Comparez la Relation de Spanheim, p. Sa
3. Correspondance de Madame, recueil Brunet, tomel, p. '204, SjanvierlTIG. Comparez tome I, p. 257, et tome II, p. 21 et 210.
(Fragment inédit de Saint-Simon-.)
■ Le Marquis d'Effiat, Antoine Coiffier, dit Ruzé, premier écuyerde Monsieur et présenté pur lui pour être chevalier de l'Ordre. Il étoit aussi son premier veneur et gouverneur et capitaine de Montargis, et sa femme, qui étoit Olivier de Leuville, mourut gouvernante de ses enfants. On a vu sa famille jusqu'à lui, p. 97 3, à propos du maréchal d'Effiat, son grand-père, chevalier de l'Ordre en 1625. 11 ne reste donc plus qu'à parler de lui.
« Ce fut lui qui, pour ainsi dire, versa le poison à la première femme de Monsieur. Le goût passionné de ce prince pour le chevalier de Lorraine et l'audace de ce favori l'avoient tellement outrée, qu'elle obtint du Roi, sur qui elle pouvoit beaucoup, de chasser le mignon et de faire en sorte qu'elle n'y parût pour rien. Monsieur fit les hauts cris, s'en alla à Villcrs-Cotterets, y voulut demeurer, et ne revint qu'après toutes les peines du monde, bouda toujours le Roi, traita mal Madame, se doutant bien d'où partoit le coup : en un mot, il fut impossible de le consoler, ni de le rendre raisonnable. Le chevalier de Lorraine s'alla promener en Italie, et, de Rome, fit tenir le poison par un exprès au marquis d'Effiat, son ami et son confident. Le paquet reçu, la question fut d'en faire usage. Madame étoit à Saint-Cloud avec Monsieur, et, toutes les après-dîner, sur les six heures, buvoit un verre d'eau de chicorée. Cette eau se mettoit dans un pot dans une armoire d'une des antichambres, et se trouvoit là, de bonne heure, toute prête à lui présenter; et dans la même armoire, il y avoit de l'eau et d'autres pots. Les plus grands sont souvent les plus mal servis : soit négligence, soit confiance ou usage, cette armoire ne se fermoit point, c'est-à-dire qu'elle la paroissoit, parce qu'elle n'étoit pas ouverte, mais il n'y avoit qu'à tirer la porte à soi; et cette antichambre d'ailleurs n'étoit que passante, et personne ne s'y tenoit. D'Effiat avoit bien remarqué toutes ces circonstances : il prend son temps un peu avant le moment de la boisson, arrive, va à l'armoire, l'ouvre, avise bien le pot à l'eau de chicorée, ne se méprend pas, et y jette son poison. Comme il venoit d'achever, et