LES LIBELLES CONTRE MADAME HENRIETTE
qui eût subsisté de près de trois cents rapportés par lui dans ses poches et sous sa soutane1. Madame avait brûlé celui que le Roi lui avait remis, et Cosnac lui-même se promettait bien de détruire, avant sa mort, celui qu'il avait gardé en sa possession.
On remarquera d'ailleurs que les deux contemporains ne s'accordent pas sur le titre. Au dire de l'abbé de Choisy2, le livre dont M. de Louvois eut le premier exemplaire s'appelait les Amours du Palais-Royal, « histoire merveilleusement bien écrite, où Madame se trouvoit cruellement traitée, et la prétendue passion qu'on l'aecusoit d'avoir eue inutilement pour le Roi y étoit tout au long. » Or, le pamphlet hollandais de 1667 intitulé : Histoire du Palais-Royal, que nous connaissons tous, roule sur les amours de Louis XIV et de Mlle de la Vallière, tandis que Madame et le comte de Guiche y tiennent très peu de place. Dans les réimpressions faites par M. Charles Livet, une très mince plaquette intitulée : Histoire de l'amour feinte du Roi pour Madame, semblerait répondre à la seconde partie du signalement tracé par Choisy; niais, d'autre part, dans la première version des Mémoires de Cosnac (tome I, p. 317-32*2), le titre est : les Amours île Madame et du comte de Guiche, et correspond plus exactement au texte dont j'ai indiqué à la page précédente les types manuscrits et imprimés.
Du reste, la question n'a un peu d'importance qu'au point de vue bibliographique, toutes ces productions, quel qu'en soit le titre, se valant, ou plutôt ne valant pas plus les unes que les autres, tantôt fades et amphigouriques, tantôt lourdement obscènes, sans offrir aucun intérêt réel ni pour l'histoire, ni pour la littérature.
Un fait cependant ne doit pas être omis dans notre commentaire : c'est que, tandis que Saint-Simon, comme l'abbé de Choisy avant lui, fait faire par Cosnac en personne l'expédition de Hollande3, Cosnac dit, dans ses propres Mémoires (tome I, p. 317), qu'il y envoya à sa place Charles Patin, fils du médecin ; et en elfet ce Patin fut poursuivi, en mars 1666, comme détenteur de plusieurs exemplaires du libelle. Sur ce point, les documents publiés par feu M. François Ravaisson, dans le tome VII des Archives de la Pastille, en 1874 (p. 202-209), jettent une lumière toute nouvelle. On y voit, sans que le nom de Cosnac paraisse nulle part, que Charles Patin s'engagea vis-à-vis de Monsieur et de Madame à aller en Hollande pour « retirer tous les exemplaires du roman scandaleux des amours de cette princesse, » et que ce livre avait pour titre : Histoire
1. Quoique ces libelles se publiassent en petit format in-18, et qu'ils fussent probablement en feuilles, il lui eût été bien difficile d'en porter trois cents. D'ailleurs, lui-même ne donne pas ce détail, mais parle de dix-huit cents exemplaires rapportés de Hollande par son agent. Voyez les observations faites, il y a cent ans, par Anquclil, dans le tome I de Louis XIV, sa cour cl le Régent, \>. 148-154. Anquetil n'avait connu que les récits de Mademoiselle, de l'abbé de Choisy et de Rcboulet.
•2. Édition Lescure, tome II, p. 03.