‹ Memoires de Saint-Simon (volume 4)Chapitre 24 sur 556 · Ainsi, eiu pluriel, dans le manuscrit · texte numérisé non relu

Ainsi, eiu pluriel, dans le manuscrit

crût, et qu'on s'y arrêtât, et que la preuve en étoit au monde qui partout, et surtout à Luciennes, abondoit chez eux. Le maréchal fut ravi de recevoir un avis si salutaire, se prit à se disculper sur Cavoye1, à remercier, et surtout à assurer M. de Lauzun qu'il profiteroit de ses bons conseils2. Celui-ci lui fît entendre qu'il ne falloit jamais faire semblant qu'il lui eût donné cet avis, et le quitta bien résolu au secret et à s'établir promptement à Luciennes. Il ne tarda pas à y aller. A son aspect, voilà tout en émoi, puis en silence : ce fut une bombe3 tombée au milieu de cet élixir de cour4. On crut en être quitte pour une courte visite : il y passa l'après-dînée; ce fut une grande désolation. Deux jours après, il arrive pour dîner; ce fut bien pis. Tls firent tout ce qu'ils purent pour lui faire entendre qu'ils étoient là pour éviter le monde et demeurer en particulier; à d'autres! Châteaurenault connoissoit ce langage, et se savoit le meilleur gré du monde. 11 y persévéra jusqu'au soir, et les désespéra ainsi presque tous les jours, quelque clairement que pussent s'expliquer des gens poussés à bout. Ce ne fut pas tout : il se mit à ne bouger de chez eux dès qu'il étoit à Versailles, et les infesta toujours depuis à Luciennes toutes les fois qu'il étoit de Marly. Ce fut une lèpre5 dont Cavoye ne put jamais se purifier : il disoit que c'étoit un sort, et s'en plaignoit à tout le monde, et ses familiers aussi, qui n'en étoient pas moins affligés que lui. Enfin, longtemps après, ils découvrirent celui qui leur avoit jeté ce sort. L'histoire en fut au Roi, qui en pensa mourir de rire, et Cavoye et ses familiers de désespoir.

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