Ici, l'encre et l'écriture changent
2. Louis de Brancas, troisième duc de Villars, né le 14 février 1663, tenu sur les fonts le 1er mars 1665, par le Roi et Mademoiselle, et devenu duc en octobre 1679, avait à peine passé sa dix-septième année lorsqu'il épousa, à Fontainebleau, le 5 juillet 1680 (ci-après, p. 103, note 5), Marie de Brancas, fille de son oncle paternel. Après s'être distingué sur la flotte de Du Quesne en août 1682 (Sourches, tome I, p. 140), il reçut le régiment nouveau de Luxembourg-infanterie en septembre 1684, mais fut forcé par sa mauvaise santé de le vendre en février 1691. Saint-Simon expliquera, en 1716, ce qu'était ce personnage, « roué, » débauché et prodigue, avec des alternatives de dévotion et d'expiations pieuses. C'est ainsi qu'il se retira à l'abbaye du Bec au milieu de la Régence et en pleine faveur (1721), puis en sortit après la mort de sa femme (1731), se remaria en 1738 avec une Clermont-Gallerande, entra néanmoins à l'Oratoire, et y mourut le 24 janvier 1739. Dès 1703, il a été obligé d'abandonner son bien à ses créanciers, ne se réservant que deux mille écus, et, en 1709, il passera le duché à son fils.
3. De est écrit deux fois en fin de ligne et au commencement de la ligne suivante.
4. Georges de Brancas, d'abord chevalier d'Oise, puis marquis de Villars, s'étant distingué en plusieurs occasions comme son frère aîné, qui suit, et en sa compagnie, lui succéda en 1595 au gouvernement du Havre, fut désigné chevalier des ordres en 1619, lieutenant général au gouvernement de Normandie en 1626, duc de Villars en septembre 1627, duc et pair en juillet 1652, et mourut à Maubec, le 23 janvier 1657, à quatre-vingt-neuf ou quatre-vingt-douze ans (Gazette, p. 117), sans avoir été reçu dans l'Ordre. On a un dessin lavé de son portrait dans le recueil des Pièces originales, vol. 491 , fol. 196. Il signait : Branquas Villartz.
5. André-Baptiste de Brancas, seigneur de Villars, second fils du baron d'Oise, ancien chevalier de Malte et fougueux ligueur, gouverneur du Havre depuis juin 1588, défendit Rouen contre Henri IV, puis lui rendit cette ville, en garda le gouvernement avec ceux du Havre et de Calais et la lieutenance générale de Normandie, succéda au maréchal de Biron, comme amiral de France, le 23 août 1594, ayant exercé cette charge pour la Ligue depuis décembre 1592, et reçut une promesse de l'Ordre, mais périt massacré par les Espagnols, près de Doullens, le 24 juillet 1595.
belle et fameuse Gabrielle et du premier maréchal-duc d'Estrées1. Le duc de Brancas avoit perdu son père et sa mère à seize ans, qui n'avoient jamais figuré2. Son oncle le comte de Brancas3 avoit fort paru à la cour et dans le monde, et parmi la meilleure, la plus galante et la plus spirituelle compagnie de son temps, et fort bien avec le Boi et les Beines4. Nous avons vu, en son lieu, qu'il fut encore mieux avec Mme Scarron, depuis la fameuse Mme de Maintenon, qui s'en souvint toute sa vie. Le comte de Brancas est encore célèbre pour ses prodigieuses distractions, que la Bruyère a immortalisées dans ses Caractères* .
1. Tome VII, p. 14. Georges de Brancas épousa, par contrat du 7 janvier 1597, Julienne-Hippolyte d'Estrées, fille du grand maître de l'artillerie et de Françoise Babou. Elle a une historiette, comme femme galante et effrontée, et comme « la plus grande escroqueuse du monde, » dans Tallemant des Réaux. Elle mourut à Maubec, en 1657, âgée de quatre-vingt-neuf ans. Ces époux, dit Tallemant, « ont mangé huit cent mille écus d'argent comptant et soixante mille livres de rente en fonds de terre, dont il n'en est resté que dix-sept qui étoient substituées. »
2. Louis-François de Brancas, second duc de Villars en 1657, servit pendant la Fronde comme maréchal de camp, et se maria : 1° le 26 décembre 1649 (contrat du 9 novembre : Arch. nat., Y 187, fol. 159 v°), avec Madeleine-Claire de Lenoncourt-Marolles, femme adroite, ambitieuse et voulant à toute force être duchesse, mais qui mourut sans postérité le 16 août 1661, âgée de quarante-huit ans; 2° le 22 avril 1662, avec Marie-Madeleine Girard de Villetaneuse, fille du procureur général en la Chambre des comptes, laquelle mourut le 20 avril 1674, laissant trois fils et une fille; 3° le 10 septembre 1678, avec Louise- Catherine-Angélique Fautereau de Maisnières, qui mourut à Paris le 11 février 1701, âgée de cinquante et un ans, et veuve depuis le mois d'octobre 1679. Le mari est ce « gobin ridicule de corps et d'esprit, bossu, quasi imbécile, et gueux par-dessus cela, » que Mme de Richelieu prétendit faire épouser à la veuve de Scarron en 1674.
3. Charles, comte de Brancas : tome VI, p. 74. Comparez un passage de la notice du duché d'ELBEUF, dans les Écrits inédits, tome VIII, p. 43.
4. Il s'était brillamment conduit à la guerre, particulièrement à Lens. Avant ce temps-là, il s'était attaché au parti de Gaston d'Orléans; plus tard, il fut un des pensionnaires de Foucquet. C'est sur la démission du duc d'Uzès qu'il devint chevalier d'honneur d'Anne d'Autriche en 1661; la prestation de serment eut lieu le 19 juin.
5. Œuvres de la Bruyère, tome II, p. 281-289. Il faut voir aussi
Il l'est encore par la singularité de sa retraite à Paris, au dehors des Carmélites, qu'il exhortoit à la grille depuis qu'il fut dans la dévotion, qui ne l'empêchoit pas de voir toujours bonne compagnie et de conserver du crédit à la cour1. Il avoit marié l'aînée de ses deux filles au prince d'Harcourt2. N'ayant pas grand chose à donner à l'autre, il jeta les yeux sur son neveu, qui étoit assez pauvre et encore plus abandonné, n'ayant que cet oncle qui en pût prendre soin ; il étoit plus jeune de plusieurs années que sa cousine : son oncle, partie par amitié, partie par autorité, l'engagea à l'épouser, et lui en fit même parler par le Roi3. A dix-sept ans et sans parents à qui avoir recours, il n'en faut pas tant pour paqueter4 un homme : il se maria malgré lui, en 1680, avec cent mille livres que le Roi donna à sa femme, et fort peu de son beau-père5,
une historiette de Tallemant des Réaux, tome II, p. 366-368, et plusieurs endroits de la correspondance de Mme de Sévigné, de Madame, de Bussy, etc. La comédie le Distrait a été faite par Regnard d'après le même type. Bussy et Madame prétendent cependant que cette distraction était outrée de parti pris, pour faire rire le Roi.
1. Il est fait allusion à cette singularité dans le passage indiqué plus haut de la notice Elbeuf. En qualité de dévot, Brancas passa pour être l'auteur des Réflexions sur la miséricorde de Dieu attribuées par d'autres à la duchesse de Longueville ou à Mlle de la Vallière ; et cependant, quand il avait à faire une oraison, la seule formule qu'il sût trouver était : « Seigneur, je suis votre très humble et très obéissant serviteur » (notes de Gaignières, ms. Clairambault 290, p. 507 et 527). Voyez ce que disent de lui et de sa femme, à propos de leur disgrâce de 1664, les Mémoires de Mme de Motteville, tome IV, p. 353-355.