‹ Memoires de Saint-Simon (volume 4)Chapitre 26 sur 556 · De et la première lettre de pr ester corrigent à r[ien · texte numérisé non relu

De et la première lettre de pr ester corrigent à r[ien

pi- 3. Il avait toute la confiance et l'amitié du Roi, mais rien que la confiance de Louvois. On connaît les lettres brutales que celui-ci lui écrivit, et la rudesse des réponses de Vauban, qui refusait aussi bien de baisser la tête devant le ministre que de se prêter aux indélicatesses. 4. Maréchal de camp depuis 1676 et commissaire général des fortifications, Vauban avait cru pouvoir solliciter dès 1684 le grade de lieutenant général, et s'était attiré cette réponse de Louvois : « Il faut regarder derrière soi, et, pour peu que vous fassiez réflexion, vous aurez sujet d'être content des grâces que S. M. vous a faites, et vous devez attendre avec patience et soumission celles que vous lui demandez. » (Lettres de Vauban communiquées par le lieutenant-colonel de Rochas au Comité des travaux historiques, année 1888, p. 236; comparez le Dictio7inaire critique de Jal, p. 1231, Y Histoire de Louvois, tome III, p. 258-261, et Vauban, par M. G. Michel, p. 196-197.) Louvois faisait surtout allusion aux grâces pécuniaires, dons, gouvernements à vendre, etc., dont le Roi ne manquait pas de gratifier Vauban après chaque siège heureux, comme on peut le voir soit dans l'état de ses

supplié de faire réflexion que cette dignité n'étoit point faite pour un homme de son état, qui ne pouvoit jamais commander ses armées, et qui les jetteroit dans l'embarras, si, faisant un siège, le général se trouvoit moins ancien maréchal de France que lui1. Un refus si généreux, et appuyé de raisons que la seule vertu fourni ssoit, augmenta encore le désir du Roi de la couronner. Vauban avoit fait cinquante-trois sièges en chef, dont une vingtaine en présence du Roi2, qui crut se faire maréchal de France soi-

services dressé par lui-même, soit dans un relevé incomplet du Mercure d'avril 1707. Quoi qu'il en soit, la lieutenance générale ne vint qu'en septembre 1688, au grand étonnement des gens de bien. Un peu auparavant, Boileau écrivait à Racine (lettre du 26 mai 1687, dans le Catalogue de la collection d'autographes de M. Sensier, n° 502) : « Vous avez raison d'estimer comme vous faites M. de Vauban. C'est un des hommes de notre siècle, à mon avis, qui a le plus prodigieux mérite, et, pour vous dire en un mot ce que je pense de lui, je crois qu'il y a plus d'un maréchal de France qui, quand il le rencontre, rougit de se voir maréchal de France. » A la lieutenance générale Louvois fit ajouter une gratification de vingt mille livres, et il faut avouer que le grand ingénieur n'était pas insensible à ces profits-là. Son passé même n'avait peut-être pas été absolument exempt de compromissions fâcheuses ; au temps où il protestait avec le plus d'horreur contre les friponneries des officiers employés aux travaux d'Alsace (1670-71), son propre rôle dans ceux de Philipsbourg avait paru très suspect : voyez Y Histoire de Louvois, tome I, p. 275-278 et 315-318, les Lettres de Colbert, tome V, p. 441, note, Vauban, Colbert et Louvois, par P. Clément, p. 4-12, Y Histoire de Vauban, par M. Georges Michel, p. 52-64, etc.

1. Dès 1693, il manifestait son découragement de ne pas obtenir le bâton (Mémoires de Catinat, tome II, p. 136). Le 2 janvier 1702, tout en le demandant, il reconnaissait qu'une telle élévation, quoique réclamée pour lui par bien des gens, pouvait devenir embarrassante pour un emploi ambulaut comme le sien, « dans une obligation continuelle d'être si souvent mêlé parmi les ouvriers. » (Vauban, Louvois et Colbert, par P. Clément, p. 3-4; Bulletin du Comité des travaux historiques, année 1888, p. 249-250.)

2. Ceci est pris de la notice de Y Histoire généalogique, tome VII, p. 653 : « Il a porté la manière de fortifier les places, de les attaquer et de les défendre à un degré de perfection auquel personne jusqu'à lui n'étoit encore parvenu. Il en a fortifié plus de trois cents et a eu

même et honorer ses propres lauriers en donnant le bâton à Vauban*. Il le reçut avec la même modestie qu'il avoit marqué de désintéressement2. Tout applaudit à ce comble d'honneur, où aucun autre de ce genre n'étoit parvenu avant lui et n'est arrivé depuis3. Je n'ajouterai rien ici sur cet homme véritablement fameux; il se trouvera ailleurs occasion d'en parler encore. itoscn. Rosen* étoit de Livonie8. M. le prince de Conti me conta

qu'il avoit eu la curiosité de s'informer soigneusement de

la conduite principale et la direction en chef des attaques à cinquantetrois sièges, à vingt desquels le roi Louis XIV commanda en personne, et Mgr le Dauphin à trois autres. Mais ce qui le rend bien plus recommandable est l'attachement extrême qu'il eut toujours au bien de lÉtat, et qui lui fit mépriser les richesses et les égards dus aux dignités dont il fut revêtu. » Saint-Simon a déjà dit (tome I, p. 36) qu'il avait été « l'âme de tous les sièges que le Roi a faits. » La liste de ces sièges a été dressée par un de ses premiers biographes, le lieutenantcolonel Augoyat.

1. La promotion eut lieu un an, jour pour jour, après la requête de Vauban indiquée ci-dessus.

2. Voyez sa réponse aux félicitations d'un prince, dans le Bulletin du Comité des travaux historiques, 1888, p. 250, note. Le 22 décembre (ou plutôt janvier) suivant, il écrivait de Namur à Mme de Ferriol, une de ses bonnes amies : « Je crois que la nouvelle promotion des maréchaux de France ne vous aura guère moins surprise que moi d'y avoir trouvé mon nom. J'ai bien fait ce que j'ai pu pour m'en défendre auprès du Roi, conuoissant bien son intention; mais je puis vous assurer de n'avoir jamais fait un pas, directement ni indirectement, pour y parvenir autrement que par mes services. » (Catalogue des autographes de feu M. Moumerqué, 1884, n° 152.)

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