‹ Memoires de Saint-Simon (volume 4)Chapitre 244 sur 556 · Dangeau, p. 127, 134 et 148; Sourches, p · texte numérisé non relu

Dangeau, p. 127, 134 et 148; Sourches, p

3. C'est à la fois sur les plaintes de la princesse elle-même contre les deux d'Estrées, sur les dénonciations de ceux-ci, et sur une lettre écrite par Philippe V à l'appui de celle de Mme des Ursins, que Louis XIV, à contre-cœur, et non sans de durs reproches à celle-ci, l'autorisa à se retirer en Italie (9 février). Toute cette période d'intrigues et de guerre acharnée entre les trois partis, qui va être racontée dans les pages suivantes, et où l'on peut dire que personne n'était de bonne foi et ne disait strictement la vérité, se trouve retracée dans le livre de M. Alfred Baudrillart, tome I, p. 130 et suivantes. Les documents sont nombreux, particulièrement ceux qui viennent de Mme des Ursins et de Louville, dans les Mémoires secrets de ce dernier, dans ceux de Noailles, et dans les livres publiés en 1858 et 1859 par feu M. Combes et par M. Geffroy, en 1862 par feu M. Hippeau ; cependant les historiens sont loin d'avoir épuisé la correspondance de Mme des Ursins et celle de Louville, dont nous donnons quelques extraits choisis dans notre Appendice, n09 VI et VII.

4. Louville et les d'Estrées la dénonçaient, avec beaucoup de vraisemblance, comme ne visant qu'à écarter de Philippe V tous ses amis et conseillers français, sauf les petites gens tels que d'Aubigny, dont il sera parlé plus loin, le chevalier des Pennes ou le barbier Vazet. « Ni l'Amirante, ni M. de Cinq-Mars, ni M. de Biron, écrivait Louville, n'ont jamais rien fait de leur temps, contre cette même France, de pareil à tout ce qu'elle fait ici. » Et il énumérait tout ce qui constituait en elle une rebelle de vocation et de profession : voyez ci-après, p. 506-515, ses lettres de janvier et février.

5. Philippe V lui-même se chargea de remontrer à son aïeul l'effet pénible que produirait le départ de Mme des Ursins dans le public, à la cour, et particulièrement sur l'esprit de la reine. « Votre Majesté le veut, disait-il en substance (18 février). Cela suffit, et l'on fera ce dur sacri-

qu'il étoit meilleur et plus sûr de gouverner le roi d'Espagne par la reine, qui, quoi qu'on pût faire, seroit toujours maîtresse de son cœur, et, par là, de son esprit lent et timide, laquelle elle-même seroit conduite par Mme des Ursins, si sensée, si bien intentionnée, qui déjà avoit si parfaitement formé la reine ; que la facilité de voir le roi à tout moment et avec toute liberté, à quoi un ambassadeur ne pouvoit prétendre, étoit une grande commodité pour toutes sortes d'affaires, que l'insinuation et le choix des temps feroit toujours passer comme on voudroit d'ici. A ces raisons Mme1 de Maintenon, bien instruite par Harcourt et par son propre usage, ajouta celles de la défiance, si fortes en notre cour. Ils persuadèrent au Roi que Mme des Ursins, associée en tout à l'ambassadeur de France, formeroit une aide et un éclaircissement mutuel ; que l'un par l'autre l'empêcheroient de tomber dans la dépendance des lumières et de la volonté de l'un des deux, et le2 mettroient en état de décider de tout sans prévention, en connoissance de cause, et d'être obéi en Espagne promptement et sûrement sur tous les partis qui seroient pris à Versailles. Ce spécieux hameçon fut avalé3 avec facilité, et le Roi ne voulut point ouïr parler de retraite en Italie, ni même que Mme des Ursins cessât d'avoir toute la part aux affaires qu'elle avoit accoutumé d'y prendre4. Ainsi, entraves à

lice au cardinal et à l'abbé d'Estrées; mais il coûtera cher à la reine, et celle-ci espère bien qu'en compensation on la délivrera de ces deux cruels ennemis. » De l'autre côté (22 février), Mme des Ursins écrivait à son intermédiaire habituelle, la maréchale de Noailles, qu'elle rendait les d'Estrées responsables de toutes les conséquences et partirait aussitôt après Pâques, mais que sa maîtresse ne cessait de pleurer à l'idée de cette séparation.

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