‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 517 sur 548 · Dernière rédaction : ci-dessus, p · texte numérisé non relu

Dernière rédaction : ci-dessus, p

6. Mémoires de Daniel de Comme, tome I, p. 407 et 4 14, lettres de Madame, 26 mars et 14 avril 1G70 : « Monsieur croit le petit Marsan et le chevalier de Beuvron, sans compter la fausse capacité du marquis de Villeroy. — Ses amis et son conseil présent est M. de Marsan, le marquis de Villeroy et le chevalier de Beuvron. » Ils conseillaient à leur maître de mal vivre avec sa femme pour obtenir le retour du chevalier de Lorraine.

7. « Le premier des Beuvrons et le dernier des hommes, » est- il dit dans les ana du recueil de Gaignières : ms. Nouv. acq. fr. 452!», p. 8. Il y a dans les Mémoires de Mademoiselle, au milieu de détails sur les projets de la marier avec Monsieur tout de suite après la mort de Madame (tome IV, p. 157, 158, 161, I65-16G), une longue conversation avec Beuvron, où celui-ci explique cyniquement à la princesse comment il est en communauté d'intérêts avec le chevalier de Lorraine pour préférer ce mariage à tout autre. Elle le qualifie « un des favoris » de Monsieur.

8. La meilleure amie de la seconde femme de Monsieur, avec la comtesse de Beuvron: ci-dessus, p. 364-366. On verra tout à l'heure que notre récit peut venir d'elle.

menti1, et, en somme, notre auteur est le seul qui paraisse avoir associé Beuvron aux deux « mignons » pour la conception, la préparation et l'exécution du complot atroce dont le seul but eût été de faire rentrer en grâce le chevalier de Lorraine. Si, dans deux textes*, il dit seulement que Beuvron fut « fort accusé, » ou « plus que soupçonné, » dans les autres, notamment dans le récit de l'année 1701, dans l'Addition et dans la notice sur d'Effiat3, il l'accuse formellement, et, par la suite, il renverra deux fois encore à ce récit, lorsque le nom du personnage reviendra sous sa plume4. Il a même agrémenté cette accusation, dans une des Additions placées ci-dessus", d'un tableau de visions provoquées par le remords.

Aucun des contemporains de Madame qui ont cru à l'empoisonnement, aucun même de ceux dont nous verrons que notre auteur a suivi la version, ne prononce le nom de Beuvron, pas plus d'ailleurs que les noms des deux autres membres avoués de la « rabale, » Villeroy et Marsan6. Jaloux de l'élévation des d'Harcourt comme de la prospérité

1. Lettres de Mme de Sévigné, tome IV, p. 504 et 506-507. Ces deux lettres n'ont été connues qu'en 1754.

2. Additions au Journal de Dangeau, tome VIII, p. 328, et n° 386, cidessus, p. 404.

3. Pi" 385, ci dessus, p. 403, et appendice XXVI, p. 632. En ce dernier endroit, il n'aurait été que « nommé en tiers du secret de ce crime. »

4. Notamment au tome IX (p. 60), où il dit, à propos du chevalier de Lorraine : « 11 fut accusé de la mort de Madame, qui l'avoit fait exiler, et à qui ni lui ni Monsieur ne le pardonnèrent point, et le marquis d'Effiat et le comte de Beuvron furent chassés pour leur part dont on les accusa. Le chevalier de Lorraine passa son exil en Italie et à Rome, d'où on prétend qu'il envoya le poison au marquis d'Effiat. »

6. C'est par suite d'un penchant manifeste à voir partout des empoisonneurs que feu François Ravaisson, dans ses Archives de la Bastille [tome IV, p. 32, note 2), a fait de M. de Marsan un complice de la mort de Madame. Il ne quitta la cour qu'au milieu d'avril 1670, en écrivant une lettre d'excuse au Roi (il n'était donc point exilé avec son camarade Villeroy, comme le dit le Siècle de Louis XIV, p. 496, et sa lettre du 15 août 1670, à Colbert, datée d'Arles, le contredit formellement), pour rejoindre son frère le chevalier et aller avec lui à Rome. De là, il demanda tout aussitôt à rentrer et à reprendre duservice (15 juillet 1670): refusé sans doute, alors qu'il était déjà revenu en Provence, il retourna voyager en Italie, et il se trouvait de nouveau à Rome lors du passage de Seignelay en 1671, fort à court de ressources et réclamant à grands cris un emploi dans les armées. Ses lettres au Roi et à Colbert ont été publiées par Fr. Ravaisson, dans le même volume, p. 32- 33, 41-42, 44-45, 54 et 57, et on en trouve une autre (ms. Mélanges de Colbert 157, fol. 178), datée de Rome, 4 août 1671, où il demandait à acheter la charge de premier écuyer vacante par la mort de Montlouct. 11 y avait eu sans doute une disgrâce, mais qui s'explique parce seul fait que M. de Marsan aurait appuyé son frère auprès de Monsieur, lorsqu'il portait le trouble dans la maison, étant d'ailleurs lui-même un intrigant dangereux, qui se lit plusieurs fois punir dépareille manière, mais qui savait toujours se tirer

des Lorrains1 et trouvant sa belle pour englober les uns et les autres (huis une même accusation, n'ayant pas d'ailleurs connu le chevalier de Beuvron-, Saint-Simon ne se sera t'ait aucun scrupule de transformer en verdict définitif et acquis à l'histoire le bruit calomnieux dont il nous reste un éebo fugitif dans la lettre de Mme de Sévigné3 ; mais son récita été adopté tel quel par Michelet, et celui-ci l'a même aggravé, dirons-nous, en taisant du chevalier de Beuvron un certain o Beauveau (sic), écuyer de Madame4. »

Comment d'ailleurs concilier une si horrible accusation avec ce caractère « liant et doux » dont a parlé Saint-Simon lui-même quelques lignes plus haut5? Et, d'autre part, il dit Beuvron étroitement lié avec le chevalier de Lorraine ; cependant d'autres contemporains nous représentent ce comte et sa femme, plus tard il est vrai, en WH"!, comme de grands ennemis du même chevalier et des serviteurs tout dévoués de la seconde femme de Monsieur, celle qui leur valut alors tant de faveurs du Roi0.

Sur le chapitre des agents secondaires, voici encore une erreur manifeste. Saint-Simon ne nomme pas l'exprès qui apporta d'Italie un « poison sûr et prompt » sans « savoir peut-être ce qu'il portoit7; » mais nous en avons le nom dans deux autres versions de Madame Palatine et de Roger de (iaignières qui paraissent avoir une origine commune avec la sienne8, et ce nom, c'est précisément celui qui n'est prononcé qu'incidemment à la dernière ligne de son récit, c'est ce Morel de Volonne qui aurait succédé, « sur la fin de 1674, » à Claude Bonneau, sieur de Purnon, comme premier maître d'hôtel de Madame.

11 ne connaissait pas davantage, lors de la rédaction des Additions, puis des Mémoires, quel était le nom de l'homme mis « dans le secret parla confidence intime où, dans son bas étage, il étoit avec d'Effiat. >• Ce n'est qu'après coup, en faisant une dernière revision des Mémoires et y posant les manchettes, qu'il a rempli du nom de Purnon, premier maître d'hôtel de Madame9, le blanc laissé par lui sur son manuscrit, en même temps qu'il ajoutait à la suite du dernier paragraphe de son

d'affaire et n'était point sans bonnes qualités. Voyez ci-dessus, p. v28fi, notes 2 et 3. Quant à Villcroy (ci-dessus, p. 20',), note 2), il jouait plutôt le rôle de conciliateur dans les querelles d'intérieur.

1. Il reprochera surtout au duc d'Harcourt, neveu de Beuvron, d'avoir été l'adversaire de ses plus intimes amis, Beauvillier, Chevreuse, Torcy.

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