‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 476 sur 548 · Ci-dessus, p · texte numérisé non relu

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du comte de Guiche; que, déjà, sur la dénonciation de Dénie! Elzevier, les magistrats d'Amsterdam en avaient fait détruire trois cents exemplaires, et autant de l'Histoire du Palais-Royal, mais qu'il continuait à s'en vendre partout *. Un an plus tard, le secrétaire de Colbcrt do Croissy, alors notre ambassadeur en Angleterre, parvint à supprimer entièrement une Histoire de Madame qui s'imprimait à Utrecht. Puis la cour d'Angleterre, avisée et aidée par Elzevier, fit brûler les exemplaires d'une Vie de Madame; elle obtint même du corps de ville d'Amsterdam une défense expresse d'imprimer ou vendre de pareils ouvrages, et cette prohibition fut étendue à toute la Hollande par les États; mais le commerce en resta très actif en Allemagne, à Liège, à Genève, à Cologne, à Leipzig. Voici la liste des livres proscrits en bloc par les États-Généraux : l'Histoire amoureuse des Gaules, l'Histoire du Palais-Royal, Y Histoire du comte de. Guiche (tant en flamand qu'en français), une Relation de Mme de Savoie, une Vie de Mme de. Rrancas, une Lettre de Mme de V au jour s (la Vallière), la Déroule des filles de joie, la Comédie galante de Russy, l'École des filles, la Pulana errante, le Parnasse satyrique, le Cabinet satyrique, la Lupanie, et enfin les Mémoires des dames galantes de Brantôme. Pour en revenir à Charles Patin et à sa mission, je dois dire que l'éditeur des Archives de la Pastille, fort libre toujours dans son appréciation des personnages qui venaient à tomber sous sa main, a suspecté Cosnac d'avoir pris ce substitut pour faire le voyage en Hollande et la recherche des libelles, tâche qui était mieux à la portée du jeune médecin, et d'avoir cependant gardé tout ou partie des deux mille pistoles affectées par Madame à cette opération. Au contraire, Cosnac se plaint longuement d'avoir fait l'expédition à ses propres dépens et dépensé plus de deux cents louis, mais affecte, en fin de compte, de se tenir pour bien payé par « le gré que Madame lui témoigna. » Quant à l'infidèle commissionnaire, il commit la maladresse de conserver par-devers lui un certain nombre d'exemplaires de l'Histoire amoureuse des Gaules, soit pour sa propre curiosité, soit pour en faire commerce *, et, dénoncé par des libraires jaloux, peut-être aussi poursuivi par la rancune de Colbert, il n'eut que le temps de passer à l'étranger, fut condamné par contumace aux galères à perpétuité, ne revint plus en France, alors même qu'on lui eut fait remise de sa peine, et mourut en 1694 à Padoue, où il professait la médecine 3.

1. M. de la Ueynie fournit alors un intéressant mémoire sur cette industrie internationale : Archives de la Bastille, tome VII, p. 219-221. Mazarin, Pomponne et Lionne avaient en vain essayé de faire sévir contre ces gazetiers dont les « licences de harengères faisaient l'entretien des chariots et des bateaux. » (Jean de Witt, par M. Ant. Lefèvre-Pontalis, tomes I, p. 20 et '288, et II, p. 107.)

2. Peut-être même avait-il fait faire quelque impression : Archives de la Bastille, tome V, p. 215 et 220-228.

3. Lettres de Guy Patin, éd. Réveillé-Parise, tome III, p. 073-675, 082, 707, 780, 782 et 791. Guy Patin parle de l'Histoire galante de lu cour, < qui sont de pelils libelles plus dignes de mépris que de colère. ■>

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