Avant des, il a biffé et
impression de petit vin ou de piquette, et cela s'appelle un râpé de vin1. On va voir que la comparaison est juste, et le nom bien appliqué. Voici la belle invention qui a été trouvée par les grands officiers de l'Ordre. Pierre, par exemple, a une charge de l'Ordre depuis quelque années : il la vend à Paul, et obtient le brevet ordinaire. Jean se trouve en place, et veut se parer de l'Ordre sans bourse délier : avec l'agrément du Roi, et le marché fait et déclaré avec Paul, Jean se met entre Pierre et lui, fait un achat simulé de la charge de Pierre, et y est reçu par le Roi. Quelques semaines après, il donne sa démission, fait une vente simulée à Paul, et obtient le brevet accoutumé, et Paul est reçu dans la charge2. Avec cette invention, on a vu, pendant la dernière régence, jusqu'à seize officiers, vétérans, ou râpés de l'Ordre, vivants tous en même temps3. Le premier exemple fut le moins grossier de tous. Ronnelles vendit* effectivement la charge de greffier de l'Ordre à Novion, président à mortier, qui fut depuis premier président5 : ce fut en 1656°; il la garda quelques mois, et la vendit, en 1657, à Jeannin de Castille7. Le second
1. Voyez ci-dessus, p. 194. Piquette ne se trouve pas dans Y Académie de 1718; mais Furetièrc dit que c'est un méchant vin qu'on donne aux valets, et le Dictionnaire de Trévoux, un vin tiré du marc.
2. Il emploie le formulaire usité entre juristes, depuis les temps les plus anciens, dans l'exposition des questions de droit.
3. Comparez la note de Dangeau citée ci-dessus, p. 207, note 2. En 1713, il compte (tome XV, p. 31) trois trésoriers et quatre greffiers. Saint-Simon, dans sa première rédaction, ci-après, p. 479, parle de dix-sept officiers, au lieu de seize.
4. Bonnettes vendit est en interligne, au-dessus d'il acliepta, biffé.
5. Nicolas Potier, cité en dernier lieu dans notre tome X. Nanteuil fit son portrait en 1664. Nous avons vu, dans une collection privée, une cassette de maroquin rouge, aux armes de Potier entourées des insignes de l'Ordre, qui devait avoir appartenu à ce greffier de 1656 «à 1657.
6. Provisions du 31 décembre 1656, serment du 28 : Arch. nat., KK 1454, fol. 59 ; Gazette de 1657, p. 23 ; Muse historique, tome II, p. 280. Il portait encore le cordon bleu à sa mort, en 1693 : Dangeau, tome IV, p. 349; dessin de son tombeau, ms. Clairambault 945, fol. 44.
7. Nicolas de Castille, surnommé Jeannin par adoption, et pourvu
MKMOIRES DF SAINT-SIMON. XI 1 i
exemple se traita plus rondement. Barbezieux eut, à la mort de Louvois son père, sa1 charge de chancelier de l'Ordre. Boucherat, chancelier de France, en fut simultanément pourvu d'abord2, et, huit jours après qu'il eut été reçu, il fit semblant de se démettre comme il avoit fait semblant d'acheter, et Barbezieux fut reçu3. Depuis cet exemple tout franc, tous les autres n'ont pas eu plus de couverture, dans les huit ou douze qui l'ont suivi jusqu'à présent.
Ces vétérans et ces râpés prennent4 tous sans difficulté la qualité de commandeurs des ordres du Roi, sans mention même de la charge qui la leur a donnée, mais qui, à la vérité, n'a pu la leur laisser, non plus que le brevet de promesse et de permission qu'ils obtiennent, la leur con-
d' une charge de trésorier de l'Épargne, à la place de son beau-père Fieubet, en novembre 4614, après avoir été conseiller au Parlement (1634) et maître des requêtes (4642), fut compromis dans les affaires deFoucquet, emprisonné et taxé à huit millions en 1665, forcé enfin, en 1671, quoiqu'il eût obtenu une absolution en 1667, de se défaire de la charge de greffier de l'Ordre, dont il avait prêté le serment le 7 juin 1657 (ms. Fr. 3968, p. 258; Archives de la Bastille, tomes II, p. 52, 58, 81, etc., et III, p. 97; Journal (VOL (VOrmesson, tome II, p. 409; Jal, Dictionnaire critique, p. 333). Il n'eut permission de revenir à la cour qu'en juin 1687, et mourut en juillet 1691. Saint-Simon reviendra sur ce personnage et sur sa famille. Un dessin de son portrait de l'Ordre est dans le ms. Clairambault 1235, fol. 123. 1. La corrigé en sa. — 2. Dabort, au manuscrit.
3. Dangeau, tome III, p. 371, 26 juillet 1691 : « Le Roi ne peut encore disposer de la charge de chancelier de l'Ordre; mais il a donné à M. Boucherat, chancelier de France, les sceaux de l'Ordre : ce qui lui donnera le droit de porter le cordon. 11 y a des exemples qu'il y a eu des chanceliers et des gardes des sceaux de l'Ordre en même temps, quoiqu'il n'y eût point de gardes des sceaux dans la création. » L'auteur et l'annotateur des Mémoires de Sourches disent tout uniment, à la date du 24 (tome III, p. 441), que ce détour a été pris faute, par M. Boucherat, de pouvoir faire ses preuves, et que, dans huit jours, il remettra la charge à l'héritier de Louvois. En effet, il prêta serment le 27, et la charge fut donnée à Barbezieux le 13 août suivant. Une médaille de Molart représente Boucherat avec les insignes de commandeur.