encore un mémoire postérieur d'Ubilla, au fol. -20*2.

o90 APPENDICE XV.

attachement pour le roi son maître, du rang de sa maison. Vous y ajouterez que la mémoire que je conserve do feu pape ne me permet pa~ de laisser sans protection un homme qui porte son nom1, lorsque je vois qu'effectivement il n'a pas manqué à son devoir, ni désobéi aux ordres du roi son maître.

« Je suis persuadé que cette démarche fera un bon effet en Espagne, et que le roi catholique sera bien aise d'avoir cette ouverture pour sortir de tous embarras. Il seroit à souhaiter aussi que le cardinal Portocarrero voulût se désister de toutes les procédures qu'il fait (aire comme archevêque; mais je crois que le roi d'Espagne ne doit point s'en mêler.

« J'avois résolu, sur la lettre que don Antonio l'billa avoit écrite, d'envoyer l'intendant de Guyenne à Bayonne et de faire demander à la fille du duc de Monteleon quels étoient ses sentiments à l'égard de son mariage. Ubilla demandoit, de la part du roi son maître, que cette interrogation lui fût faite lorsqu'elle seroit dans mon royaume. Je ne vois plus qu'il en soit question, et, comme j'apprends qu'elle doit demeurer à Bayonne, si le roi d'Espagne souhaite qu'elle y soit interrogée, j'enverrai aussitôt mes ordres sur ce sujet'2 — »

M. de Tony au cardinal Porlocarrero'.

« Du 12 septembre 1701, à Marly.

« Monseigneur,

« J'ai reçu la lettre que Votre Éminence m'a fait l'honneur de m'écrire le 24 août, contenant ce qui s'est passé dans l'affaire du duc de Monteleon. Comme il s'agissoit plutôt de la discipline ecclésiastique observée en Espagne, que de l'autorité du roi catholique, il avoit paru au Boi qu'il n'étoit pas question de faire intervenir cette autorité dans une pareille conjoncture. La lettre de Votre Eminence, que j'ai lue à S. M., lui a fait voir que Votre Éminence avoit cru devoir agir comme archevêque de Tolède en suivant les règles établies en Espagne. Elle n'a pas besoin de conseil sur ce sujet, et elle sait mieux que personne ce qu'elle doit faire; mais il semble que le duc de Monteleon, étant fort attaché au service, du roi son maître, mérite que ces règles ne soient pas poussées à la dernière rigueur contre lui. Votre Éminence n'ignore pas combien elles sont différentes de celles qu'on observe en France pour

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