En
5. Chevaliers ou commandeurs devaient porter toujours, et au cou, et sur le côté gauche, la marque de l'Ordre, c'est-à-dire la croix d'or suspendue à un ruban bleu, plus, sur le manteau, une grande croixde velours orange; mais nous avons déjà vu (tome I, p. 95 et 297) qu'il y avait deux modes, dont la seconde avait pris naissance en 1675. Louis XIV, pour lui-même, en temps ordinaire, portait le cordon par-dessous la veste, n'en laissant passer que l'extrémité inférieure, ce qui devint d'usage le plus connu et le moins ostentatoire; mais il préférait cepen. dant qu'on le portât plus visible, par-dessus la veste, comme les princes et le duc de Bourgogne et Saint-Simon eussent exigé cette dernière
des Suédois, et leur
derrière ses laquais en tira un par la manche, et le pria de lui dire si ce cordon bleu-là étoit un véritable chevalier de l'Ordre1. La laquais fut si surpris de la question de la part d'une femme qu'il ne jugeoit pas, avec raison, savoir cette différence, qu'il le conta à son maître au sortir de Méprise la messe2. Les Suédois y furent attrapés à M. d'Avaux dont on vient de voir le marché de sa charge à son neveu3,
manière en toute occasion, sauf à la chasse (Projets de gouvernement p. 144). A la réception de 1689, on remarqua (Lettres de Mme de Sévigné, tome VIII, p. 377) que toute la jeunesse, les belles tailles, avait le cordon par-dessus, les autres par-dessous. Mme de Sévigné en voulut à son gendre de ne pas se mettre à la première mode. « Je ne sais pas pourquoi, écrivait-elle à sa fille (tome IX, p. 88), vous pensiez avoir autant de cordon bleu que M. de Mesmes. Il y en a un sur le justaucorps, et un plus grand sur le manteau (elle veut dire : un Saint-Esprit en broderie). Jamais cela n'est autrement. Ce n'est point vous qui vous en êtes avisée, c'est Henri III. Pour le cordon, si vous ne l'avez mis sur le justaucorps, on l'aura peu vu, et le manteau en doit cacher le nœud d'en bas. Ainsi je ne comprends pas que vous ayez cru imiter M. de Mesmes. » On va voir ce que signifiait cette allusion. Saint-Simon vient de nous dire (p. 42; comparez l'appendice après p. 423) que le maréchal d'Huxelles boutonnait son habit tout du long, sans laisser voir le cordon bleu, et cachait la plaque en broderie sous les boucles de sa perruque. D'autres, au contraire, en faisaient parure, comme dans les Caractères (tome I, p. 357) : « Mon Ordre, dit Pamphile, mon cordon bleu ! » Barbier raconte, en 1726 (tome I de son Journal, p. 438), qu'il a rencontré le premier président Verthamon, greffier des ordres, « orné du cordonbleu, dans son carrosse, avec ses quatre laquais, en robe et rabat, sans perruque, et un mouchoir blanc sur la tète, qui pendoit en forme de cornette de nuit d'une femme. » Mais l'usage le plus général continua à être de porter le cordon sous la veste, comme Saint-Simon le constate dans le morceau reproduit ci-après, p. 484-485, et dans le résumé du règne.
1. Un jour, dit Tallemant (tome VI, p. 29), comme le surintendant des postes Jérôme de Nouveau se montrait à son balcon avec un Saint- Esprit (de grand trésorier) au justaucorps, le cordon et la croix pardessus, et encore l'autre croix brodée sur le manteau, Vincuil s'écria : « Ce balcon est un colombier. Que de pigeons! » On sait que le Saint- Esprit était figuré en colombe au milieu de la croix d'argent.
2. Dans une autre historiette de Tallemant (tome III, p. 417), nous voyons combien le cordon bleu était respecté du peuple.
3. Jean-Antoine : ci-dessus, p. 169. Saint-Simon parlera plus longuement de ses ambassades et de sa parenté lorsqu'il mourra, en 1709.
et lui firent toutes sortes d'honneurs ' . Quelque temps après , instruction
ils surent que c'étoit2 un conseiller d'État de robe qui |c col.don bleu
avoit une charge de l'Ordre3 : ils cessèrent de le considé- d'Avaux
rer et de le traiter comme ils avoient fait jusque-là, et cette à
fâcheuse découverte nuisit fort au succès de son ambas- son ambassade. sade4.
Mgr le duc de Bourgogne, après plusieurs camps, avoit siège et prise
passé le Rhin5. Le maréchal de Vauban, parti de Paris en e usac
cadence, le joignit peu après6, et, le 15 août, Brisach fut Mgr le duc
investi7. Marcin avoit paru le matin du même jour devant de Bourg°gne'
r, -i • qui revient
rribourg8 : le gouverneur, se comptant investi, brûla ses à la cour. faubourgs, et celui de Brisach lui envoya quatre cents
1. C'est le Figuribomm de Mme de Sévigné (tome VIII, p. 499), faisant la pins belle et la plus brillante figure du monde auprès de Barrillon, bien taillé, galant, « le plus propre du monde, exhalant de jasmin et de mille bonnes odeurs » (Mémoires de Sophie de Hanovre, p. 112), et ne faisant d'ailleurs que suivre la tradition de son oncle Claude d'Avaux, dont Chapelain racontait ceci en 1637 (Lettres, tome I, p. 174- 175) : « Il a porté en Suède, en Allemagne et en Pologne l'épée, la couleur et les broderies. En Danemark, on dit qu'il n'y fut traite que de docteur à cause du long manteau qu'il porta d'abord : à quoi il remédia en raccourcissant et en se faisant gendarme. » Tallemant dit que Claude se fit ainsi passer, auprès des Danois et à Munster, pour un fort grand personnage (Historiettes, tome IV, p. 413-415).