Tome VII, p. 215 et
5. Philippe V écrivait à son ancien gouverneur, le 17 mars : « Je suis en inquiétude de votre santé, car on m'a dit que votre incommodité étoit augmentée. Je vous prie de me. mander comment vous vous trouvez présentement. J'espère que ce ne sera rien, et que je vous reverrai, dans peu d'années, en bonne santé. Pour moi, je me porte fort bien, et je suis toujours le même à votre égard. » (Correspondance conservée au château de Saint-Aignan.)
6. Adrien Helvétius, né à la Haye vers 1661, fils d'un médecin spagirique, était médecin par quartier de Monsieur. 11 resta au service du duc d'Orléans, devint inspecteur général des hôpitaux de Flandres vers 1710, médecin ordinaire du Roi en 1716, fut anobli en 1724, et eut le titre de médecin consultant et à la suite du Roi de 1721 à 1726. 11 mourut le 20 février 1727, à soixante-cinq ans, laissant un fils qui devint premier médecin de la reine Marie Leszczynska, et un petit-fils qui fut l'un des chefs de la secte philosophique.
Ici, Agitait, qui est encore la prononciation locale.
partoil lui-même le lendemain avec Helvétius1. C'étoit un gros Hollandois qui, pour n'avoir pas pris les degrés de médecine"2, étoit l'aversion des médecins, et en particulier l'horreur de Fagon, dont le crédit étoit extrême auprès du Roi, et la tyrannie pareille sur la médecine et sur ceux qui avoient le malheur d'en avoir besoin. Cela s'appeloit donc un empirique3 dans leur langage, qui ne méritoit que mépris et persécution, et qui attiroit la disgrâce, la colère et les mauvais offices de Fagon sur qui s'en servoit*. 11 y avoit pourtant longtemps qu'Helvétius étoit à Paris3, guérissant beaucoup de gens rebutés ou abandonnés des médecins", et surtout les pauvres, qu'il
1. On doit faire remarquer qu'il avait raconté encore plus longuement cette anecdote dans une grande Addition sur M. de Beauvillicr (tome XV du Journal de Dangeau, p. 228-230), mais que, là, il ne disait mot de son intervention personnelle : « Le mal de M. de Beauvillier augmenta si fort, qu'il pensa n'arriver jamais chez lui à Saint-Aignan, qui ne l'éloignoit pas de la route ; mais on l'y crut sans ressource, et, sur les nouvelles qu'on en avoit eues souvent auparavant, Fagon l'avoit condamné. Dans cette extrémité, M. de Chevreuse mena Helvétius en poste à Saint- Aignan : ils le trouvèrent presque sans espérance. Helvétius donna son remède, le traita à son gré, et réussit si bien, qu'il le ramena guéri. »
2. Il n'était que docteur de la faculté de Reims, ayant fait ses études à Leyde : voyez son article dans le Dictionnaire de Jal, p. 575-576.
3. 11 écrit : empyrique, contrairement à l'orthographe de V Académie.
4. Comme pour Carretto (tome V, p. 177-181). Celui-ci n'était qu'un charlatan, vendeur d'eau claire en bouteilles, tandis que Brossette disait d' Helvétius : « C'est un guérisseur, qui n'est pas médecin. »
5. Dès son arrivée, il s'était fait naturaliser, en mars 1684, et avait épousé, le 3 août suivant, malgré ses parents, la veuve d'un capitaine de navire, qui lui avait déjà donné un enfant.
6. Voyez l'anuonce-réclame insérée dans la Gazette de Leyde, à la date du 7 septembre 1684. Les succès qu'il obtint d'abord sur le conseiller Chabannes, du parlement de Bordeaux, sur M. Brisacier, des Missions, sur la duchesse de Chaulnes, qui lui valut le patronage de Colbert et du P. de la Chaise, sur le marquis de Vardes, en 1688, puis sur la duchesse d'Uzès, en 1695, abandonnés l'un et l'autre de la faculté, firent beaucoup de bruit, encore que Vardes commit la faute de se laisser mourir entre ses mains (Sourckes, tomes II, p. loi, et IV, p. 440; Correspondance deBussy, tome VI, p. 158). On l'appelait alors le médecin
traitoit avec une grande charité; il en recevoit tous les jours chez lui à heure fixée, tant qu'il y en vouloit venir, à qui il fournissoit les remèdes, et souvent la nourriture. Il excelloit particulièrement aux dévoiements invétérés et aux dysenteries'. C'est à lui qu'on est redevable de l'usage et de la préparation diverse de l'ipécacuana 2 pour les divers genres de ces maladies, et le discernement encore de celles où ce spécifique n'est pas à temps, ou même n'est point propre3.
hollandais. Voyez les Papiers du P. Léonard, Arch. nat., M 759,5° volume des Auteurs, et MM 818, p. 191, et le dossier bleu 9120 du Cabinet des titres, fol. 7. Villars aussi se servit de lui avec succès, en 1701, quoiqu'on voulût l'en détourner (ses Mémoires, tome II, p. 5), et un médecin de Lyon, M. Humbert Mollière, vient de publier Un mot d'historique sur l'ipéca; le maréchal de Villars et la poudre d'Helvétius.
1. Saint-Simon écrit : dyssenterie ; mais l'autre orthographe, qui a récemment prévalu, était déjà préférée par V Académie, et on la trouve même dans la Gazette, années 1670, p. 789, 1676, p. 550 et 618, 1688, p. 566, etc.
2. Saint-Simon a écrit ici : epiquaquana, et ailleurs (tome VI de 1873, p. 304): hepiquecuana. — C'est la poudre extraite d'une racine d'Amérique appelée bejuquillo en espagnol. Selon certains auteurs, son emploi aurait été inauguré par le père d'Helvétius; mais les Mémoires de Trévoux en font honneur à un gentilhomme portugais qui la produisit lors de la dysenterie du Dauphin. Il est certain que l'ipécacuana était bien connu des droguistes de Paris, et employé par plusieurs méde cins; Helvétius ne fit qu'en régulariser l'usage : Savary, Dictionnaire du Commerce, éd. 1761, tome III, col. 451-454.
3. Le 15 juillet 1687, Helvétius obtint permission de le mettre en usage contre les dysenteries, et on lui livra, peu après, des malades de l'Hôtel-Dieu pour expérimenter le remède (Arch. nat., 01 31, fol. 136 v°, 137, 142 et 235). Les résultats furent bons: sur un rapport de d'Aquin, le 23 août 1688 (Arch. nat., G' 716, dossier du 7 octobre 1709), le Roi lui accorda le privilège de vendre son spécifique pendant quatre ans « pour guérir immanquablement et sans retour le flux de ventre, le flux de sang et la dysenterie. » Une note des Mémoires de Sourches (tome V, p. 208) prouve que bientôt le « remède d'Helvétius, » que le Livre commode de 1692 appelle « poudre émétique, » fut considéré comme souverain contre ces affections; mais il employait aussi, nous l'avons vu précisément à propos du duc de Beauvillier (tome VII, p. 346, note 2), l'écorcc de quinquina, sur laquelle il publia en 1694 une Méthode pour quérir les fièvres malignes. En 1705, il fit paraître aussi un Traité des maladies les plus fréquentes (c'était encore la dysenterie), et, dans les
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C'est ce qui donna' la vogue à Helvétius, qui d'ailleurs étoit un bon et honnête homme, homme de bien, droit et de bonne foi. Il étoit excellent encore pour les petites véroles et les autres maladies de venin2; d'ailleurs, médiocre médecin3. M. de Chevreuse dit au Roi la résolution qu'il prenoit. 11 l'approuva, et le rare est que Fagon même en fut bien aise, qui, dans une autre occasion, en seroit entré en furie ; mais, comme il étoit bien persuadé que M. de Beauvillierne pouvoit échapper et qu'il mourroit à Saint-Aignan, il fut ravi que ce fût entre les mains d'Helvétius, pour en triompher. Dieu merci, le contraire arriva. Helvétius le trouva au plus mal; en sept ou huit jours, il le mit en état de guérison certaine et de pouvoir s'en revenir'.
années suivantes, surtout en 1709, où le Royaume fut autant éprouvé par les maladies épidémiques que par la disette, on tit grand usage de ses « prises, » ainsi que le prouve la Correspondance des Contrôleurs généraux; néanmoins, le Roi refusa de créer pour lui une charge do commissaire ordonnateur et distributeur général des remèdes pour le< pauvres. Dans l'article chronologique que lui consacre le Mercure I février 17*27, p. 403), il est parlé des soins qu'il donnait aux indigent^.