Deiïc est en interligne
peuvent encore consoler1. Un esprit de cette trempe, manié d'abord par un autre esprit2 tel qu'étoit celui de la princesse des Ursins, et sans témoins et3 à toute heure, étoit pour aller bien loin, comme il fit. Le voyage de Barcelone à Saragosse et de Saragosse à Madrid lui donna un grand loisir d'insinuation et d'instruction imperceptible, et la tenue des états d'Aragon, où, pour la forme, les affaires passoient par la reine, qui les tenoit, instruisit la camareramayor elle-même, et la mit à portée d'inspirer l'amour de l'autorité et du gouvernement à la reine, et de reconnoître peu à peu ce qu'elle en pou voit espérer de ce côté-là. Arrivée à Madrid, les mêmes moyens se présentèrent par la régence de la reine, avec plus d'étendue qu'à Saragosse4. Elle y eut toute l'occasion qu'elle voulut d'y connoître et d'y sonder l'esprit, les vues, les intérêts, la capacité de ceux qui formoient la junte, et de tâter autant qu'elle put tout ce qui étoit ou pouvoit devenir personnage. La bienséance ne vouloit pas que la reine fût seule avec tous les hommes qui étoient de la junte5 : Mme des Ursins l'y accompagna donc nécessairement, et, par ce moyen, prit nécessairement aussi connoissance de toutes les affaires0. Déjà conduisant la reine, qui avoit mis en elle toute l'affection et la confiance d'une jeune personne qui ne connoissoit qu'elle, qui en dépendoit entièrement pour sa conduite particulière et pour ses amusements, et qui y trouvoit toutes les grâces, la douceur, la complaisance, et la ressource possible, Mme des Ursins la rendit assidue à la junte pour y être assidue elle-même, et sut fort bien user du respect des Espagnols pour leur princesse, et de ce commencement d'affection qui naissoit déjà
4 . Les Espagnols la regretteront plus tard sous le nom de la Savoyana .