‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 509 sur 548 · Caractères de la cour · texte numérisé non relu

Caractères de la cour

« Feu M. le due d'Orléans ô toit un assez bon prince, qui no fyi-<>ii ni bien ni mal. 11 aimoit le peuple, dont il étoit plus aimé qu'estimé. Il avoit les deux tiers de la hauteur de son frère, c'est-à-dire de fort petite taille, mais très grosse. 11 portoit une perruque noire; son ne/, et le vermeil artificiel de ses joues déroboient presque le reste de son visage. Il ne paroissoit pas approuver le pouvoir despotique, ni la persécution qu'on faisoit aux religionnaires, dont il ne parloit jamais. Il ne manquoit pas de bravoure, comme il le fit voir à Mont-Cassel. Il avoit assez d'esprit ; mais il l'eroployoit en minuties, peut-être faute d'occasion de le faire valoir ailleurs. Il savoit mieux que personne le cérémonial. 11 se reposoit du soin des affaires de l'État sur ceux qui en étoient chargés, sans se soucier des événements. Il n'avoit jamais assez d'appartements, quoiqu'il n'y en eût pas la moitié de meublés. Il étoit prodigue sans avoir le moyen d'être libéral. Jamais homme n'a été plus idolâtre de soi-même qu'il l'étoit. Il avoit beaucoup de vanité; charmé de pouvoir, en venant de Versailles ou de Saint-Cloud, arriver à Paris au son des timbales. Le chevalier de Lorraine régloit tout chez lui d'une manière déréglée. Sa tendresse n'étoit pas pour les dames, dont la galanterie lui paroissoit trop commune, quoiqu'il en affectât les manières en plusieurs rencontres, car sa toilette ressembloit plus à la leur qu'à celle d'un général d'armée5. »

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