‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 485 sur 548 · LE COMTE DE TOORVILLE · texte numérisé non relu

LE COMTE DE TOORVILLE

1089. Vice-amiral de France.

« C'étoit un très grand homme, blond, bien fait, froid, toujours bien mis, toujours galant, toujours amoureux, avec un air imbécile et des discours qui ne s'en éloignoient pas beaucoup. Avec cela, toute la probité, tout l'honneur, et la plus fine et simple valeur; né pour la mer et pour la guerre; le plus habile constructeur, le plus grand charpentier, le plus industrieux en signaux, le plus rare pilote, le plus plein de ressources pour tout ce qui pouvoit arriver à la mer à son vaisseau et à ceux des autres, le plus sûr connoisseur des vaisseaux étrangers, et un homme de toute sorte de prévoyance. Il avoit de plus un discernement exquis, un coup d'œil exact et juste, qui, pour attaquer ou pour éviter, ou dans un combat, lui montrait tout comme dans un miroir et lui faisoit tout ordonner et tout faire à temps, à point, avec une précision admirable et un sang-froid dont le plus grand péril étoit incapable de le tirer. Maitre en toutes sortes de manœuvres, à juger du vent, de la mer, du temps, et à en tirer tous les avantages possibles. En un mot, de l'aveu des Anglois et des Hollandois, le plus grand homme de mer et le plus accompli en toutes ses parties qui ait paru depuis deux siècles. En même temps, bon, doux, modeste au dernier point, couvrant les fautes, exaltant les actions des autres, leur rendant pleine justice et honneur, et au delà, et, depuis le mousse jusqu'à l'officier général, également respecté, estimé et adoré dans la marine, dont il parloit mieux qu'homme du monde. Excellent pour les projets, pour les arrangements, pour l'ordre, pour l'exécution, et toujours voyant distinctement où les choses pouvoient aller. Et cet homme, si grand, si unique pour son métier, hors de là n'étoit plus rien. Grand canonnier, grand artificier, entendu en fontes, et aussi bon dans un chantier et dans un port qu'à la mer, et connoissant la force et l'usage de tout ce qui compose un vaisseau jusqu'au dernier agrès et jusqu'aux plus petites parties, avec toutes leurs combinaisons, et ce qui en devoit résulter. Il avoit de plus une expérience consommée par tant de navigations qu'il avoit faites cl le grand nombre d'actions où il s'étoit trouvé, et dans le plus grand nombre desquelles il avoit eu grand part ou avoit commandé1.

de tout cela ne s'accorde avec les dires des contemporains bien informés; particulièrement sur la fortune, Dangeau dit que le maréchal, « cadet d'une maison qui n'étoit pas riche, n'avoit amassé aucun bien, et laissa un fils fort, jeune e't fort pauvre. » Le Roi donna quatre mille livres de pension à ce fils, et deux mille à sa sieur.

I. Ce qui va suivre est la paraphrase réduite de l'article de Tourville dans l' Histoire généalogigue, Maréchaux de France, tome VII, p. (127-6*28.

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