‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 486 sur 548 · LE MARÉCHAL DE TOUR VILLE · texte numérisé non relu

LE MARÉCHAL DE TOUR VILLE

• Il fut d'abord chevalier de Malte, so dévoua au service do mer, et quitta bientôt la croix. 11 se distingua d'abord en un combat de galère a galère, et il soutint seul, sur un vaisseau armé en course, l'effort de sis vaisseaux d'Alger, huit heures durant. Il résista1, dans le Port-Dauphin, près de l'île de Chio, à trente-six galères, qui furent obligées de se retirer fort maltraitées. Il fut, en 1669, capitaine de vaisseau en premier, et se trouva à presque toutes les batailles navales qui se donnèrent de son temps, et en une infinité de combats et d'actions particulières2. Il fut chef d'escadre en 1677, et lieutenant général en 168*2. Il étoit au bombardement de Gênes en 1684, et fut le premier qui, au débarquement, força l'épée à la main les retranchements. En 1685, il bombarda Alger, se lit rendre un prodigieux nombre d'esclaves chrétiens3 de toutes nations, et força ces barbares à la paix.' En 1688, il contraignit le pavillon d'Espagne à saluer celui de France, malgré toute la résistance du commandant, plus fort que lui en canon et en équipage. En 1689, il entra dans Brest avec vingt vaisseaux, en présence et malgré les flottes unies d'Angleterre et de Hollande, et, ayant eu incontinent après le commandement de celle de France, obligea les deux autres à se retirer.

« La même année 1689, en octobre, il fut vice-amiral du Levant; le maréchal d'Estrées 1 'étoit du Ponant4. En 1690, 10 juillet, il gagna la bataille de Beveziers, dans la Manche, et y défit les flottes angloise et hollandoise. En 1691, il commanda encore l'armée navale. Celles5 des Anglois et des Hollandois, jointes, faisoient le triple de la sienne0. Le Roi, prévenu par le roi Jacques d'Angleterre, qui comptoit sur la défection de plus des trois quarts de l'angloise en sa faveur, s'opiniâtra, contre toutes les représentations deTourville, à vouloir qu'il les attaquât dans la Manche, où, en cas de malheur, il n'avoit ni port ni retraite. 11 le représenta, il maintint que le roi d'Angleterre étoit trompé ; enfin il protesta que ce pouvoit être la perte entière de la marine, et voulut un ordre du Roi par écrit. Il l'eut, et il obéit, et il se soutint onze heures durant, avec quarante-quatre vaisseaux contre quatre-vingt-dix ennemis, auxquels il fit de grands ravages, et se seroit encore retiré sans perte, sans les vents contraires, qui dispersèrent ses vaisseaux et en firent

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