‹ Memoires de Saint-Simon (volume 4)Chapitre 160 sur 556 · Mécontentents, au manuscrit · texte numérisé non relu

Mécontentents, au manuscrit

6. Capitale de la haute Hongrie, sur la rive gauche du Danube, audessous de Vienne.

le pays électoral1 à garder, et ce qu'il y venoit d'ajouter, quel chemin le détachement de l'armée d'Italie n'auroit-il point à faire, avec les difficultés des subsistances, des rivières à passer, des lacs à tourner, des montagnes et des défilés bien gardés à franchir! Combien de temps, à bien employer ailleurs, et en Allemagne1 et en Italie, perdu à faire ce long et fâcheux trajet des deux côtés jusqu'à Trente ! Et cependant quel temps de respirer et d'entreprendre donné aux ennemis sur le Pô et sur le Danube, et, pour achever la folie, dans un temps où on commençoit à se défier du duc de Savoie ! Mais il étoit arrêté dans les décrets de la Providence que l'aveuglement qui mit l'État si près du précipice devoit commencer ici. La communication des nouvelles de Bavière n'étoit pas facile : aucun officier général n'osoit se commettre à écrire ce qu'ils voyoient tous, et dont ils gémissoient; tout se discutoit et se décidoit, pour la guerre, entre le Roi et Chamillart uniquement, et presque toujours en présence de Mme de Maintenon. On a vu3 ce qu'elle étoit à Villars : elle vouloit qu'il fût un héros. Chamillart n'avoit garde d'oser penser autrement. Son apprentissage dans les projets de guerre étoit nouveau; le Roi, qui se piquoit d'y être maître, se complaisoit4 en un ministre novice, qu'il comptoit former, et à qui les grandes opérations ne pourroient être attribuées. Friedlingue, la jonction, plus que tout cela Mme de Maintenon l'avoit ébloui sur Villars. Ils voyoient l'Électeur aussi ardent que lui au projet du Tyrol; le moyen de ne les en pas croire sans réflexion, sans avisement5 des motifs, sans contradicteur6? La carte blanche leur fut donc

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