‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 483 sur 548 · LE MARÉCHAL DE TOURVILLE · texte numérisé non relu

LE MARÉCHAL DE TOURVILLE

(Fragment inédit de Saint-Simon2.)

La protection de Colbert, surtout celle de Scignelay, avaient beaucoup aidé à la fortune du maréchal (Éz. Spanheim, Relation delà cour de Fiance, p. 56-i), et H. de Luyncs raconte, d'après des souvenirs dignes de foi (Mémoires, tome X, p. 382-384 3), qu'il avait gagné celle de Scignelay par des services d'une nature peu honorable; mais, à la mort de ce protecteur, se sentant alors menacé par l'opinion publique (voyez notre tome I, p. 537), il avait voulu, selon l'expression des Annales de la cour (tome II, p. 47), montrer qu'il « avait du sang aux ongles » et gagner la confiance du Roi (Sourches, tomes III, p. 297, 325 et 491, et IV, p. 146); c'est peut-être ce qui le porta, en 1G92, à obéir à des ordres qu'il jugeait cependant intempestifs, et à livrer cette imprudente bataille de la Hougue, qui, du reste, tourna à son profit comme à son honneur, malgré la défaite : voyez notre tome I, appendice VIII. On a raconté (le P. Brotier, Paroles mémorables, p. 202) qu'à la nouvelle du désastre, Louis XIV demanda : « Tourville est-il sauvé? car, pour des vaisseaux, on en peut trouver, mais on ne trouveroit pas aisément un officier comme lui ; » et que, le voyant un jour passer, il s'écria : « Voilà un homme qui m'a obéi à la Hougue! » Un très curieux « caractère » du maréchal-amiral (Appendice de la Relation de Spanheim, p. 403-404) dit que son élévation au maréchalat, un an après la Hougue, le surprit plus que personne, — ce qui s'accorderait avec la modestie dont parle notre auteur, s'il n'entendait surtout, par ce mot de modestie, louer la déférence héréditaire que Tourville lui marquait, comme à un duc et pair fils du bienfaiteur de sa maison (tome I, p. 116 et 166, et ci-après, p. 611). Mais le caractère ajoute qu'après avoir rendu un premier hommage à la générosité du maître, à son indulgence, Tourville en arriva bientôt à considérer cette nomination comme une preuve de rare discernement, et par se persuader de très bonne foi « qu'il était héros. » Et il termine en ces termes : « C'est un bon matelot, un bon pilote, un brave homme4. » Le musée de Versailles ne possède de lui aucun portrait du temps. Les Mémoires du maréchal de Tourville, vice

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