Écrit : Cavalchouela
2. Le mémoire justificatif du cardinal est conservé aux Affaires étrangères, vol. Espagne 92, fol. 261-20G. Son principal argument était qu'on lui avait remis le billet signé par Mlle Pignatelli.
3. Il s'appelait François de Eguaras y Pasquier, seigneur de Varillas et de Peùaflor, et était un ancien majordome de D. Juan, déjà venu à Paris en 1700 et reparti avec le jeune roi. Il fut reçu à Fontainebleau le 8 octobre 1701. (Gazelle, p. 100, de Madrid, H juillet; Journal de Dangeau, tome VIII, p. 210; Mémoire» du baron de lireteuil, ms. Arsenal 3861, p. 223-259.)
•i. Il s'appelait Pierre de Zuniga, devint lieutenant général, et épousa, eu I7i:>. l'héritière du duché de !Najera. Il tit une mission à Paris en 1707.
nera tout ce qui lui sera nécessaire, car c'est un fort honnête homme aussi, cl qui a autant d'envie de servir; mais c'est une grande machine à remuer et à faire sortir de Madrid qu'un grand d'Espagne. On a dit a ce petit garçon ici qu'il alloit être en horreur à tous les ^ens de. sa elasse. ('/est le (ils de Honquillo qui l'a débauché, et ils se sont donné parole de ne se point quitter. Je vous assure qu'il mente votre protection et celle de tous les honnêtes gens, par le courage avec lequel il a conduit sa petite affaire; le goût qu'il sait (pie Mme la duchesse deBeauvillier a pour lui et l'attachement qu'il a pour elle lui donnent lieu d'espérer qu'il trouvera de la protection à la cour, et que l'on voudra bien le présenter au roi. (/est un bon exemple pour notre jeunesse, et je souhaite qu'il y en ait plusieurs autres qui l'imitent.
« Nous n'entendons point encore parler de. M. de Marcin ; mais M. Ducasse vient d'arriver.
■ Je suis, avec un profond respect,
" Monseigneur, « Votre très humble et très obéissant serviteur.
« Loijville. -
M. de Blécourt nu Roi'.
« A Madrid, le 15e août 1701 « Sire,
« 11 s'est passé ici une affaire qui fait assez de bruit pour que Votre Majesté en soit informée. Le duc de Monteleou avait deux tilles menines de la reine d'Espagne. Le marquis de Mortare, aussi menin, galantisa l'aînée, âgée de seize ans. Le duc, ne trouvant pas cela à propos, eut permission de la reine de renvoyer ses filles chez lui. Le marquis de Mortare, sans faire parler au père, ni à la mère, voulut se servir d'un usage que les gens d'Église ont établi en Espagne, fondé, disent-ils. sur le concile de Trente, qui est que, lorsque deux personnes se veulent marier, et n'importe à quel âge, le vicaire de la paroisse peut aller tirer la fille d'entre les bras du père et de la mère, pour la mettre en lieu tiers, et, si elle dit qu'elle veut épouser l'homme, on la marie contre le gré de ses parents. M. d'Harcourt, sachant la violence que ce jeune homme, qui n'a que dix-neuf ans, vouloit faire, en parla au cardinal et au président de Castille, qui trouvèrent à propos de le faire exiler. Ceci se passa peu de temps après l'arrivée du roi à Madrid, et il fut envoyé à Valladolid2. Depuis ce temps, le duc et la duchesse de Monteleon ont traité le mariage de leur fille avec le marquis de Westerloo3, de la maison de Mérode. On est tombé d'accord des articles, et les paroles données du consentement de la fille, et le mariage auroit
t. Dépôt des affaires étrangères, vol. Espagne 92, fol. 17*2. 2. Ci-dessus, p. 576, note 3. — 3. Il écrit : Westrelo.
été t'ait il y a longtemps, si le marquis de Westerloo avoit pu quitter un régiment qu'il a en Flandres, dans l'apparence de la guerre. Depuis peu, je ne sais par quelle raison, M. le cardinal a pris les intérêts de Mortare et a dit au duc de Monteleon qu'il falloit qu'il mit sa fille en liberté chez quelqu'une de ses parentes, pour savoir si elle vouloit épouser Mortare. Le duc lui répondit qu'il n'avoit personne à qui il put mieux confier sa fille qu'à sa femme, avec qui elle étoit ; que son mariage étoit t'ait avec Westerloo, et qu'il ne la vouloit pas marier à d'autres. Le duc, voyant bien qu'on le persécuteroit, s'en retourna à Tolède, et la duchesse me pria de demander permission au roi d'envoyer leur fille eu France. Le roi le permit, et on la fit partir le môme jour. Cinq jouis après, M. le cardinal envoya un ordre du roi au duc et à la duchesse, de représenter leur fille dans douze heures. Us répondirent qu'il n'étoit pas en leur pouvoir d'obéir, qu'elle devoit arriver ce jourlà à Pampelune. Le jour suivant, M. le cardinal fit donner un ordre du roi pour que la duchesse se tînt prisonnière chez elle. J'avois cependant fait avertir, le matin, le cardinal que le duc et la duchesse n'avoient aucun tort, le roi catholique ayant permis qu'ils envoyassent leur fille hors d'Espagne. M. d'Harcourt, ayant su ce procédé, dit à M. de Louville, qui l'étoit allé voir, de dire au roi catholique qu'il le supplioit d'envoyer dans le moment dire à la duchesse qu'il la mettoit en liberté. Dans le temps que lui et moi allions parler à S. M., je sus, en entrant, dans l'appartement du roi, que le cardinal avoit fait donner un autre ordre, qui devoit partir la nuit, pour qu'un capitaine, avec trente maîtres, allât à Tolède prendre prisonnier le duc de Monteleon et le mener bien sûrement au château de Grenade, où il devoit être gardé à vue par huit hommes, le tout à ses dépens. Nous crûmes qu'il n'étoit pas de l'intérêt du roi que cet ordre si sévère s'exécutât. Nous lui représentâmes que le duc et la duchesse n'avoient aucun tort. Je suppliai S. M. de se souvenir qu'il leur avoit donné permission d'envoyer leur fille en Fiance; qu'ils n'avoient pas désobéi, n'étant pas dans leur possible de représenter leur tille en douze heures, qui étoit à cinquante lieues de Madrid; que d'ailleurs il n'étoit pas juste défaire dépareilles violences aux père et mère; que, si cet ordre s'exécutoit, cela aliénerait l'affection de tous les plus grands seigneurs d'Italie pour S. M., qui sont tous parents du duc de Monteleon ; qu'elle avoit besoin de l'affection de ses sujets. Enfin le roi envoya ordre au cardinal de révoquer le premier ordre, et dit le lendemain, au despacho, la permission qu'il avoit donnée. M. d'Harcourt approuva le lendemain ce que nous avions fait. Le même jour, Ubilla m'envoya dire qu'il avoit à me parler de la part du roi ; il me dit, de la part du cardinal et du président, qu'il falloit que le duc lit revenir sa fille, pour savoir si elle vouloit épouser le marquis de Mortare. Je lui dis que cela ne me regardoit pas; que le roi catholique avoit permis que la fille sortit d'Espagne, et que je doutois que Votre Majesté donnât permission qu'on fit cette violence au père et à la mère, leur fille étant en France. Ce lendemain, le cardinal m'envova
chercher, me <lil à peu près la même chose qu'Ubilla, et je lui répondis presque de même. M. le cardinal alla de là au detpacho, et voulut obliger le roi de donner un décret pour que le duc lit revenir sa fille : ce que S. M. refusa. J'ai tout conté à M. d'Harcourt, qui trouve que c'est une violence extrême, qu'il croit que Votre Majesté n'approuve pas. La fille doit attendre à Bayonne que le marquis de Westerloo y aille l'épouser.
« Voilà, Sire, le détail au vrai de cette affaire....
« BlXCOlRT. ■
Le Roi au duc d'Harcourt '.
<- -21 août 1701*.
« Mon cousin,
« S'il en avoit usé de cette manière (c'est-à-dire si le roi d'Espagne
avoit fait réflexion avant de signer ce qu'où lui présentoit) à L'égard de l'affaire du duc de Monteleou, il ne serait pas dans l'embarras où elle le met présentement. 11 me paroit que le mieux qu'il puisse faire pour en sortir est de déclarer qu'il ne prétend pas s'en mêler, et qu'il laisse au cardinal Portocarrero la liberté de soutenir ses droits comme archevêque de Tolède. A la vérité, le cardinal aurait mieux fait de ne point troubler un mariage conclu, et dont le contrat avoit été signé par le père et la mère de la fille ; mais, sur toutes choses, il ne devoit pas faire intervenir l'autorité royale dans une pareille affaire. 11 y a déjà quelque temps que le marquis de Westerloo m'a fait demander mon agrément pour ce mariage. 11 m'en a écrit ensuite, et au roi d'Espagne3.... »
Le Roi au duc d'Harcourt.
« 28 août 1701 4.
« Mon cousin,
« Vous aurez vu, par ma lettre du 2\ de ce mois, que je croyois qu'il suffirait, pour débarrasser le roi d'Espagne de l'engagement qu'on