‹ Memoires de Saint-Simon (volume 4)Chapitre 109 sur 556 · Le commencement d'eslranges surcharge mé[moires · texte numérisé non relu

Le commencement d'eslranges surcharge mé[moires

4. Ces mémoires ne sont pas de leur héros lui-même, mais du frère de sa femme, Antoine Hamilton. Madame, en ayant eu le manuscrit en 1712, et le prêtant à la duchesse de Hanovre, disait (recueil Jaeglé, tome II, p. 178) : « Si vous aviez connu comme nous le comte et la comtesse de Gramont, le livre vous eût amusée davantage encore. Le caractère des deux époux y est parfaitement bien rendu. » La première édition, celle que Saint-Simon avait dans sa bibliothèque, parut en 1713, sous la rubrique de Cologne et le titre de : Mémoires de la vie du comte de Gramont contenant particulièrement V histoire amoureuse de la cour d Angleterre sous le règne de Charles II. Duclos raconte ce qui suit, dans ses Notes et matériaux pour servir à l'histoire de Louis XIV (Œuvres, éd. 1821, tome III, p. 462) : « Le Gramont dont les Mémoires ont été écrits par Antoine Hamilton, son beau-frère, étoit un roué de la première classe, avec beaucoup d'esprit, et très mordant; il étoit redouté des ministres même, parce qu'il amusoit le Roi.... Ce fut lui qui vendit quinze cents livres le manuscrit où il étoit si clairement traité de fripon. Fontenelle, censeur de l'ouvrage, refusoit de l'approuver, par égard pour le comte de Gramont. Celui-ci s'en plaignit au Chancelier, à qui Fontenelle dit les raisons du refus d'approbation. Le comte de Gramont, moins délicat sur son honneur, et ne voulant pas perdre les quinze cents livres, força Fontenelle d'approuver pour l'impression. Je tiens le fait de Fontenelle lui-même. » Voltaire a dit de cet « étrange » livre : « Son héros n'a guère d'autre rôle que celui de friponner ses amis au jeu, d'être volé par son valet de chambre, et de dire quelques

qu'elle étoit Hamilton1, et comment il l'épousa en Angleterre. Elle avoit été belle et bien faite; elle en avoit conservé de grands restes, et la plus haute mine2. On ne3 pouvoit avoir plus d'esprit, et, malgré sa hauteur, plus d'agrément, plus de politesse, plus de choix. Elle l'avoit orné, elle avoit été dame du palais de la Reine, avoit '■ passé sa vie dans la meilleure compagnie de la cour, et toujours très bien avec le Roi, qui goûtoit son esprit*, et qu'elle avoit accoutumé à ses manières libres dans les particuliers de ses maîtresses. G'étoit une femme qui avoit eu ses galanteries5, mais qui n'avoit pas laissé de se respecter, et qui, ayant bec et ongles6, l'étoit fort à la cour,

prétendus bons mots sur les aventures des autres. » Mais tous les critiques ont reconnu chez Hamilton une ingénieuse habileté à faire valoir les petites choses. Chamfort appelait son livre le bréviaire de la jeune noblesse. La meilleure édition est celle de Londres, 1792, avec notes et portraits; il s'en fait encore de notre temps.

1. Voyez, sur cette maison, la notice du duché de Châtellerault, au tome VU des Écrits inédits, notamment p. 173 et 175, et les pièces anglaises conservées au Cabinet des titres, dossier bleu Gràmont, n° 18 333, en tête desquelles est un certificat donné par le roi Jacques II, à Saint-Germain, le 21 janvier 1696, portant que les deux familles Hamilton et Ormond étaient les plus considérables de l'Ecosse*

2. Déjà dit en 1699, tome VI, p. 216-217. Le portrait conservé à Hampton-Court a été récemment gravé pour une édition des Mémoires de Gramont publiée en 1888 et pour le livre de M. Jusserand : le Comte de Cominges. La comtesse fut défigurée, pendant un temps, par des dartres très douloureuses, « sépulture de son orgueil, » disait Fénelon. Voyez les Lettres de Mme de Sévigné, tome X, p. 242 et 329.

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