‹ Memoires de Saint-Simon (volume 4)Chapitre 234 sur 556 · Déjà dit au tome X, p · texte numérisé non relu

Déjà dit au tome X, p

A. A notre cour.

5. On a vu (tome IX, p. 307, et tome X, p. 25) que Louville avait fait chez Mme de Maintenon ses premiers rapports au Roi sur la cour de Madrid; c'est chez elle aussi que s'étaient tenus les conseils des 9 et 10 novembre 4700 pour l'acceptation de la succession d'Espagne, où Saint-Simon (tome VII, p. 294-295) l'a montrée « entrant publiquement dans les affaires.... pour la plus grande et la plus importante délibération qui, de tout ce long règne et de beaucoup d'autres, eût été mise sur le tapis. » D'autre part, il est certain et prouvé que Mme de Maintenon suivit depuis lors tous les événements de la cour d'Espagne, et qu'elle s'intéressait particulièrement à la jeune reine, sœur de sa princesse favorite ; nous en avons un principal témoignage dans la correspondance que Philippe V et la reine entretenaient avec elle (Affaires étrangères, vol. Espagne, mémoires et documents, 99 et 428). Mais le temps n'est pas encore venu où l'action deviendra commune, régulière, ordonnée, entre Mme des Ursins et elle. Comme M. Geffroy l'a fait observer (Mme de .Maintenon d'après sa correspondance authentique, tome I, p. liv et suivantes, et tome II, p. 82-83), c'est seulement en 170(1, après une première disgrâce et un premier séjour à Paris, que Mme des Ursins, réinstallée à Madrid, commença le commerce de lettres « par tous les ordinaires » dont il est question ici, et qui se

moins attentive à informer de même le roi d'Espagne en ne

Italie, et à former la reine à lui écrire et à Mme la duchesse les deux rois. de Bourgogne sa sœur1. Les louanges2 que la princesse des Ursins donnoit par ses lettres à la reine tombèrent peu à peu fort naturellement sur les affaires, et, comme elle étoit témoin de ce qui s'y passoit, peu à peu aussi elle s'étendit sur les affaires mêmes, et accoutuma ainsi les deux rois à l'en voir instruite par la nécessité d'accompagner la reine, sans leur donner de soupçon d'ambition et de s'en vouloir mêler. Ancrée insensiblement de la sorte, et sûre à peu près de l'Espagne, si la France la vouloit soutenir, elle flatta Mme de Maintenon par degrés, pour ne s'avancer qu'avec justesse, et parvint à la persuader que son crédit ne seroit que le sien; que, si on lui laissoit quelque autorité dans les affaires, elle n'en useroit que pour la croire et lui obéir aveuglément; que, par elle à Madrid, elle, à Versailles, régneroit en Espagne plus

continua régulièrement depuis lors : voyez, par exemple, ce qu'en dit Mme de Maintenon elle-même à la princesse, dans le recueil de 1826, tome I, p. 47, 79, 84, 87, etc. Si Lavallée a incorporé au tome V de la Correspondance générale quelques lettres de Mme des Ursins, ce ne sont que lettres adressées au ministre Torcy entre avril 1701 et mars 1702, et dont le Roi faisait faire pour Mme de Maintenon des copies, qui se sont retrouvées à Saint-Cyr. Une lettre de Torcy reproduite dans les Mémoires de Louville (tome I, p. 167) nous apprend également que la correspondance de ce dernier, en 1701, était l'objet de semblables communications. Entre mars 1702 et l'année 1706, où nous commencerons à suivre la correspondance régulière des deux dames toutes-puissantes dans le recueil de Bossange (1826), si le commerce « par les ordinaires » a existé, il n'a point laissé de traces, peutêtre par suite de la destruction ou de la restitution dont Mme de Maintenon parle dans sa lettre du 28 décembre 1711. Nous voyons seulement, dans une lettre de Louville au duc de Beauvillier, en date du 8 février 1703, que le barbier Vazet porta alors à Paris « un journal des grandes actions de Mme des Ursins, jour par jour, à l'imitation de M. Dangeau. écrit par lui, » et qu'il « faudroit l'obliger à le montrer. »

1. Quelques lettres de cette catégorie, rapportées par Louville, se trouvent dans le volume qui appartient à M. le duc de la Trémoïlle.

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